Agadir a perdu 64% de ses touristes allemands en 5 ans

Le ministère du Tourisme se veut rassurant alors que les professionnels
tirent la sonnette d’alarme.
Une délégation s’est rendue à Berlin pour discuter
avec les TO sur les moyens de mieux promouvoir le Maroc.

L’évolution du marché allemand à Agadir divise responsables du ministère du Tourisme et opérateurs. Pour les premiers, la situation est loin d’être dramatique puisque, «en 2003, les nuitées auraient connu une hausse de 4 % par rapport à l’année précédente, alors même que Marrakech, destination en vogue, a enregistré une stagnation de ces nuitées». Argument qui est loin de convaincre les professionnels gadiris, pour qui la situation est plus que dramatique. D’après les statistiques de la délégation régionale du tourisme d’Agadir, les arrivées des Allemands n’ont même pas atteint 61 000 touristes en 2003. Plus inquiétant, la baisse est régulière depuis 1999, année où ces arrivées s’élevaient à plus de169 000 (voir graphique). De même, les nuitées sont passées de 1,5 million en 1999 à 540 000 en 2003, soit une baisse de 65 % sur les cinq dernières années. Rien qu’entre 2002 et 2003, le recul a atteint 40 %.
Le marché allemand, principal débouché de la capitale du Souss, est donc incontestablement, en perte de vitesse. Ce qui n’est pas pour rassurer les hôteliers, agents de voyages, guides et restaurateurs de la ville. En ce moment, par exemple, le taux d’occupation des hôtels de la ville tourne à moins de 30 %.
Les hôtels affichent un taux de remplissage de 30%
Dans la nouvelle zone de Founty I par exemple, où quatre nouveaux établissements offrant à eux seuls quelque 3 500 lits, ont récemment ouvert leurs portes, les touristes sont peu nombreux. Une situation inquiétante lorsque l’on sait que, pour ces quatre unités, l’investissement global s’élève à plus de 1,2 milliard de DH.
«Cette situation fait que plusieurs établissements ont dû licencier une partie de leur personnel ou baisser les salaires de 30 %, d’autres sont dans l’incapacité de payer leurs fournisseurs ou les taxes et, plus grave, c’est ce qui explique que les prix des chambres sont bradées», s’alarme un hôtelier de la ville.
A la zone Founty II où 4 autres projets en front de mer, pour une capacité de 3 000 lits, étaient prévus, les promoteurs (excepté un seul) traînent des pieds pour démarrer leurs chantiers. L’investissement dans la région semble donc menacé.
C’est pour toutes ces raisons que Adil Douiri, ministre du Tourisme, a, une fois de plus, pris son bâton de pèlerin pour aller, il y a quelques jours, à la rencontre des trois plus gros tour-opérateurs allemands. Il était accompagné de quelques membres du ministère du Tourisme et de l’ONMT mais aussi de Jalil Benabbès Taarji, président de la Fédération tourisme et Abderrahim Oumani, président de la Fédération nationale de l’industrie hôtelière.
Cette délégation commando a ainsi rencontré les responsables de TUI et de Rewe, respectivement premier et troisième TO germaniques. Ils n’ont pu, en revanche, voir les responsables de Thomas Cook, second TO du pays. Objectif de la visite : se concerter avec les propriétaires des plus gros réseaux de commercialisation touristique, sur le meilleur moyen pour le Maroc d’utiliser le budget de promotion 2004 de l’ONMT affecté au marché allemand et qui s’élève à 30 MDH.
La position de TUI était très simple : pour optimiser cette promotion, l’ONMT devrait financer leur propre campagne de promotion sur le Maroc qui s’élève à environ 4,5 MDH. Cependant, rien n’a été arrêté pour l’heure…
Quant à Rewe, sa vision du Maroc semble beaucoup plus critique. Selon ses responsables, «aujourd’hui, le Maroc n’as pas d’image sur le marché allemand. Il ne faut donc pas améliorer cette image mais la créer. Pour ce faire, 30 MDH semblent dérisoires». A titre de comparaison, l’Egypte alloue pour la promotion de son pays en Allemagne quelque 100 MDH.

La promotion institutionnelle ne paie plus
Autre remarque du troisième tour-opérateur germanique, la capacité en sièges d’avion entre l’Allemagne et le Maroc est insuffisante. «Rien ne sert donc de faire de la promotion, s’il n’y a pas de transport pour les touristes». Outre les vols réguliers, en effet, les tour-opérateurs allemands, devant la baisse de la demande en direction du Maroc, ne se risquent plus à «chartériser» des avions.
Dernière remarque, enfin, «le Maroc s’entête à faire une promotion institutionnelle du pays. Or, l’avenir est à la promotion des produits afin de cibler sa clientèle grâce à des offres précises».
La délégation commando est ainsi revenue les mains vides mais la tête pleine de judicieuses remarques pour améliorer notre promotion. Reste à savoir si des mesures concrètes suivront pour récupérer les parts perdues sur ce marché, longtemps fidèle au Maroc.