Agrumes : la production de cette saison devrait augmenter de 6% et les exportations de 8%

La bonne pluviométrie de l’année précédente et l’entrée en production de nouvelles exploitations vont permettre d’améliorer l’offre. Les exportateurs restent optimistes malgré le démarrage tardif de la campagne.

La saison d’export des agrumes qui s’étend de novembre à fin juin prochain a démarré. Eu égard à la bonne pluviométrie de la saison précédente (l’agrumiculture repose pour ses besoins en eau sur 70% des eaux des barrages et 30% sur la nappe phréatique) et à l’entrée en production de nouvelles plantations s’étendant sur 1 200 hectares, la production devrait augmenter de 6% par rapport à la précédente campagne, à 1,86 million de tonnes, d’après les prévisions du ministère de l’agriculture. L’orange, dans ses différentes variétés, devrait totaliser 975 000 tonnes, soit 52% du volume global. Sur le plan régional, le Souss reste en tête avec 744 000 tonnes, soit 40% de la production.
Cette amélioration de la production est un signe annonciateur d’une bonne campagne. En effet, selon l’Association des producteurs des agrumes du Maroc (Aspam), cette augmentation de l’offre devrait se traduire par une appréciation des exportations de 8%, à 571 000 tonnes. Néanmoins, le Maroc n’avait commercialisé que 110 000 tonnes (clémentine essentiellement), au 1er décembre, contre 160 000 à la même période de l’année précédente.

Près de 3 millions de tonnes à produire en 2020

Ce retard n’inquiète guère Ahmed Derrab, secrétaire général de l’Aspam, même s’il constate que la demande est en berne sur les marchés traditionnels en raison de la contraction du pouvoir d’achat, provoquée par la crise. M. Derrab considère que la diversification des marchés est rassurante car plusieurs pistes ont déjà été identifiées et la profession travaille sur des contrats en Amérique du Nord (Etats-Unis et Canada) qui absorbent déjà 12% des exportations, comme le montrent les chiffres de l’année dernière. Les autres marchés où de nouvelles parts sont à grignoter sont la Bulgarie, la Hongrie, la Pologne, la Lituanie… La plupart des professionnels sont plutôt optimistes car la stratégie de l’export repose, en plus des petits marchés à conquérir, sur le repositionnement sur les marchés traditionnels eux-mêmes où il y a, selon eux, encore beaucoup à faire. En effet, «il faut reprendre la main sur des marchés quelque peu négligés comme la Grande-Bretagne, l’Allemagne, le Benelux, des débouchés où l’Espagne nous donne du fil à retordre et que nous n’avons pu attaquer faute de croissance en termes de production», souligne Ahmed Derrab. Il met aussi l’accent sur la nécessité de mieux investir le marché russe qui a absorbé la moitié des exportations en 2010-2011, mais où il y a encore moyen de conforter les positions des agrumes marocaines, ainsi que sur la Turquie et la Grèce.
Enfin, les producteurs misent sur les marchés lointains comme l’Asie, notamment la Chine où ils ont déjà pu placer (dans les supermarchés de Shanghai) quelques conteneurs de clémentines, grâce à l’accord phytosanitaire signé avec les autorités sanitaires du pays.
Le contrat programme du secteur avec l’Etat prévoit une production qui devra passer à 2,9 millions de tonnes d’ici à 2020, pour un investissement de 9 milliards de DH, dont 6 millions seront apportés par les producteurs et le complément par l’Etat.

Seulement 15 000 tonnes d’agrumes vendues dans les grandes surfaces

Corrélativement à l’appréciation de la production, les exportations devraient atteindre 1,3 million de tonnes. Le reste est destiné au marché intérieur qui absorbe actuellement 70% de l’offre globale. Sur ce volet, il est à remarquer que le marché de bouche (consommation directe par les particuliers) reste vigoureux et profite de la cherté des autres produits concurrents sur le positionnement «dessert» à l’instar de la pomme ou de la banane. De fait, le marché local s’est même tellement développé qu’il a, un certain moment, créé un effet d’éviction dont ont souffert les producteurs de jus.  
Malgré cela, les professionnels se plaignent actuellement des taxes qui leur sont imposées «indûment», selon eux, par les marchés de gros, mais aussi de l’état des moyens logistiques, le transport plus particulièrement. A cela, ils ajoutent le goulot d’étranglement que constituent des marchés non structurés et la multiplication des intermédiaires. «Contrairement à ce que l’on croit, la grande distribution n’absorbe au Maroc que 15 000 tonnes au total sur l’année», souligne Ahmed Derrab, qui montre par là qu’il y a encore beaucoup d’efforts à consentir pour l’organisation du circuit de distribution. Pour l’année en cours, l’Aspam indique que la demande existe et espère qu’elle sera tirée davantage à la hausse (la variété Maroc Late en particulier). La grande inconnue reste celle des prix. Pour les clémentines, il tourne entre 6 et 10 DH par kilo. Pour les oranges, il démarre à 3 et peut aller jusqu’à 7 DH, mais la volatilité reste très importante et le producteur est loin d’encaisser des marges significatives.