Reportage à Budapest : L’agriculture marocaine à la conquête de l’Europe centrale

Participant en tant qu’invité d’honneur de la 79e édition du Salon de l’agriculture et de l’alimentation (OMEK) en Hongrie, le Maroc a promu avec brio son offre exportable agricole et agro-alimentaire. La Hongrie tout comme les autres pays d’Europe centrale pourrait constituer un nouveau débouché pour les exportations marocaines si les contraintes liées à la logistique sont levées.

Dans un pavillon érigé sur 400 mètres carrés, un comptoir faisant office de cuisine propose aux visiteurs des dégustations marocaines.

Salon de l’agriculture et de l’alimentation (OMEK) en Hongrie
Salon de l’agriculture et de l’alimentation (OMEK) en Hongrie

A deux pas de là, un groupe d’artistes marocains, dont Nabil Khaldi et Maalem Baqbou, offrent des prestations aussi diverses que le patrimoine musicale du Royaume. A côté, une borne de prise de photos souvenirs avec un tarbouche permet aux visiteurs qui le souhaitent d’immortaliser leur visite du stand. Dans l’autre partie du pavillon, des régions présentent sur des stands leur offre agricole et agro-alimentaire. Bienvenue au pavillon du Maroc au Salon national de l’agriculture et de l’alimentation de Hongrie (OMEK), tenue du 26 au 29 septembre. En 79 ans d’existence, le plus grand événement agricole du pays accueille pour la première fois un pays africain.

La coopération comme prélude au business ?

«La participation marocaine s’inscrit dans le cadre de la célébration de 60 ans de relations diplomatiques entre le Maroc et la Hongrie. Le choix du Maroc comme pays partenaire est une parfaite illustration de la grande confiance établie entre les deux pays en matière de coopération bilatérale», précisent les organisateurs de la participation marocaine à l’OMEK 2019.

Bien avant l’inauguration officielle de l’événement – peu de temps après 11h en cette matinée fraîche mais ensoleillé du jeudi 26 septembre -, des centaines de visiteurs étaient déjà là entrain d’arpenter les allées du salon.
A la fois bien animé et bien positionné, le pavillon du Maroc accueille déjà ses premiers visiteurs. Pour faciliter les échanges entre le public et les animateurs du pavillon, des hôtesses hongroises vêtues de tuniques rouges ont été mobilisées.

En gros, l’Etablissement autonome de contrôle et de coordination des exportations (Morocco Foodex) – organisme chargé d’organiser et de promouvoir les exportations agricoles, halieutiques et agro-alimentaires – a mis les bouchées doubles pour séduire grand public et professionnels. Et pour cause, la manifestation accueille 100000 visiteurs et 920 exposants nationaux pour la plupart.
Il faut dire qu’il y a d’abord un intérêt politique derrière la participation du Maroc comme partenaire de la 79e édition de l’OMEK.

En fait, les deux pays veulent accélérer la coopération bilatérale dans le domaine agricole dans l’objectif de faciliter les échanges commerciaux.
«Sur le plan continental, le Maroc est le troisième partenaire commercial de la Hongrie en Afrique. Cette réalité ouvre des horizons prometteurs sur l’avenir de nos relations et sur les possibilités à explorer dans ce sens», a indiqué Mohamed Sadiki, secrétaire général du ministère de l’agriculture, qui s’exprimait lors de l’ouverture du salon devant des officiels hongrois.

Le numéro deux du département de l’agriculture a rappelé qu’un premier pas a été déjà franchi en 2017 avec la signature d’un mémorandum d’entente dans le domaine sanitaire et phytosanitaire, à l’occasion de la visite du ministre hongrois de l’agriculture à la 12e édition du Salon international de l’agriculture de Meknès (SIAM).

Pour sa part, le ministre hongrois de l’agriculture, Istvan Nagy, a exprimé lui aussi le souhait de développer les échanges entre les deux pays et d’élargir la coopération dans le domaine agricole.

Une coopération qui peut être fructueuse vu que les deux pays ont une position de leadership dans plusieurs filières agricoles différentes.
En effet, la Hongrie est un gros producteur de maïs et de miel à l’échelle européenne et mondiale. Ce pays d’Europe central exporte aussi des volumes importants de céréales, d’aliments de bétail, de vins et de viandes.

