Des pistes pour accélérer la dynamique du Plan Maroc Vert

Une étude publiée fin juillet par la Direction des études et des prévisions financières (DEPF) a identifié une série de leviers stratégiques pour accélérer le développement de l’agriculture marocaine. Les auteurs plaident pour l’édification d’un réseau de plate-formes d’exportations intégrées et multi-filières.

A quelques mois de la clôture du Plan Maroc Vert, les experts du ministère des finances ont mis la main à la pâte pour contribuer à la conception d’une nouvelle politique agricole. Publiée fin juillet par la Direction des études et des prévisions financières, une étude a dressé un topo détaillé de l’agriculture marocaine, avant d’émettre une série de recommandations dans le but de consolider les acquis du PMV et s’attaquer à certaines problématiques structurelles qui ont la peau dure. «Depuis la mise en œuvre du PMV, le secteur agricole s’est inscrit dans un processus vertueux de transformation structurelle. Les performances jusque-là enregistrées par ce secteur sont encourageantes et laissent augurer des perspectives favorables, pourvu que la dynamique enclenchée soit poursuivie et accélérée», tranchent d’emblée les analystes de la DEFP.

Structurés autour de trois axes, les leviers stratégiques identifiés touchent des dossiers chauds. A commencer par un premier axe ayant trait aux épineuses questions de l’intégration industrielle et la compétitivité des exportations agricoles.

Pour les auteurs de l’étude, la nouvelle politique agricole doit s’atteler à mobiliser à brève échéance le manque à gagner dû à la faible intégration de la filière agro-industrielle et à une diversification limitée des marchés à l’export. La recette ? Pour favoriser l’intégration industrielle, les experts de la DEFP recommandent aux pouvoirs publics de veiller à la mise en œuvre du contrat-programme du secteur agroalimentaire, d’accélérer l’opérationnalisation des agropôles et de redynamiser l’agrégation dans son volet contractuel dans le sens d’une adéquation entre l’offre agricole et la demande agro-industrielle.

L’agrégation est appelée à jouer un rôle décisif

Dans le même registre, ils estiment que la priorité doit être attribuée aux filières à fort potentiel, à l’instar de la filière oléicole.
Qu’en est-il de la compétitivité des exportations ? L’étude plaide pour l’édification d’un réseau de plateformes d’exportations intégrées et multi-filières ciblant autant les marchés traditionnels de l’Europe et de l’Amérique du Nord que certains marchés émergents à fort potentiel dont notamment ceux de l’Afrique et de la Russie.

Là encore, l’agrégation est appelée à jouer un rôle décisif pour relever les pressions concurrentielles qui caractérisent le marché international et accélérer la mise en œuvre de la réforme des marchés de gros et des abattoirs.

Le deuxième axe des leviers identifiés par les experts de la DEFP porte sur les capacités de résilience et d’adaptation de l’agriculture marocaine aux effets du changement climatique. Pour renfoncer ces capacités, l’étude recommande – outre l’économie de l’eau et la mobilisation des ressources non conventionnelles – l’adaptation de la politique de tarification de l’eau d’irrigation, de façon à ce qu’elle reflète la rareté de l’eau et le coût réel de sa mobilisation. Dans cette perspective, le digital peut – selon les auteurs de l’étude – accompagner les efforts d’adaptation au changement climatique, à travers l’accès, en flux continu, aux données spatiales, temporelles et agronomiques à l’échelle de la parcelle.

Toujours en lien avec les capacités de résilience et d’adaptation, l’étude plaide en faveur d’une réduction de la vulnérabilité des performances agricoles à travers l’accélération de la réforme de la filière céréalière.

Pour ce faire, les experts de la DEPF recommandent la reconversion des céréales dans les zones défavorables vers des productions plus résilientes à la sécheresse (olivier, amandier…) ainsi que la territorialisation de la politique céréalière à travers l’orientation de l’incitation publique à la production céréalière vers les zones agro-climatiques favorables. Enfin, l’étude prône la promotion du recours aux énergies renouvelables pour le pompage.

Stratégie de développement rural intégré

Par ailleurs, les analystes de la DEPF ont dédié un troisième axe aux mesures d’accompagnement qui devront maximiser l’impact positif de la nouvelle politique agricole. Il s’agit d’optimiser le soutien public au secteur agricole, qui devrait cibler en priorité – selon eux – le renforcement de la modernisation et de la compétitivité des petites et moyennes exploitations agricoles. Autres leviers à activer : l’indexation des subventions aux facteurs de production selon une approche territorialisée pour tenir compte des vocations agro-climatiques de chaque région, et la mise en place de mécanismes rigoureux de suivi et d’évaluation du système public de soutien, tout en optimisant la fiscalité agricole.

Pour conclure, les analystes de la DEPF plaident pour l’insertion de la politique agricole dans le cadre d’une stratégie de développement rural intégré, à travers une meilleure convergence des politiques publiques ciblant le monde rural et la poursuite des actions engagées dans le cadre du Pilier II du PMV ayant trait à l’agriculture solidaire.