Afrique : Maroc-Afrique, des relations sud-sud, gagnant-gagnant

Les échanges commerciaux entre le Maroc et l’Afrique se renforcent progessivement. Des acteurs des secteurs public et privé ont envahi les quatre coins du continent.

Le Maroc est désigné 2e  investisseur africain sur le continent après l’Afrique du Sud. La nouveauté la plus saillante concerne le projet de l’OCP à Jorf Lasfar (voir encadré). Depuis quelques années, cette vocation africaine a pris une nouvelle dimension  en s’inscrivant dans le cadre d’une vision de long terme qui s’appuie sur les vertus de la coopération Sud-Sud.

Les échanges commerciaux du Maroc avec les pays africains ont atteint 30,8 milliards de DH, soit l’équivalent de  9,2 millions de tonnes. Par rapport à 2014, ces transactions sont en baisse de 17,8% en valeur. En volume, ils ressortent en hausse de 19,5%. Il faut dire que le Maroc est présent essentiellement en Afrique subsaharienne, première destination de ses IDE en Afrique, à travers 14 pays.

L’expérience avérée du Maroc dans le domaine de l’électricité est un atout considérable pour de nombreux pays africains. Avec l’électrification quasi-totale de notre pays, le Maroc a entrepris d’exporter son expertise en la matière à travers l’ ONE (devenu ONEE, en septembre 2011, Office national de l’eau et de l’électricité). Dès 2008, l’office avait remporté l’appel d’offres lancé par la Banque Mondiale pour la construction du réseau électrique, sa distribution et sa gestion à Saint-Louis, Dagana et Podor au Sénégal. Cet investissement, étalé sur 25 ans, a nécessité une enveloppe de 160 MDH. L’ONE était également présent dans d’autres communes sénégalaises,  en Mauritanie, en Gambie, au Niger, en Sierra Leone, au Tchad et en Libye, en participant à la construction des centrales et des réseaux, l’assistance technique et le transport. En 2006, l’ONE avait décroché des concessions de production de 7MW à Nouadhibou en Mauritanie, ou encore une production de 15 MW à Freetown, en Sierra Leone.  Cette politique d’exportation ferait du Maroc un carrefour énergétique entre l’Europe, le Maghreb et l’Afrique subsaharienne.

Dans le sillage de l’ONE, l’Office national de l’eau potable (ONEP) avait décroché le marché de la production et de la commercialisation de l’eau potable au Cameroun en 2007.  Ayant remporté l’appel d’offres aux côtés de Delta Holding et Med-Z filiale de la CDG, le contrat d’affermage de l’ONEP a porté sur 10 ans et concerne 115 localités. Son premier contrat international remporté en 2006 en Mauritanie a concerné l’alimentation de la capitale en eau potable.

Avec 90000 kilomètres de réseaux ferrés en Afrique, qui représentent moins de 5% du réseau mondial, l’enjeu pour le continent africain est de taille. D’ailleurs, Mohamed Rabie Khlie, directeur général de l’Office national des chemins de fer (ONCF)  et président de l’Union internationale des chemins de fer (UIC)- Région Afrique a souligné que «les activités menées au sein de la région Afrique en 2015 ont été intenses pour appuyer et soutenir les réseaux ferrés africains», lors de la 12e assemblée régionale à Paris le 30 novembre dernier. Une rétrospective détaillée sur les actions menées entre 2010 et 2015 a été énoncée et plusieurs plans d’action ont été arrêtés et déployés en paire avec les attentes de la communauté ferroviaire africaine. Citons, entre autres, la réalisation de deux études prospectives, et l’organisation de 5 sessions de formation au profit de plus de 120 cadres des réseaux africains assurés par des experts de l’ONCF.

Banques, assurances, mines, télécoms, immobilier, tourisme…, de nombreux secteurs concernés

La coopération a connu dans un second temps l’association du secteur privé en Afrique subsaharienne actuellement présent dans les domaines des banques, des mines, des télécoms ou encore du tourisme.

A titre d’exemple, on peut citer Attijariwafa bank qui a lancé le 29 janvier son «Club Afrique développement » au Gabon, après le Cameroun et la Côte d’Ivoire. Cette plate-forme d’échanges est mise en place afin de créer une communauté africaine d’affaires et mettre en lumière les opportunités entre porteurs de projets et investisseurs. D’ailleurs, sur les 200 premières banques africaines, le magazine Jeune Afrique a classé le groupe bancaire à la 7e position de par la taille de son  bilan. A côté, la Banque Populaire s’adjuge la 10e place et la BMCE, la 14e.