«Dans nos filières de fruits et légumes comme les agrumes, la Hongrie importe essentiellement auprès de nos concurrents, dont l’Espagne par exemple qui profite d’une compétitivité logistique à toute épreuve. Si l’on arrive à régler la problématique de la logistique, nous pourrions faire des émules sur ce marché et dans toute la région d’Europe centrale», nous explique en aparté Mohamed Sadiki.

Salon de l’agriculture et de l’alimentation (OMEK) en Hongrie
Salon de l’agriculture et de l’alimentation (OMEK) en Hongrie 2019

Un marché vierge pour le «Made in Morocco»

Du côté des exposants, la participation à l’OMEK se justifie par la quête de diversification des débouchés à l’export. Dans leur ligne de mire : le marché de l’Europe centrale qui reste encore méconnu pour eux.
«Participer à ce salon, bien qu’il soit à portée nationale, nous permet de découvrir ce pays et cette région d’Europe qui constitue un marché vierge pour les exportations marocaines», déclare Saad Guessous, manager de ventes à l’export chez les Domaines.

Lors des rencontres B to B avec les importateurs et les distributeurs ainsi que le grand public, la grande entreprise agricole, dont le patrimoine foncier s’élève à plusieurs milliers d’hectares, a mis en avant ses nombreuses variétés de tomates et d’agrumes.

«Sur ce marché, nous devons faire face à une concurrence rude des Espagnols. Pour cela, il faut améliorer la logistique», poursuit Saad Guessous, qui confirme ainsi la préoccupation avancée par le département de tutelle.

Même son de cloche chez Cap Agro, une autre grande firme agricole qui participe à l’OMEK. «La participation du Maroc à ce salon revêt certes un aspect plus politique que commercial, mais notre présence est très utile puisqu’elle nous permet de tâter le terrain et connaître les besoins spécifiques de ce marché», indique Fouad El Hadri, manager commercial à Cap Agro.

Il faut dire que l’une des spécificités du marché de l’Europe centrale (Hongrie, Slovaquie, Tchèque, Slovénie) – à l’exception de l’Autriche et de l’Allemagne – est le pouvoir d’achat limité par rapport à l’Europe occidentale ; destination classique des exportations marocaines.
Exemple : le salaire minimum en Hongrie est de 460 euros d’après l’organisme européen Eurostat. Toutefois, ceci n’est pas forcément un frein mais c’est surtout les contraintes liées à la logistique. Plus encore, le Maroc peut miser sur la qualité et la précocité de certaines variétés de fruits et légumes, relèvent plusieurs exposants et responsables.

«Le concept de notre groupement d’intérêt économique (GIE) a séduit pas mal d’opérateurs. Nous avons invité certains d’entre eux de nous rendre visite à Dakhla pour s’enquérir de notre modèle», soutient le représentant d’Ajida, un GIE formé par des jeunes entrepreneurs de Dakhla et spécialisé dans la production de primeurs (tomates cerises, melon et poivron) sur une superficie de 50 hectares. Exportant la totalité de sa production en France, le GIE espère trouver des clients potentiels en Hongrie. «Nous avons abordé pas mal de prospects. Des opérateurs de grande distribution ont été particulièrement intéressés par notre poivron», poursuit le jeune sahraoui.

Du côté des quatre régions qui ont elles aussi leurs stands (Dakhla-Oued-Eddahab, Marrakech-Safi, Meknès-Fès et Souss-massa), celles-ci mettent en avant à la fois leurs potentialités et leurs filières phares.

OMEK Budapest Maroc
OMEK Budapest Maroc

«Nous avons présenté aux visiteurs et aux opérateurs hongrois nos filières orientées à l’export comme les olives, l’arganier, les agrumes et les câpres. L’échange avec les professionnels a été instructif pour mieux connaître ce marché», explique un représentant de la Direction régionale de l’agriculture de Marrakech-Safi.

«Nous avons non seulement promu l’offre agricole mais nous avons aussi répondu aux questions de certains curieux du grand public qui nous ont aussi beaucoup interpellés sur le Maroc en tant que destination touristique», conclut notre interlocuteur sur un ton ironique.