Agroalimentaire : les industriels veulent une réforme de la fiscalité

L’agroalimentaire ne pèse pas lourd : seulement 4% du PIB du Maroc. En raison de l’exonération totale dont ils bénéficient, les agriculteurs sont peu disposés à  passer à  l’étape de la transformation.

Net recul de l’industrialisation du secteur de l’agroalimentaire. C’est un constat établi par les professionnels qui se sont réunis, après la finalisation de l’étude stratégique du secteur de l’agroalimentaire, pour en évaluer les conclusions. Un comité d’orientation stratégique regroupant 25 chefs d’entreprises représentant les diverses filières de l’agroalimentaire a discuté des premières bases d’une feuille de route pour le développement et la dynamisation du secteur. 
Deux problématiques essentielles sont retenues par la Fédération nationale de l’agroalimentaire (Fenagri) et appellent, en priorité, à la mise en place de mesures spécifiques. Il s’agit de la refonte de la fiscalité et de la facilitation de l’accès aux intrants.
Les industriels de l’agroalimentaire estiment en effet que la fiscalité bloque la valorisation des produits de l’agriculture. Les agriculteurs, aujourd’hui totalement exonérés, s’abstiennent de se lancer dans la valorisation de leurs produits pour ne pas subir une forte pression fiscale. Avec un IS à 30% et un taux marginal de l’IR à 38%, sans compter une taxe sur la valeur ajoutée de 20% renchérissant le prix de leurs produits, très peu sont ceux qui sont prêts à passer d’un statut à un autre.
L’essentiel des exportations du secteur se fait donc sous forme de produits frais et en vrac. Il s’agit  notamment  du poisson, des fruits et des légumes. Il en résulte que très peu d’investissements ont été réalisés dans l’agroalimentaire durant ces dernières années. Ce qui explique, dit-on à la Fenagri, qu’au Maroc, ce secteur ne représente que 4% du PIB alors que dans d’autres pays comme l’Espagne ou encore la France, ce taux se situe respectivement à 15% et 18%.
Les industriels suggèrent donc une refonte de la fiscalité du secteur, mais disent ne pas avoir, pour l’heure, de propositions finalisées. La réflexion porte sur la mise en place d’une fiscalité incitative, notamment une révision des taux d’imposition sur les sociétés et sur le revenu pour encourager les industriels et garantir une compétitivité des exportations sur les marchés étrangers.

Les industriels souhaitent  des accords de libre-échange avec les pays d’Afrique

Pour encourager la consommation des produits transformés sur le marché local, la Fenagri souhaite une révision à la baisse de la TVA, fixée aujourd’hui à 20%. Un taux qui renchérit le prix de vente des produits transformés et en réduit, du coup, la consommation domestique. L’exemple le plus parlant, selon la Fédération, est celui de l’olive. Exportée en conserves, elle est encore largement consommée en vrac sur le marché local. Alors que l’offre locale gagnerait aussi à être valorisée et la traçabilité assurée pour prévenir d’éventuels risques sanitaires.    
Par ailleurs, la mise en place d’une fiscalité incitative permettra, explique-t-on à la Fenagri, de lutter contre l’informel par une meilleure organisation du secteur.
L’accès aux intrants, second problème pour le secteur, est indispensable pour améliorer la compétitivité du secteur. Pour l’heure, la production agricole locale ne correspond pas aux besoins des industriels qui sont contraints de ce fait d’importer des intrants qui pourraient être disponibles localement et à un prix inférieur. L’insuffisance des approvisionnements a mis à mal plusieurs filières, notamment la conserve de poisson dont plusieurs unités sont, selon la Fenagri, actuellement à l’arrêt. Les statistiques officielles de l’Office des changes laissent apparaître un recul de 23,6% des exportations de conserves de poissons à fin septembre 2011 par rapport à la même période de 2010. Les conserves de légumes, souffrant aussi du manque de matières premières, s’inscrivent aussi en baisse de 3,3% à fin septembre.
L’indisponibilité des intrants pénalise aussi la filière des jus qui n’écrase que de petites quantités d’écarts de triage. Les usines sont de ce fait acculées à importer du concentré de jus. L’indisponibilité des matières premières est à l’origine de l’absence d’innovation au niveau de cette filière qui pourrait diversifier son offre, aujourd’hui axée sur la production de jus d’agrumes.
Enfin, le secteur juge nécessaire, pour le développement des diverses filières agroalimentaires, de diversifier les débouchés extérieurs. Aujourd’hui, l’essentiel des exportations est destiné aux marchés européens et certains pays arabes dans le cadre des accords de libre-échange. L’objectif est de mieux se positionner sur des marchés notamment africains, sur lesquels le secteur exporte aujourd’hui de petits volumes. Pour cela, la Fenagri incite l’Etat à négocier des accords de libre-échange avec des pays de l’Afrique de l’Ouest.