Agriculture : le palmier dattier renaît de ses cendres

Sidattes, rendez-vous annuel célébrant le palmier dattier, est revenu pour une 10e édition du 24 au 27 octobre à Erfoud. L’occasion pour «La Vie éco» de faire le point sur la renaissance de ce pilier de l’économie oasienne.

Comme à l’accoutumée, l’ambiance très calme d’Erfoud – petite ville de la province d’Errachidia – devient légèrement animée pendant le mois d’octobre. Durant cette période de l’année, la campagne de récolte et de commercialisation des dattes bat son plein.

Agriculteurs, fournisseurs d’intrants et services agricoles, négociants, commerçants…. Tous les opérateurs de l’écosystème oasien brassent du cash, participant ainsi à la préservation des oasis et au maintien des populations rurales.

Ancêtre du Salon international des dattes (Sidattes), dont la 10e édition s’est tenue du 24 au 27 octobre, la Foire des dattes de Tafilalet fut instituée par Dahir en 1940.

7,5 milliards d’investissements

A l’époque, le Maroc était exportateur et figurait parmi les trois premiers producteurs à l’échelle mondiale. Selon des chiffres du département de l’agriculture, 15 millions de pieds peuplaient les oasis marocaines dans le passé.

En un siècle, la culture du palmier dattier s’est réduite comme une peau de chagrin, en dégringolant à seulement 4 millions de pieds au début des années 2000.

Jusqu’à aujourd’hui, en attendant l’entrée en production des nouvelles plantations lancées dans le sillage du Plan Maroc Vert (PMV) prévue en 2022, le Maroc importe encore quelques dizaines de milliers de tonnes chaque année pour subvenir à ses besoins.

Néanmoins, il faut dire qu’un long chemin a été parcouru pour sauver et faire renaître la filière du palmier dattier.

Sécheresse prolongée, invasion incessante de la maladie du bayoud, faible niveau de technicité, dégradation des palmeraies, désorganisation des professionnels, désintérêt des populations et des investisseurs… Ce sont là autant de phénomènes qui ont fait chuter l’activité phoenicicole durant le siècle dernier et qui menaçait sérieusement les zones oasiennes.

A partir de la fin des années 80, le Royaume a mis en place un plan national de reconstitution de la palmeraie.

Piloté par le ministère de l’agriculture, ce plan – lancé en 1986 et actualisé en 1998 – s’articulait autour de plusieurs mesures dont l’extension et la reconstitution des palmeraies, l’amélioration des techniques culturales et la valorisation de la production.

Viendra ensuite le véritable coup d’accélérateur à la renaissance du palmier-dattier avec le programme de plantation de 3 millions de palmiers dattiers lancé par le Souverain en novembre 2009 et le contrat-programme dédié à la filière dans le cadre du PMV signé en 2010.

Des incitations alléchantes ont été mises en place pour drainer les investisseurs et encourager les agriculteurs. Exemple : la prise en charge des nouvelles plantations couvre 70 à 100% du coût d’acquisition des plants.

D’autres subventions à la construction des unités de stockage (25%), de conditionnement (30%) et de la valorisation (20%).

Valeur aujourd’hui, 2,8 millions de plants ont été distribués et plantés (92% de l’objectif fixé à l’horizon 2020), selon les données communiquées par le département de tutelle.

En plus de la réhabilitation des palmeraies traditionnelles via la distribution de 1,7 million de plants et le nettoyage des touffes, le développement des plantations en dehors des oasis n’a pas été en reste.

Ainsi, 28 400 hectares ont été mobilisés pour accueillir 980 000 plants.

15 560 hectares ont été équipés en goutte-à-goutte et 48 unités de valorisation ont été construites. De son côté, la production de souches a atteint 283 000 unités (67% de l’objectif). Celle des vitro-plants a atteint un rythme annuel de 800 000 unités.

80 000 visiteurs

Pour ce qui est de la valorisation, la capacité a atteint 50 000 unités, soit 45% de l’objectif fixé. «L’impact du contrat-programme mesuré par les principaux indicateurs pour la période 2015-2018, comparés à la période de référence 2003-2007, sont probants et révélateurs des efforts des différents intervenants», commente une source autorisée au ministère de l’agriculture.

En fait, la valeur ajoutée est passée de 602 millions de DH à 1,4 milliard (+136%) alors que le volume du travail mesuré par le nombre des journées de travail a doublé, en comparant les deux périodes précédemment citées.

En ce qui concerne la qualité, pas moins de neuf variétés labellisées dont 8 en indication géographique protégée (IGP) et une en label agricole.

A en croire l’annonce faite par le ministre de l’agriculture à l’ouverture du Salon, la production prévisionnelle est estimée à 143 000 tonnes, en hausse de 41,2% par rapport à la campagne précédente. Une très bonne campagne dont l’effet s’est fait sentir au Salon.

Organisée sous le thème «Palmier dattier, levier de l’emploi et pilier de l’économie oasienne» dans un nouveau site dédié, la 10e édition du Sidattes a drainé 80 000 visiteurs, selon les organisateurs.

D’après le délégué du Sidattes, Mohamed Boufsoul, le Salon a amélioré son chiffre d’affaires avec la vente de 270 tonnes.

Pas moins de 200 exposants venus des régions marocaines productrices de dattes et de 15 pays étrangers, outre les opérateurs économiques actifs dans ce secteur, ont été au rendez-vous.

Au programme, des conférences et ateliers scientifiques, des animations pédagogiques et ludiques, des présentations folkloriques, des dégustations de produits locaux et des concours, ainsi que des circuits touristiques pour faire découvrir aux visiteurs la diversité et la richesse de la région.

• Un chiffre d’affaires annuel moyen de 2 milliards de DH (2015-2018).

• Une valeur ajoutée de 1,4 milliard de DH (2015-2018)

• 61 000 hectares (2019)

• 140 000 tonnes (2019-2020)

• 3 millions de journées de travail

• 2 millions d’habitants impliqués

• 60% du revenu agricole des oasis

• 5 000 coopératives. 

Source : ministère de l’agriculture.