Produits du terroir : l’Agriculture fait bloc avec les coopératives pour élargir l’accès aux marchés étrangers

Le marché pèse plus de 4 milliards de DH. L’Agence de développement agricole se charge de la mise à niveau des petites coopératives, la formation et la labellisation pour rendre l’offre plus attractive. Elles sont aussi assistés pour la conclusion de contrats d’approvisionnement à l’étranger.

L’Agence pour le développement agricole (ADA) est en train de structurer le marché des produits du terroir pour favoriser leur valorisation et leur potentiel d’exportation.

La filière, qui pèse plus de 4 milliards de DH, exporte environ 10% de sa production moyenne annuelle, estimée à quelque 2,3 millions de tonnes mais les petites coopératives agricoles, bien qu’elles couvrent plus de 200 spécialités locales, peinent encore à commercialiser efficacement leurs produits. C’est exactement cette catégorie qui est ciblée par l’agence.

A l’origine des difficultés à élargir l’accès aux marchés étrangers, l’incapacité à s’organiser sous forme de collectifs ou de groupements d’intérêt économique.

«Le développement de la filière en interne et sur le marché international passe obligatoirement par l’organisation de la production en matière de conditionnement, de référencement et de communication.

Cela signifie que les dispositifs de labellisation mis en place, notamment celui de «Terroir du Maroc», label collectif enregistré à l’OMPIC et à l’OMPI, font office de garantie sur la qualité du produit, sa traçabilité et son respect des normes nationales et internationales», témoigne Khadija Bendriss, directrice du développement des produits du terroir au sein de l’ADA. Pour elle, «les petites coopératives qui arrivent à se faire labéliser ont beaucoup plus de débouchés. Et c’est à cette fin que nous les assistons».

Mutualisation de la production

Mme Bendriss confirme que parmi les principaux piliers de la stratégie de l’ADA figure l’aide portée aux petites coopératives pour se conformer aux dispositions prévues par la loi N°15-06 relative aux signes distinctifs d’origine et de qualité des denrées alimentaires et des produits agricoles et halieutiques (SDOQ).

«La mise à niveau des petites coopératives quant aux obligations de cette loi se fait par le biais de programmes de formations sur la valorisation des produits, leur conditionnement, leur accès aux marchés internationaux, la négociation des contrats d’approvisionnement aussi bien au niveau local qu’avec des groupes internationaux, la communication, le marketing et les finances», confie la directrice du développement des produits du terroir de l’agence.

Elle précise aussi que «les producteurs qui arrivent à se conformer à ces exigences sont ceux sélectionnés par l’ADA pour participer aux manifestations internationales. Les lots de produits exposés doivent être certifiés par l’ONSSA et par Morocco FoodeX.

Sur place, nous organisons des rencontres B to B avec les entreprises présentes, et nous accompagnons les coopératives, représentées par leurs GIE ou Unions, dans leur démarche de négociations de contrats d’approvisionnement».

Abdellah El Fergui, président de la Confédération marocaine de TPE et PME, reconnaît que «l’ADA assume sa mission d’accompagnement et sa formation». Néanmoins, il souhaite que cela profite au plus grand nombre. «De ce que j’ai vu sur le terrain, certains petits producteurs ne savent toujours pas comment valoriser leurs produits. Ce sont les groupements qui mutualisent leur production qui arrivent à exporter», observe-t-il.

Ces problèmes semblent bien identifiés. «Naturellement, notre objectif est de faire bénéficier toutes les coopératives des formations et de l’accompagnement que nous assurons. Nous ne pouvons faire participer des milliers de coopératives à un même événement, la raison pour laquelle nous en sélectionnons celles qui présentent le meilleur potentiel d’exportation, dont les produits passent l’épreuve de la certification sans mal.

Parallèlement, nous travaillons avec les autres coopératives qui n’en sont pas encore à ce niveau, pour les aider justement à se structurer et à s’organiser en groupements pour gagner en efficacité», explique Mme Bendriss.

Tendance favorable

Interpellée sur ce sujet, MarocTaswiq, qui commercialise des produits de quelque 500 coopératives, n’a pas souhaité donner suite à notre requête. Mais une source très au fait de ces dossiers confie, sous le sceau de l’anonymat, que plusieurs actions menées depuis le remodelage des activités de l’entité, commencent aujourd’hui à porter leurs fruits. «Le potentiel des produits du terroir est grandement sous-estimé.

Maroc Taswiq a proposé plusieurs modèles de développement, dont certains s’inspirent des Sogo Shosha japonaises (ndlr : maisons de commerce servant d’intermédiaire dans les échanges commerciaux)». Et de poursuivre : «Les petites coopératives s’organisent en fonction des besoins du marché et de leur capacité de production. Ce sont des entreprises à taille humaine qui ne peuvent supporter, seules, une activité d’exportation.

Et c’est là que Maroc Taswiq et l’ADA interviennent». Certes, il reste beaucoup à faire, reconnaît notre interlocuteur, «mais nous sommes sur la bonne voie, et la généralisation des programmes d’accompagnement permettra à plus de coopératives d’exporter, de se structurer et de s’imposer davantage sur le marché international».

Sur les 5 000 coopératives que compte le Maroc, regroupant plus de 15 000 unités de production, plus de 2 500 d’entre elles se sont spécialisées dans les produits à fort potentiel d’exportation telle l’huile d’argane, les olives et l’huile d’olive, les plantes médicinales, les dattes, les figues, les câpres et les miels. Sur cette population, 642 ont bénéficié d’une visibilité à l’international, à travers des manifestations telles que la Semaine Verte de Berlin (SVB), le Salon International de l’agriculture à Paris (SIAP) et le Salon international de l’alimentation d’Abu Dhabi.