Agent immobilier : la profession souffre encore du manque de reconnaissance légale

Le secteur se développe et plusieurs entités structurées existent sur le marché. Néanmoins, l’informel persiste et un encadrement de la profession s’impose.

Si pour de nombreuses personnes acquérir un toit demeure un rêve à concrétiser absolument, pour d’autres, se contenter de louer reste la seule possibilité. Dans les deux cas, le système des «samsar» (intermédiaires) a certes encore la peau dure, mais le développement d’agences bien structurées, voire celui de franchises de renom, a connu un essor important au cours des dernières années. Concomitamment à l’explosion de projets immobiliers, la professionnalisation du métier d’agent conseil a été entamée. On a en effet tendance à l’oublier, une véritable agence immobilière ne se contente pas de louer ; elle vend également et pratique aussi la gestion de patrimoine. Donc, dès lors que l’on franchit la porte d’une agence, on est aux antipodes du local plus ou moins accueillant des intermédiaires ou pseudo-agents qui se partageaient ce juteux marché, de façon quasi monopolistique dans les années 1990.

Encore du chemin dans la professionnalisation du métier

Ceci dit, malgré ce changement, bien des choses restent à faire avant que le consommateur s’adresse à une profession sûre, qualifiée et performante. Même si les opérateurs ont plutôt le moral au beau fixe, ils relèvent de nombreux problèmes. Ainsi, Laurence Vernet, directrice de l’agence Vernet, nous apprend que «les difficultés structurelles liées à l’informel et à l’absence de cadre juridique pèsent toujours. Néanmoins, la profession tend à s’organiser non seulement sur le plan territorial avec le développement d’agence généraliste structurée dans chaque ville, mais également sur le plan qualitatif avec le développement, au sein d’agences généralistes, de métiers de plus en plus spécifiques comme l’immobilier d’entreprise et la gestion de patrimoine. Ces nouveaux métiers requièrent une véritable capacité d’analyse mais également des compétences particulières transversales et très pointues, à la fois techniques pour l’immobilier de bureaux, immobilier industriel et logistique, par exemple ; juridiques et financières pour la gestion de patrimoine. Par ailleurs, la professionnalisation des agences immobilières accompagne la politique d’investissement et le développement national à travers la prise en charge de tous les investisseurs nationaux et internationaux devenus, quelles que soient leurs tailles, de moins en moins approximatifs dans leurs démarches».
Mais de façon plus concrète, que faudrait-il faire afin d’ôter les freins au développement de la profession ? Selon Laurence Vernet, ces freins sont connus : il s’agit principalement de l’absence de reconnaissance du métier d’agent immobilier par la législation. Un texte cadre et des formations professionnelles reconnues favoriseraient l’émergence de compétences effectives, car il ne suffit pas d’avoir une agence commerciale pour être professionnel. Une fois ces éléments mis en place, la différence entre les professionnels et les non professionnels qui évoluent dans le secteur serait plus évidente pour le grand public comme pour les promoteurs. Il serait sans doute alors possible de développer le travail en réseau et de favoriser la transmission d’informations aux professionnels qui sont en contact direct avec le marché.

Recourir à un agent est encore considéré comme une perte d’argent

Qu’en est-il véritablement des relations propriétaires, locataires et agences ? «Pour parler de manière générale, ces relations sont d’abord régies par des textes législatifs plus où moins adaptés, dans les faits. Elles émanent de relations de confiance, justifiées ou non, et d’usages flous qui sont, à mon sens, nécessaires de clarifier. D’où la nécessité de contractualiser ses relations à travers des baux solides, précis et clairs, ainsi que des mandats de vente ou des mandats de recherche exclusif ou non exclusif, des bons de visite, des rapport d’activité, des audits patrimoniaux, des ordres de mission détaillés…Ainsi, les conflits d’intérêts sont dénoncés, et les problèmes sont évités au départ car détectés et négociés dans le détail», prévient la directrice de Vernet Immobilier.
Voilà de judicieux conseils. Toutefois, pour de nombreux individus, recourir à un agent conseil en immobilier constitue encore une perte d’argent. Or, il n’en est rien, bien au contraire. Ainsi, pour Laurence Vernet, «l’intervention d’une agence immobilière professionnelle n’est jamais un centre de coût. C’est un véritable centre de profit pour le vendeur, l’acquéreur, le bailleur et le locataire. Les clients gagnent du temps en appréhendant le marché correctement et rapidement. Ils sont écoutés et conseillés tant sur le plan commercial et technique que sur le plan juridique et financier. Ainsi, ils évitent bon nombre d’erreurs qui, en matière d’immobilier, coûtent parfois très cher. Les clients bénéficient non seulement des compétences du professionnel qui les accompagnent : expérience, formation, connaissance du marché et des textes… mais également d’outils performants inaccessibles aux particuliers, tels les réseaux nationaux et internationaux, le marketing… Quant aux garanties sur la plupart des missions, le problème ne se pose pas car nous sommes rémunérés aux résultats. Pour les missions d’accompagnement plus particulières, il y a généralement une petite partie fixe et des success fees. Le seul problème qui peut se poser concernant les garanties est pour les structures qui font de la gestion locative car elles annoncent des rendements locatifs farfelus et encaissent pour le compte du client sans avoir d’assurance professionnelle qui les couvre. C’est d’ailleurs pour cela que Vernet Immobilier n’a pas ouvert ce service bien qu’il soit rentable».
Même son de cloche chez le DG de Carré Immobilier. «L’agent immobilier a la responsabilité de conseiller. Ainsi son devoir est d’accompagner son client tout au long de sa démarche immobilière. C’est-à-dire de la recherche à la conclusion, en passant par la négociation. Par ailleurs, ses valeurs ajoutées sont multiples : les connaissances économique, financière, technique et juridique de son marché ; sa capacité à comprendre et analyser les besoins afin d’y répondre précisément, permettant un gain de temps ; ses capacités de conseil quant à la stratégie d’implantation de ses clients… Autant de qualité qui, si elles sont maîtrisées, peuvent faire de lui un acteur indispensable», souligne William Simoncelli.
Au bout du compte, on s’aperçoit que ce métier est appelé à se spécialiser de plus en plus et que son essor est lié à celui du secteur de la promotion immobilière. «La profession d’agent immobilier au Maroc s’est nettement développée ces dernières années avec l’arrivée de nouveaux cabinets immobiliers organisés et respectant des process rigoureux permettant une meilleure approche des besoins et donc une augmentation de la satisfaction clientèle. Néanmoins, à ce jour le cadre juridique réglementant notre profession reste superficiel et il gagnerait à aborder un thème que chez Carré Immobilier nous estimons crucial pour l’avenir de notre profession, à savoir la responsabilité», affirme William Simoncelli.
Quant à Laurence Vernet, elle se dit plutôt optimiste pour la profession. Pour elle, le métier se professionnalise et s’adapte à la demande devenue plus exigeante. «Il me semble vraiment qu’on avance dans le bon sens. D’ailleurs, concernant Vernet Immobilier, après avoir largement développé les activités génériques d’une agence immobilière, à savoir la transaction et la location d’habitation, nous avons largement anticipé cette tendance à la professionnalisation. Nous continuons à nous développer en intégrant des compétences spécifiques de premier ordre, notamment en matière d’immobilier professionnel : immobilier de bureaux, immobilier industriel et logistique, gestion de patrimoine…», assure la responsable.