Irrigation : vers une baisse du coût du pompage solaire

Les panneaux solaires bénéficieront de l’exonération de TVA. Changer tout le système d’irrigation nécessite un investissement de départ.

«L’exonération de TVA sur la vente des pompes à eau solaires est dorénavant générale. Elle touche tous les équipements qui entrent en jeu dans ce genre de système, y compris les panneaux». La confirmation de Abdellah Bouanou, président de la Commission des finances de la Chambre des représentants, est sans équivoque : cette exonération, objet d’un amendement du PLF 2019 approuvé récemment par la même commission, concerne les panneaux photovoltaïques, auparavant exclus de cette exonération.

Tenant en compte le fait que le prix de ces derniers représente environ 60% de l’investissement dans un mécanisme de pompage solaire, cette mesure incitative trouvera, sans aucun doute, un écho favorable auprès des professionnels. En tout cas, l’importance de toute mesure du genre réside dans le fait qu’elle vient renforcer tout un mécanisme voulant y encourager le recours aux énergies renouvelables. Et par ricochet, remplacer l’utilisation majoritaire du gaz butane en agriculture, et alléger le poids des subventions de cette ressource, amenées à atteindre, selon les estimations, 12,5 milliards de DH en 2018.

En attendant la publication des résultats d’une enquête menée par le ministère des affaires générales et de la gouvernance, lancée récemment pour recenser les terres agricoles utilisant le gaz butane dans le pompage d’eau et déterminer les quantités utilisées, les surfaces agricoles utiles (SAU) faisant usage du gaz butane sont estimées à plus de 250 000 ha, ou plus de 15% de la SAU irrigable au Maroc. Elles dépassent de loin les 13 000 ha, correspondant à environ 1% de la SAU irrigable totale, exploitées grâce au pompage d’eau solaire.

L’équation du financement

Arrivera-t-on à faire basculer ce rapport ? «Toute extension des mesures incitatives à l’ensemble des équipements utilisés dans le pompage à eau solaire est la bienvenue. C’est une manière indirecte de subventionner le solaire. Mais, changer tout le système d’irrigation nécessite un investissement de départ. Le butane est utilisé pour faire tourner de vieux moteurs thermiques qu’il faudrait mettre à la casse et remplacer», explique Mohamed Lasry, gérant de Cleanergy, entreprise marocaine spécialisée dans la fabrication de panneaux solaires.

Quelle est donc la solution ? «Pour que les systèmes solaires connaissent le succès escompté, il faudra mettre en place des moyens de financement. Cela peut se faire soit en accordant des aides aux agriculteurs ou des crédits. Ces moyens permettraient aux agriculteurs de devenir propriétaires de leurs installations au bout d’une durée déterminée, sans avoir à dépenser de manière continue pour irriguer», précise-t-il. Khalil Ababou, vice-président de l’Amisole (Association marocaine de l’industrie solaire et éolienne), est du même avis: des mécanismes financiers publics facilitant l’accès aux pompes solaires sont nécessaires pour le développement de celles-ci. «Il faut proposer des plans d’investissement à long terme et sans intérêts. Ceux-ci pourront encourager les récalcitrants et faire basculer le rapport de force vers le solaire», souligne-t-il.

En termes de logique environnementale, il n’y a pas de comparaison, surtout que tous les moteurs thermiques utilisés actuellement en agriculture sont généralement des moteurs mécaniques recyclés, donc pollueurs.
En termes de logique économique, le solaire est rentable à long terme bien qu’il nécessite un investissement de départ considérable.