SIAM : Entretien avec Mostafa Chehhar, Directeur du pôle vert du Crédit Agricole du Maroc

Les agriculteurs bénéficient de taux préférentiels, à savoir 5,5% pour les crédits d’investissement et 5% pour les crédits de fonctionnement. Le taux de sinistralité s’est beaucoup amélioré et reste dans la fourchette de la place.

Mostafa-ChehharLe CAM est impliqué dans le processus de développement d’une agriculture à forte valeur ajoutée. Où en sont les choses ?

Le GCAM est très impliqué dans le développement de l’agriculture à haute valeur ajoutée représentant le pilier I du Plan Maroc Vert. Il a accompagné financièrement de nombreuses exploitations agricoles modernes devenues des championnes et qui constituent des exemples en matière d’adoption de nouvelles pratiques agricoles : variétés (précocité, rendement, résistance…), densités, système d’irrigation, matériel agricole. Plusieurs exploitations d’agrumes, d’oliviers, de grenadiers et de vigne, sans oublier certaines unités d’élevage laitier, donnent un sentiment de fierté à tous les Marocains et constituent de vraies locomotives de l’agriculture compétitive dans plusieurs filières. Les engagements du GCAM sur la 1ère phase du Plan Maroc Vert qui étaient de 20 milliards de DH ont été largement dépassés. Ceux de la deuxième phase, soit les 25 milliards de DH, le seront aussi.

Si on privilégie trop ces cultures dites à valeur ajoutée, ne risque-t-on pas de négliger les cultures vivrières ?

Les cultures vivrières ne peuvent pas être négligées car elles concernent la grande majorité des agriculteurs et surtout ceux des zones défavorables. Par ailleurs, notre banque met les petits producteurs au cœur de sa stratégie. L’approche du soutien à la petite agriculture et au monde rural se fait à travers une segmentation de cette catégorie de clients, une offre de financement adaptée et des dispositifs de maîtrise de risque adéquats. L’implication et l’engagement du GCAM auprès de cette catégorie de clientèle se matérialisent par l’accompagnement des projets solidaires, ceux de l’agrégation, et plus généralement tout projet de regroupements des petits producteurs ; l’intégration des petits producteurs dans les conventions conclues avec les grands opérateurs économiques ; l’approche territoriale, notamment dans les zones oasiennes et les périmètres arganiers.

Qu’en est-il des conditions de financement ?

Le GCAM a toujours conçu des produits et services financiers qui collent à la réalité du terrain. L’objectif est de répondre aux besoins réels de financement, permettant ainsi aux agriculteurs d’améliorer leurs itinéraires techniques, d’augmenter les rendements et perfectionner la qualité de leurs produits. Les agriculteurs bénéficient de taux préférentiels, à savoir 5,5% pour les crédits d’investissement et 5% pour les crédits de fonctionnement. Ce sont les mêmes taux accordés aux meilleures entreprises clientes de la banque ne présentant presque aucun risque. Les durées de crédit tiennent compte de la réalité du cycle de production de la culture financée. Par exemple, pour la création du palmier-dattier, le GCAM accorde une durée totale de 15 ans avec 6 ans de différé d’amortissement.

Avez-vous une idée sur le taux de réussite des projets financés ?

Grace à l’expertise cumulée et reconnue du capital humain de la banque, des systèmes de scoring développés en interne, des outils de pilotage des risques, de la réactivité de la banque face aux aléas climatiques…, le taux de sinistralité s’est beaucoup amélioré et reste dans la fourchette de la place. D’autant plus que le GCAM a mis en place des dispositifs de suivi des portefeuilles agricoles.

Le GCAM assure-t-il un accompagnement en conseil et expertise aux clients emprunteurs?

Les chargés d’affaires agri-agro assurent quotidiennement cet accompagnement : choix techniques, proposition de spéculations plus rentables… Pour des investissements importants, les responsables du siège comme du réseau peuvent recadrer les projets sur la base d’une connaissance détaillée des différentes filières de production. Parallèlement, l’apport des conseillers agricoles de l’ONCA, notamment en matière d’irrigation, se fait sentir sur le terrain et l’arrivée prochaine des conseillers agricoles privés, dont nous comptons accompagner l’installation, ne peut qu’améliorer l’encadrement des petits producteurs.

Quel bilan faites-vous de l’année 2015 des crédits octroyés ?

La campagne agricole 2014-2015 s’est soldée par une récolte céréalière record. Le GCAM a anticipé les attentes en allouant une enveloppe supplémentaire de 5 milliards de DH: 2milliards de DH pour la collecte des céréales ; 2 milliards de DH pour les petits fellahs et 1 milliard de DH pour les crédits d’investissement. Ce financement additionnel exceptionnel vient s’ajouter au financement annuel normal prévu dans notre enveloppe de 25 milliards couvrant la période 2014-2018.

Quelles sont les réalisations des autres filiales, Tamwil el Fellah et la Fondation ARDI ?

Concernant Tamwil el Fellah, la banque de l’agriculture solidaire a largement contribué à la mise à niveau des exploitations agricoles et des coopératives «non bancables». Ainsi, l’exercice 2015 s’est soldé par un portefeuille qui a dépassé 65 000 agriculteurs pour un encours de crédit de 640 MDH. Rien qu’en 2015, Tamwil el Fellah a acquis 12 000 nouveaux clients et a accordé 400 MDH de crédit dont 60% sont des crédits à l’investissement. Quant à la Fondation ARDI, elle a clôturé 2015 avec plus de 108 000 clients pour un encours de prêts de 262 Millions DH.