Agriculture : 5,4 milliards de DH d’investissements pour 42 conventions d’agrégation signées en deux ans

Plus de 12 000 agriculteurs et 46 000 éleveurs liés à  28 agrégateurs.
Les obligations de chaque partie sont strictement spécifiées dans un contrat.

Un an après avoir connu ses déclinaisons régionales, le PMV (Plan Maroc vert) est entré dans sa phase de mise en œuvre effective. La partie visible de cette nouvelle démarche est constituée des conventions d’agrégation, générant des investissements de 5,4 milliards de DH, signées jusqu’à aujourd’hui aussi bien dans les filières végétales qu’animales, signées fin mai. Ce sont 12 339 agriculteurs et 46 382 éleveurs qui ont adhéré à l’idée de s’arrimer à des locomotives de leurs filières, comme, par exemple, les Domaines agricoles et Copag, pour améliorer leurs méthodes de travail et de commercialisation. Près de 71 000 ha d’exploitations agricoles et 209 000 têtes de bétail vont entrer dans le nouveau process qui consiste à produire selon des normes modernes et saines pour un marché assuré. Le nombre de projets est de 42, dont 33 dans les filières végétales et 9 dans les filières animales.
Que vise l’Etat en adoptant cette démarche ? Les experts ont constaté que la grande majorité des agriculteurs marocains ont de gros problèmes de performance, soit parce qu’ils ne disposent pas de surfaces suffisantes, soit parce qu’ils n’arrivent pas à mobiliser les fonds nécessaires -seuls 19% des agriculteurs du pays sont recevables aux crédits bancaires-, soit parce qu’ils ne connaissent pas ou ne maîtrisent qu’en partie les techniques modernes ou encore parce qu’ils sont mal outillés pour commercialiser leur produits dans des conditions optimales. De là est partie l’idée de faire en sorte que des professionnels structurés puissent attirer des agriculteurs en peine de productivité et de qualité pour leur faire bénéficier de leur savoir-faire, des intrants et des crédits bancaires pour les propulser, à travers des moyens mutualisés, et même de les protéger contre les risques et les aléas inhérents à leur taille. La mise en œuvre de cette stratégie a été confiée à l’Agence de développement agricole (Ada) qui a une année d’existence.

Les contrats sont validés par le ministère et l’Agence de développement agricole

Evidemment, on n’est pas parti du néant. Le Maroc pouvait s’inspirer des exemples européens, asiatiques ou américains (Amérique latine ou Etats-Unis). En France, par exemple, comme le note Ahmed Hajjaji, directeur de l’Ada, l’agrégation ou ce qui avait été appelé «intégration» a commencé dès les années 60. En Allemagne, les 2/3 du chiffre d’affaires du secteur agricole sont réalisés par les 350 000 coopératives que compte ce pays. En Inde, la production a été multipliée par 7 et le rendement par 3 pour ce qui est de la tomate. Séduites par ce cas, plusieurs coopératives au Maroc, notamment dans le Souss, recrutent de nouveaux membres, en les aidant à opérer leurs mises à niveau, en leur accordant des prêts, pour augmenter leur pénétration au niveau des marchés européens ou russe.
En ce qui le concerne, le ministère de l’agriculture et des pêches maritimes a mis les bouchées doubles sur plusieurs fronts. D’abord, il a procédé à une réorganisation pour être plus réceptif et plus réactif. Ce souci s’est traduit par la création de l’Ada et l’Office national de la sécurité alimentaire (ONSSA). Sur le plan légal, plusieurs textes organisant le système ont été publiés.
Le contrat d’agrégation, sorte de cahier des charges de la mutualisation, a été défini avec précision pour protéger les intérêts des uns et des autres.
Il faut qu’il soit accepté et proposé conjointement aux bureaux régionaux du département de l’agriculture pour étude avant qu’il atterrisse à l’Ada qui le soumettra à des phases de validation. Pourquoi cette démarche qui peut sembler lourde ? D’abord pour que le cahier des charges soit pleinement accepté par l’agrégé qui s’engage à vendre sa production annuelle, à charge pour l’agrégateur de payer la production fournie, d’approvisionner l’agriculteur en intrants et de le protéger par un système d’assurance. Les obligations des deux parties sont clairement spécifiées dans un contrat.
La deuxième raison à ces précautions est que l’Etat, qui tient à la mise en œuvre de ce plan, apporte des aides pour faire du PMV un cadre attractif et sécurisé. «Le plan PMV est global, il apporte des subventions qu’il s’agisse de la partie foncière, de l’achat des équipements ou encore de conversion de cultures, pour une meilleure rétribution de l’effort et des investissements. Mais le succès de l’initiative doit répondre à des règles et tout est prévu, même lorsque le projet veut faire des économies d’eau», explique le directeur de l’Ada.

Un millier de bons projets identifiés

Effectivement, à regarder de près dans le PMV, tout est prévu et, par exemple, pour être recevable à la subvention en céréales, le minimum de surface pour un projet en irrigué est établi à 500 ha et 80 agrégés. En bour, la superficie est de 1 000 ha avec un minimum d’agrégés de 100.
Tout est scrupuleusement consigné avec les montants. Même le versement des tranches est réglementé et l’Etat a prévu des primes lorsqu’en cours de route un projet dépasse ses objectifs pour ne pas pénaliser l’effort consenti. En matière d’économie d’eau, par exemple, la subvention passe à 100% (au lieu de 80%) lorsque le projet concerne un équipement en système d’irrigation localisée. Autre exemple de soutien apporté par l’Etat, 10% du montant total pour un investissement concernant la création d’unités de valorisation. A ce jour, sur les 16 régions agricoles, c’est un bon millier de projets qui ont été identifiés. Ils concernent aussi bien les filières végétales qu’animales et le cycle d’identification continue.