Plan Maroc Vert : une agriculture radicalement transformée

Quand, en avril 2008, le Plan Maroc Vert fut lancé, d’aucuns pouvaient imaginer l’ampleur de l’inflexion que connaîtra l’agriculture marocaine dans les années qui allaient suivre.

C’est que dans les décennies 80 et 90, au gré du climat marqué par des cycles de sécheresses répétitives et de politiques publiques qui avaient presque perdu tout espoir de redynamiser le secteur, l’agriculture était devenue un secteur moribond et presque à abandonner pour certains. Mais quand on voit en 2015 les indicateurs chiffrés de l’agriculture, c’est tout un autre constat qui s’impose : non seulement le secteur agricole a regagné plus que jamais sa place de moteur principal de l’économie mais, en plus, il est devenu de plus en plus performant et surtout attractif pour les investissements privés qui l’avaient délaissé quelques années auparavant. Et les chiffres le prouvent aujourd’hui.

Le secteur a drainé rien que pour l’année 2015 un volume d’investissements global de l’ordre de 13,2 milliards de DH dont près de 9 milliards au titre d’investissements publics, le reste étant d’origine privée. Pour mesurer l’ampleur de ce chiffre, il faut le comparer à 2008, année pendant laquelle fut lancé le Plan Maroc Vert. Cette année-là, ces mêmes investissements étaient de l’ordre de 6,9 milliards de DH. Ils ont donc presque doublé en l’espace de sept ans. Sur la période 2008-2014, ce sont ainsi quelque 58 milliards de DH qui ont été injectés dans le secteur dont 15,4 milliards d’investissements publics et plus de 42 milliards du fait d’opérateurs privés.

Et si les investisseurs sont de plus en plus enclins à miser sur les activités agricoles, c’est parce que le secteur a retrouvé la voie de la rentabilité et de la performance grâce à l’engagement fort et volontariste des pouvoirs publics à travers le Plan Maroc Vert mais aussi à travers l’ensemble des autres réformes et programmes étatiques. Cette performance se retrouve évidemment au niveau de quelques indicateurs clés comme par exemple les exportations. Ces dernières ont ainsi enregistré une croissance de +34% entre 2008 et 2015. Sur cette même période, le PIB agricole a affiché un taux de croissance moyen de 7%.

Pour l’amélioration des performances agricoles, un des leviers déterminants sur lequel le Plan Maroc Vert a focalisé les efforts consistait à transformer les structures de production de sorte à diriger les investissements vers des cultures plus rentables et à forte valeur ajoutée et aussi à moderniser les exploitations pour l’amélioration des rendements. Ainsi, parmi les orientations majeures, on peut citer essentiellement les investissements massifs dans la reconversion des cultures, donnant la priorité à l’arboriculture, notamment l’olivier, les agrumes et l’amandier, les cultures maraîchères ou encore d’autres filières intéressantes comme les cultures sucrières.
Ainsi, dans le seul cadre du Pilier2 du PMV, qui concerne la petite agriculture solidaire et familiale, ce sont quelque 195 000 hectares qui ont été plantés en oliviers jusqu’à fin 2015, près de 25 000 hectares en amandiers, 32 000 hectares pour les figues de barbarie et quelque 10 000 hectares pour d’autres arbres fruitiers.

Près de 14,7 milliards de DH entre 2008 et 2015 pour 542 projets
Des efforts qui se sont naturellement traduits par des améliorations conséquentes en termes de production. En 2014, la production d’agrumes a atteint 2,23 million de tonnes contre 1,24 millions de tonnes en 2008, soit une augmentation de 80%. Pour ce qui est des olives, la performance est encore plus parlante avec une production qui est passée de 660 000 tonnes en 2008 à près de 1,6 million de tonnes en 2014 soit une progression de +237%. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si en 2015 le Maroc figure dans les top 5 des exportateurs mondiaux ou régionaux de plusieurs produits : 3e rang dans la région Mena pour les conserves d’olives, 4e exportateur mondial de tomates, premier exportateur mondial pour les câpres, les haricots verts et l’huile d’argane.

