SIAM : Le nouvel essor de l’arganiculture

L’investissement dans l’arganiculture connaît un intérêt de plus en plus croissant, notamment dans des exploitations modernes sur une superficie de près de 3 000 ha.

L’arganier appartient à une famille tropicale, celle des Sapotaceae, qui comprend environ 10 genres et 600 espèces. Espèce endémique spécifiquement marocaine, l’arganier est un arbre fruitier-forestier dont la taille ne dépasse guère 8 à 10 m. Il a constamment surpris par sa résilience et sa capacité à défier les changements climatiques, au grand avantage des populations locales tant sur le plan nutritionnel que diététique, voire cosmétique. Les efforts que l’on fait pour conserver les forêts, tout en les rendant plus productives, porteraient davantage si l’on connaissait mieux les ressources à usages multiples et la façon dont elles peuvent améliorer l’existence des hommes, non seulement la situation nutritionnelle des populations rurales, mais aussi leurs ressources économiques. Il y a presque une vingtaine d’années, l’intérêt pour l’arganier s’est agrandi, appelant à une restructuration des associations féminines spécialisées dans la production et la commercialisation de l’huile d’argane. C’est ainsi que naquit le tissu associatif qui  compte, aujourd’hui, plus de 150 sociétés, 300 coopératives dont une partie est structurée en 8 groupements d’intérêt économiques, selon des données de l’Agence nationale pour le développement des zones oasiennes de l’arganier (ANDOZA). Plus tard, la création de la Fédération interprofessionnelle marocaine de l’arganier (FIMARGANE), en 2011, va constituer une avancée sur la voie de la structuration professionnelle du secteur. Tous les intervenants dans ce domaine sont représentés dans les rangs de cet organisme. Un accord de 2,8 milliards de dirhams a été signé entre la FIMARGANE et le gouvernement en 2011, en guise d’engagement à qualifier le domaine de l’arganier sur une période de 10 ans. L’un des objectifs ambitieux du contrat-programme est la qualification de 200 000 hectares de l’arganier, outre l’amélioration de la production de l’huile d’argane pour atteindre les 10 000 tonnes en 2020 au lieu de 4 000 tonnes produites actuellement, comme l’a expliqué Brahim Hafidi, directeur général de l’ANDOZA, lors du troisième congrès international sur l’arganier organisé à Agadir du 17 au 19 décembre dernier. Il faut dire que la dynamique impulsée par le Plan Maroc Vert a changé plusieurs donnes. On n’est peut-être pas nombreux à savoir que le Maroc occupe actuellement les rangs de 1er  exportateur mondial de câpres, haricots verts et huile d’argane, 3e  exportateur de conserves d’olives et 4e  exportateur de clémentines et de tomates. Autrement dit, l’arganier représente aujourd’hui un fort potentiel pour le commerce extérieur. Des perspectives qui incitent à booster l’investissement dans l’arganier, qui fait partie du pilier II du Plan Maroc Vert destiné à l’agriculture solidaire. Et effectivement l’investissement dans l’arganiculture connaît un intérêt de plus en plus croissant, notamment dans des exploitations modernes sur une superficie de près de 3 000 ha. C’est dans le même contexte que figure le lancement, le 17 décembre dernier dans la commune rurale de Rasmouka (province de Tiznit), par le ministère de l’agriculture et de la pêche maritime, de la première initiative en son genre avec un budget d’environ 72 millions de dirhams entre 2015 et 2019. L’arganiculture connaîtra certainement un nouvel essor grâce à ce genre d’approches dynamiques, participatives, inclusives et efficaces où le souci économique s’accommode parfaitement de la sauvegarde de l’environnement, sachant que l’arganeraie a été déclarée par l’UNESCO, en décembre 1998, première réserve de biosphère du Maroc.

Certes, à travers des activités agro-sylvopastorales, comme l’exploitation du bois, des fruits et des sous-produits, il est évident que la population locale profite de  nombreux avantages. Mais ce qu’il faudrait savoir c’est que l’arganeraie subit une dégradation accentuée à cause de l’installation de cultures intensives consommatrices d’eau, de l’urbanisation et de la surexploitation des ressources fourragères de la forêt. Ce qui rend urgent aujourd’hui d’en assurer la pérennité et la valorisation. Par conséquent, la protection et la gestion rationnelle de l’arganeraie dans le cadre d’une stratégie de développement intégré restent les seuls garants pour en assurer la durabilité.

Le volume des exportations du produit de l’arganier vers la France est d’environ 1 000 tonnes par an. Ce qui en fait le marché international qui absorbe le plus de ce produit. Mais cet engouement ne se limite pas à la France. L’Allemagne, les USA, l’Italie, la Pologne et l’Angleterre sont aussi de grands clients du Maroc. Actuellement, le chiffre d’affaires généré par ce produit du terroir est de 600 millions DH, pour une production annuelle d’huile de 4 000 tonnes. Des performances qui génèrent la création de 6 800 000 journées de travail par an, selon les chiffres avancés par l’ANDOZA. Le ministère de tutelle est bien parti pour réaliser, à l’horizon 2020, une production de 10 000 tonnes par an, avec 30 000 000 journées de travail annuelles. Les retombées économiques seraient de 1,5 milliard DH.