Tabesbaste, un modèle de gestion durable de l’eau

Situé dans un territoire présaharien près de Tinghir, le village de Tabesbaste adopte une gestion exemplaire de l’eau. Les petits bénéfices réalisés sur la laverie collective sont réinvestis dans un fonds vert dédié au financement de projets pour les femmes.

Durable, adapté et résilient. Le modèle de gestion de l’eau dans le village de Tabesbaste dans les environs de Tinghir gagne à être dupliqué dans d’autres régions oasiennes. Telle est la recommandation à retenir d’un rapport publié par la Fondation allemande Heinrich Böll Stiftung. Ancestrale, le mode de gestion des ressources hydriques à Tabesbaste se base sur une répartition juste de l’or bleu. «Cette répartition est appelée «droit d’eau» et est déterminée au prorata des efforts fournis par chaque famille dans le creusement de la khettara, l’ouvrage hydrique qui a acheminé l’eau à l’oasis», lit-on dans le rapport, qui contient un reportage réalisé par la journaliste Sabrine Belhouari. Ce droit est hérité d’une génération à l’autre, et la durée du tour d’eau et le volume d’eau accordé à chaque ayant-droit sont calculés en temps, ce qui permet d’éviter les conflits. Autre particularité : le volume d’eau potable (3 mètres cubes) est le même pour les 294 ménages du village. Pour ce qui est de l’irrigation, celle-ci se fait sur toute la superficie agricole du village en 15 jours. Chaque famille connaît l’heure et la durée de son tour d’irrigation et le respecte à la seconde près. En cas de conflit, un tribunal composé de représentants de toutes les factions tribus intervient rapidement.
Mieux encore, ce mode de gestion a permis de résoudre la problématique de la pollution provoquée par les lavoirs.

Dépollution progressive des eaux d’irrigation et des sols de l’oasis

En fait, l’utilisation par les femmes de la lessive chimique et l’eau de javel sur les séguias polluait l’eau pendant des années. Depuis 2016, le village a bénéficié du soutien de plusieurs organismes pour se doter d’une laverie collective moderne. En plus de la dépollution des cours d’eau et la création de deux emplois permanents, le projet a permis aux femmes de se débarrasser d’un travail pénible et non rémunéré. Pour un prix de 10 DH pour 10 kg, la laverie collective engrange de petits bénéfices réinvestis dans un fonds vert dédié au financement de projets pour les femmes.

«En seulement une année nous avons remarqué une dépollution progressive des eaux d’irrigation et des sols de l’oasis, mais aussi la diminution de la moitié du volume d’eau potable consommé dans le village, qui était utilisé dans les lavages de vêtements à la maison. Après la réussite du projet de la laverie, nous réfléchissons à des solutions pour améliorer l’assainissement liquide de notre village», témoigne un acteur associatif, cité dans le rapport du think thank proche du parti des verts allemand. En clair, le village de Tabesbaste propose une approche adaptative de gouvernance locale de l’eau qui s’articule autour de l’humain et la protection des ressources. «Même à petite échelle, ce modèle de gouvernance démontre que la gestion de l’eau, lorsqu’elle est concertée et approuvée par la majorité, elle s’avère plus efficace et pérenne», conclut le rapport.