Des performances rendues possibles, en plus de la reconversion, grâce au mode de conduite des projets, le Plan Maroc Vert s’appuyant essentiellement sur deux leviers majeurs : le modèle basé sur la Participation public-privé (PPP) et l’injection de fonds dans la modernisation des facteurs de production. Pour le premier volet, celui du PPP, ce sont quelque 90 000 hectares qui ont été valorisés entre 2008 et 2015, sachant que, de l’autre côté, les opérateurs privés ont à eux seuls mobilisé près de 150 000 autres hectares. Quant à la modernisation des facteurs de production, deux chiffres démontrent à eux seuls le chemin parcouru : plus de 450 000 hectares sont aujourd’hui équipés en modes d’irrigation dit goutte-à-goutte dont 250000 hectares l’ont été sur la seule période 2008-2015. Le deuxième indicateur, quant à lui, concerne le taux de mécanisation de l’agriculture avec un ratio, en 2015, de 6,8 tracteurs par 1000 hectares alors qu’il ne dépassait pas 5 en 2008.

S’il est vrai que les observateurs retiennent souvent, entre autres effets du Plan Maroc Vert, le fait qu’il ait transformé le visage de l’agriculture marocaine pour en faire un secteur économique résolument performant et rentable, à travers les cultures intensives et les grandes exploitations modernes, il n’en demeure pas moins que ce plan a, d’un autre côté consacré un volet majeur aux enjeux sociaux notamment les conditions de vie des petits agriculteurs et des populations rurales, à travers l’agriculture familiale et solidaire.

Ce souci de la généralisation des effets du Plan Maroc Vert à cette frange de population se retrouve dans le Pilier2 du plan dont les actions convergent toutes vers l’amélioration des revenus des petits agriculteurs, la création d’emplois en milieu rural et l’amélioration des conditions de vie. Des objectifs pour lesquels les pouvoirs publics ont mobilisé près de 14,7 milliards de DH entre 2008 et 2015 pour le financement de 542 projets qui ont profité à pas moins de 771 000 agriculteurs sur une superficie globale concernée de 784 000 hectares. Et ce n’est pas fini : selon les derniers chiffres du ministère de l’agriculture, 50 nouveaux projets sont au stade de lancement au profit de 50 000 agriculteurs sur une superficie de 37 000 hectares. Parmi les actions les plus en vue du Pilier2, la plantation de près de 186 000 hectares en arbres fruitiers, la réalisation de 212 unités de valorisation de la production (huile d’olive, collecte de lait…). D’autres filières, à forte connotation sociale et solidaire, ont également bénéficié des financements et projets du PMV notamment les viandes rouges (1 milliards de DH), la production de miel (220 MDH), la viande cameline (630 MDH) ou encore les palmiers dattiers (1,5 milliard DH).

Et visiblement, les projets du Pilier2 du PMV ont considérablement contribué à la création de richesse pour les petits agriculteurs et les populations rurales de manière générale. Là aussi, la preuve par les chiffres : jusqu’à fin 2015, en plus des 771 000 bénéficiaires concernés, ce sont quelques 20 millions de journées de travail qui ont été générés dans le cadre de ces projets avec, à la clé, une valeur ajoutée additionnelle de 7,5 milliards de DH. Une amélioration qui s’est naturellement répercutée sur le revenu des petits agriculteurs puisque la productivité à l’hectare avoisine aujourd’hui les 9 000 DH, soit une augmentation de 30% par rapport à 2008.

Il est incontestable, à voir les indicateurs, que le secteur agricole s’inscrit véritablement dans une rupture de modèle. Il reste maintenant à pérenniser tout l’édifice et faire en sorte que la dynamique soit auto-entretenue. Or ce souci a été lui aussi pris en compte lors de l’élaboration et de la mise en œuvre du Plan. D’abord à travers la focalisation sur l’utilisation des ressources en eau qui est une composante majeure du PMV. Que ce soit par l’utilisation plus rationnelle, grâce aux techniques d’irrigation modernes et économes ou par l’équipement et l’élargissement des superficies irriguées, les mesures prises dans le cadre du PMV sont de nature, d’un côté, à préserver les ressources en eau de plus en plus rares et, de l’autre, surtout, à permettre à l’agriculture de s’autonomiser davantage vis-à-vis des aléas climatiques et de la rareté des précipitations.
Et enfin, qui dit pérennité du plan dit forcément maintien de son attractivité pour l’investissement privé. C’est probablement pour cette raison que l’idée qui fait son chemin depuis quelques mois consiste à transmettre une partie des organes et prérogatives du pilotage de certains volets du PMV aux opérateurs privés eux-mêmes, à travers leurs associations interprofessionnelles. C’est là, probablement, le meilleur moyen de responsabiliser les acteurs et de s’assurer de leur implication dans la préservation des acquis importants réalisés depuis 2008 n