Autre success story, celle de Maroc Telecom, premier opérateur historique de télécommunications au Maroc, qui est en passe de devenir le leader des télécoms dans le continent. L’opérateur avait  commencé par prendre le contrôle de Mauritel (Mauritanie) début 2001. Aujourd’hui, il est déjà implantée dans 10 pays africains dont le Bénin, le Gabon, le Niger, la République Centrafricaine et le Togo. Le groupe poursuit son expansion. Il vient de débourser quelque 800 MDH en Côte d’Ivoire afin d’obtenir la licence globale de télécommunications.

Dans le même cadre, et depuis bien longtemps par contre, le holding Ynna de Miloud Chaabi avait investi dès les années 70 en Afrique. Que ce soit la Libye, l’Egypte, la Tunisie, le Sénégal, le Mali, la Mauritanie ou encore la Côte d’Ivoire, l’ambition de l’opérateur marocain ne connaît pas de frontières. Des projets immobiliers, des marchés de travaux publics ou encore des unités industrielles ont vu le jour un peu partout en Afrique. En Tunisie aujourd’hui, le holding produit des canalisations pour l’eau potable, l’assainissement, l’irrigation et le gaz ou encore des pièces de caoutchouc pour l’industrie. En plus des projets immobiliers, le groupe fabrique également des batteries de démarrage et d’énergie en Egypte.

Pour sa part, le groupe Addoha a su développer son activité à l’international par le lancement de plusieurs projets en Afrique, dont les premières contributions  devraient intervenir à partir de 2017, relève Upline Securities. Le groupe immobilier Addoha est actuellement implanté en Côte d’Ivoire, en Guinée, au Cameroun, au Congo-Brazzaville, au Tchad et prochainement dans d’autres pays de l’Afrique subsaharienne.

Vu sa croissance, le groupe a élargi ses activités au niveau de l’Afrique, en implantant sa cimenterie (CIMAF) dans 2 pays d’Afrique de l’Ouest : Côte d’Ivoire et Guinée Conakry. Les promoteurs immobiliers Alliances Développement Immobilier et Résidences Dar Saada ont aussi fait de l’Afrique un relais de croissance. Le premier avait lancé, en 2014, la commercialisation de la première tranche de son projet en Côte d’Ivoire. A moyen terme, le groupe cible la pénétration de 4 autres pays, à savoir le Sénégal, le Congo-Brazaville, le Mali et le Cameroun. Le second, lui, a créé deux sociétés, au Gabon et en Côte d’Ivoire. Cette dernière a acquis un foncier de 40 ha à Abidjan pour une somme de 35 MDH. Le projet serait en cours d’autorisation et le groupe compte lancer dans un premier temps la commercialisation de la première petite tranche.

Le secteur des assurances marocain est également présent dans le continent africain à travers Wafa Assurance, en Tunisie. RMA Watanya, elle, avait acquis, en mars 2014, 4 sociétés d’assurance en Côte d’Ivoire, au Cameroun et au Togo. La compagnie vise à créer des entités en Green Field et de couvrir une dizaine de pays à l’horizon 2020. Atlanta et Saham assurance œuvrent également à couvrir le territoire africain.

Pour sa part, le Groupe Managem affiche clairement ses ambitions africaines. Implantée actuellement au Congo, Gabon, RD Congo, Soudan, Ethiopie, Mauritanie et Burkina Faso, la compagnie minière compte être présent dans au moins 15 pays africains à l’horizon 2018.

Source essentielle de revenus et d’emplois en Afrique, le secteur des services est devenu un moteur dynamique de croissance ces dernières années. Toutefois, la fourniture de services en Afrique est d’un niveau insuffisant et a un coût élevé. Des réglementations et des politiques déficientes expliquent ces inefficacités et limitent la capacité de l’Afrique à tirer pleinement parti du potentiel du secteur des services.

ocp_jorf_lasfar1En dépit de l’importance des terres arables en Afrique, l’agriculture reste le talon d’Achille du continent. Entre autres causes, on cite la non-disponibilité des engrais, leur cherté ou encore le coût élevé de leurs exportations. Et c’est pour justement saisir cette opportunité d’investissement que l’OCP s’est engagé à mettre en place une immense usine de production d’engrais, à El Jadida, dédiés entièrement à l’Afrique. Nécessitant une enveloppe budgétaire de 5,3 milliards de DH, ce projet «Africa Fertlizer Complex» devrait permettre à l’office d’atteindre une capacité de 1 million de tonnes par an. Outre la production d’engrais, le complexe est composé d’une unité d’acide sulfurique (1,4 million de tonnes/an), d’une unité d’acide phosphorique (450.000 de tonnes/an), d’une unité d’engrais (1 million de tonnes équivalent DAP/an), d’une centrale thermoélectrique d’une puissance de 62MW, et de différentes infrastructures de stockage pouvant accueillir 200 000 tonnes d’engrais, soit plus de deux mois d’autonomie.