SIAM 2017 – Eau : le Maroc adopte une démarche avant-gardiste

Le pays a mis en place une stratégie visant la maîtrise
et la mobilisation des ressources en eau. La superficie équipée en irrigation localisée dans le cadre du PNEEI a plus que triplé, à 500 000 ha. Les agriculteurs ayant moins de 5 ha bénéficient d’une subvention pour l’irrigation par goutte-
à-goutte à hauteur de 100%.

Le régime pluviométrique au Maroc, dont le secteur agricole dépend dans sa majorité, se caractérise par une forte irrégularité dans l’espace et dans le temps. Des cycles de sécheresse et de pluies abondantes se relayent. De plus, les projections climatiques établies par la Direction de la météorologie nationale font état d’une augmentation des températures moyennes estivales de 2° à 6°C, accompagnée d’une régression des précipitations de 20% en moyenne d’ici la fin du siècle. Cette situation pourrait mettre à mal le secteur agricole et entraîner, de facto, de fortes instabilités des productions dans les zones d’agriculture pluviale, et notamment pour les filières céréalières, légumineuses, oléagineuses et oléicoles, surtout avec la réduction du niveau de remplissage des barrages, des aquifères et du réseau hydrographique.

En prévision de ces situations, le Maroc a adopté depuis des années déjà une gestion et une planification des ressources en eau anticipative et avant-gardiste. En effet, le pays a mis en place une stratégie visant la maîtrise et la mobilisation des ressources en eau, et l’adoption d’une démarche de gestion intégrée. Celle-ci lui a permis de sécuriser l’approvisionnement en eau potable, de satisfaire les besoins en eau des secteurs productifs et de développer l’irrigation. Ainsi, en plus du plan national de l’eau dont les bases légales ont été posées avec l’adoption de la loi sur l’eau (36-15) et qui prévoit des actions et des mesures combinant la gestion de la demande en eau et le développement de l’offre avec la préservation et la protection des ressources en eau et la gestion des phénomènes climatiques extrêmes, le PMV a adopté un ensemble de mesures concernant les programmes d’irrigation notamment. Dans ce cadre, 3 programmes structurants en ressortent en vue de remédier aux impacts de la sécheresse, des changements climatiques et des ressources hydriques, à savoir le programme national d’économie d’eau en irrigation (PNEEI). Depuis sa mise en oeuvre, les superficies équipées en irrigation localisée ont plus que triplé, passant de 160 000 hectares à 500 000 hectares actuellement, soit près de 33% des terres irriguées au niveau national. De son côté, la modernisation intégrale des périmètres collectifs d’irrigation a porté sur près de 60 000 hectares, sachant que 60 000 hectares supplémentaires sont en chantier. A l’échelle des exploitations agricoles, les impacts du passage à l’irrigation localisée se font sentir par des économies d’eau d’irrigation de 30 à 40%, une nette amélioration des rendements des cultures allant de +20% à +70%, une valorisation de l’eau (passant de 2,5 DH/m3 à 7 DH/m3) et de productivité des terres irriguées avec des effets significatifs sur l’amélioration des revenus des agriculteurs. Le ministère estime que les économies d’eau réalisées par le PNEEI ont atteint près de 800 Mm3 annuellement. Ce qui correspond à l’équivalent du volume mobilisable par un grand barrage par an.

Pour sa part, le programme d’extension de l’irrigation à l’aval des barrages (PEI) consiste à mettre sous irrigation environ 160 000 hectares de nouvelles terres. Ce chantier, qui mobilisera un investissement estimé à 21,5 milliards de DH à l’horizon 2020, permettra la valorisation de plus de 1,2 milliard de m3 d’eau mobilisables par les barrages. Ce programme concerne cinq périmètres de Grande Hydraulique qui totalisent une superficie de 85000 ha avec un coût d’investissement estimé à 12 milliards de DH. Les projets des périmètres de petite et moyenne hydraulique concernent 16 périmètres sur une superficie de 75 000 ha dans 7 régions, avec un coût global estimé à 9,5 milliards de DH. Actuellement, près de 45 000 ha sont achevés ou en chantier et près de 36 500 ha sont en cours de démarrage des travaux.

Enfin, le Partenariat Public-Privé pour le développement et la gestion de l’irrigation, lui, vise à améliorer les conditions techniques, économiques et financières de la gestion du service publique de l’eau d’irrigation. A ce jour, le ministère a concrétisé deux projets: le premier consiste en la sauvegarde de la plaine d’El Guerdane sur 10 000 ha dont les résultats affichent une efficience d’utilisation de l’eau dépassant les 97% et un recouvrement oscillant entre 95 et 97%. Le deuxième projet, en phase de construction, consiste en une gestion déléguée par le ministère à un opérateur privé en vue de la construction et la gestion d’un réseau d’irrigation dans la région atlantique Azemmour-Bir Jdid sur 3 200 ha.

En outre, dans le cadre des aides directes aux agriculteurs, ces derniers bénéficient d’une subvention pour l’irrigation par goutte à goutte à hauteur de 100% pour ceux de petite taille disposant de moins de 5 ha. Il est, par ailleurs, important de souligner les efforts déployés par le département de l’agriculture, les DRA (Directions régionales de l’agriculture), les ORMVA (Offices régionaux de mise en valeur agricole), les institutions de recherche et développement…en vue d’améliorer l’efficience des techniques d’irrigation de surface, telles que le surfaçage, la confection des billons, le nivellement au laser, les rampes à vannette… Précisons également le rôle du Fonds de développement agricole (FDA) lancé par l’Etat et géré par l’Agence de développement agricole qui contribue à la limitation des effets de la sécheresse par la distribution d’aliments certes, mais aussi par la création de puits. A fin 2015 par exemple, le montant accordé au financement du programme sécheresse, dans le cadre du FDA, s’est élevée à près de 23 millions de DH.