Comment améliorer la compétitivité des entreprises agrumicoles

Le développement et la rentabilité des entreprises agricoles passent par la réduction des coûts de production. Dans la filière agrumicole, la gestion de la cueillette dans sa forme actuelle engendre un grand manque à gagner.

Selon Khalid Bounajma, président de l’ASCAM (Association des conditionneurs d’agrumes du Maroc), le process actuel de cueillette ne favorise pas le producteur. «L’an dernier les stations de conditionnement ont travaillé la clémentine avec 50% d’écarts d’où une production sans valeur ajoutée», indique le professionnel. Il met en cause dans ce contexte, notamment, le manque de maîtrise des bonnes pratiques de la cueillette. «Les cueilleurs des agrumes sont de plus en plus rares, sans compter que les outils de cueillette sont anarchiques et le mode actuel ne permet pas d’investir dans un outillage plus performant», déplore-t-il. Autant d’éléments qui justifient aujourd’hui pleinement la professionnalisation du métier de cueilleur pour assurer la pérennité de la profession et la livraison d’un produit à valeur ajoutée à la station de conditionnement.

Quelles solutions ? Khalid Bounajma a une vision claire sur le sujet. Inspiré de ses missions de prospection en Espagne, au Chili, au Pérou et en Afrique du Sud pour observer leur système de cueillette et de traçabilité en matière d’agrumes, il préconise la création d’entreprises spécialisées dans la cueillette. Il s’agit non seulement de la professionnalisation de cette activité mais aussi de générer des emplois pérennes dans le monde rural, «de 50 000 emplois actuellement à 80 000 emplois en 2023», avance-t-il.

Comment y arriver ? Selon le professionnel du conditionnement, il est nécessaire d’assurer en amont une formation aux ressources humaines de l’activité avec à la clé l’attribution de cartes professionnelles. Parallèlement, il est important d’encourager les producteurs à l’export. Les donneurs d’ordre de la cueillette seront les stations de conditionnement pour garantir un marché de septembre à fin juin, poursuit-il. Pour les stations de conditionnement comme pour les employés des entreprises de cueillette, les retombées de la mise en œuvre d’un tel projet devraient être importantes. Outre la création d’emplois affiliés à la CNSS dans le rural, l’employé va bénéficier de moyens de transport plus sécurisés à travers la logistique des entreprises de cueillette. Les stations de leur côté devraient optimiser leurs potentiels en stockage, chambres froides et capacité d’export. La professionnalisation de la cueillette devrait permettre également de réduire les sources de contamination. Au-delà de tout cela, dans toute la filière des agrumes, les coûts d’arrivée, départ station, seront réduits. C’est donc une réduction des coûts à tous les niveaux et une possible amélioration de la rentabilité et de la compétitivité des entreprises avec une garantie d’avantage sociaux pour de nombreuses familles dans le rural.

Mais comment introduire ce nouveau processus ? L’adhésion et l’implication en synergie des associations des conditionneurs et producteurs d’agrumes (ASCAM et ASPAM) en faveur de ce nouveau mode de gestion de relation entre les cueilleurs et les stations de conditionnement est indispensable. De l’avis également de Khalid Bounajma, la réussite d’un tel chantier passe aussi par le soutien financier de l’Etat. Et ce, à travers une participation dans la formation des cueilleurs et la délivrance de la carte professionnelle, l’achat des outils de manutention et les sacs de cueillette sans oublier la mise en place d’un système de traçabilité des cueillettes. Des subventions en faveur d’entreprises de cueillettes détenant des marchés chez les stations de conditionnement, pour l’achat de moyens de transport adapté pour le transport des employés, contribueraient de même à la mise en œuvre de ce chantier.

Le projet s’inscrit tout à fait en tout cas dans la deuxième phase du Plan Maroc Vert (PMV) qui accorde à ce niveau un intérêt particulier au renforcement des organisations professionnelles. Il s’agit de créer plus de 10 000 coopératives en vue de regrouper et d’organiser les exploitations agricoles dans des groupements entrepreneurials et des sociétés de prestation de services, indique Jaouad Bahaji, directeur général de l’Office national du conseil agricole (ONCA). L’objectif stratégique de l’ONCA à l’horizon 2020 est, dans ce cadre, l’instauration d’une culture entrepreneuriale et de prestations de services dans le tissu des coopératives, explique-t-il. Pour l’heure, au niveau de la professionnalisation de la cueillette, dans une démarche expérimentale, le groupe Delassus mène une opération pilote en la matière, accompagné par un cabinet spécialisé dans la supplain chain et conduite de changements.