Affaire du Tahiti Beach Club : les dessous d’un imbroglio

Hicham Sedki, un des associés, est en détention pour menace de mort et faux et usage de faux

L’autre associé, Saâd Benkirane, est accusé de détournement
de fonds
L’instruction a commencé le 20 décembre.

Le Tahiti Beach club a fermé ses portes. Les habitués de ce haut lieu casablancais de la détente l’auront remarqué depuis un certain déjà. Seuls le restaurant et la salle de fitness restent ouverts. Et pour cause, les deux co-gérants du club se trouvent en prison. Hicham Sedki et Boujemââ Redouane sont tous les deux en détention préventive.

A l’origine de cette affaire, une plainte déposée par Saâd Benkirane à l’encontre de son ancien associé, Hicham Sedki, pour faux et usage de faux et menace de mort. Ce dernier a répliqué en accusant le premier de détournement de fonds. L’instruction de l’affaire a commencé mercredi 20 décembre. Interrogés par La Vie éco, les avocats des parties mises en cause, à savoir Mes Mohamed Ziane et Yassine Kraki, représentant Hicham Sedki & co, et Me Hamid Andaloussi, avocat de Saâd Benkirane, ont déclaré que «les différents documents de ces affaires sont devant le juge d’instruction».

Un acte de vente falsifié ?
Dans cette histoire, plusieurs affaires se chevauchent. D’abord celle liant directement les protagonistes : MM. Sedki et Benkirane, qui, pendant longtemps, ont assuré la co-gérance d’un des clubs casablancais les plus fréquentés. La concession de cette partie de la plage d’Aïn Diab est au nom de la société Blue Invest qui l’a donnée en location-gestion à la Compagnie des plages. Le capital de cette dernière appartenait au départ à 100 % à Saâd Benkirane. En mai 2005, ce dernier a cédé 50 % de ses parts à Hicham Sedki. Sous la houlette des deux gérants associés, s’en est suivie une série de rénovations ainsi qu’une nouvelle politique de gestion qui a beaucoup séduit la clientèle de Tahiti Beach club. Les fameuses soirées coûtant un million de dirhams s’inscrivent dans cette optique. Cette situation a duré plus d’une année. Mais des problèmes n’allaient pas tarder à se poser entre les deux associés.

«Des divergences dans la manière de gérer le club sont apparues», souligne une source proche du dossier. En juillet 2006, ces divergences sont devenues telles que M. Benkirane aurait décidé de vendre ses 50 % de parts de La Compagnie des Plages à Sofia Bellemlih, qui n’est autre que l’épouse de Hicham Sedki. Il se trouve qu’il y a quelques semaines les deux associés ont atteint le point de non-retour avec une plainte déposée par Saâd Benkirane auprès du parquet de Casablanca à l’encontre de son ancien associé pour faux et usage de faux concernant la vente de ses parts, qu’il récuse. Pour le bâtonnier Mohamed Ziane, avocat de Hicham Sedki, il s’agit d’un acte de vente légal et il n’y a aucun faux ni usage de faux.

Une seconde plainte, toujours de la part de M. Benkirane, allait être déposée quelques jours plus tard. Elle concerne cette fois-ci les deux co-gérants du club, Hicham Sedki et Boujemâa Redouane, gérant non-associé de Tahiti Beach Club. Tous les deux sont accusés d’avoir menacé de mort l’homme d’affaires casablancais. Suite à cette plainte, les deux accusés sont en détention préventive à la prison de Oukacha. «Ce sont ces dernières accusations qui ont entraîné l’arrestation de M. Sedki et sa détention, l’affaire étant devenue pénale», estime Me Ziane. Du côté de Saâd Benkirane, c’est motus et bouche cousue. «L’affaire est devant la justice. Je ne pourrai par conséquent faire aucun commentaire», a-t-il confié lorsque La Vie éco a voulu en savoir plus. Egalement contacté, son avocat, Me Andaloussi, s’est refusé à tout commentaire arguant du secret de l’instruction.

L’affaire ne s’arrête pas là. Le clan Sedki n’allait pas rester sans réagir. Une réaction qui prend la forme d’accusations de détournement de fonds à l’encontre de leur ancien associé. C’est ainsi que Saâd Benkirane a été accusé, alors qu’il co-gérait le club, d’avoir confondu la caisse avec sa poche.

Saâd Benkirane aurait-il signé seul un chèque soumis à la double signature ?
L’affaire semble plus complexe que cela. En effet, M. Benkirane est également l’objet de poursuites dans le cadre d’une autre affaire, celle de la société Bains du Maroc (détentrice de la franchise Jacques Dessange au Maroc), dont il détient 51% des parts. 34 % des parts de cette entreprise appartiennent à Mohamed Bennouna (actionnaire de Blue Invest) alors que Taoufik Lahlou (cousin de Saâd Benkirane), détient les 15 % restants des parts de cette société. A l’origine, un chèque que l’actionnaire majoritaire aurait signé seul alors qu’il était contraint à la double signature. Le PV obligeant M. Benkirane à apposer, sur les chèques de Bains du Maroc, la signature de M. Lahlou en plus de la sienne, a été enregistré le 26 octobre dernier. D’où l’accusation de détournement. «Le détournement de fonds concerne près de 2 MDH», souligne l’avocat de M. Benouna. «Nous avons demandé une expertise à même de décider avec exactitude les montants concernés», ajoute-t-il. Questionné à ce propos, Saâd Benkirane n’a voulu faire aucun commentaire, se référant toujours au secret de l’instruction. Même son de cloche chez son avocat. La seule déclaration obtenue auprès de Me Andaloussi est d’ordre général. «M. Benkirane a été dépossédé de son bien. Il a fait appel à la justice qui doit dire son mot dans cette affaire». L’homme de loi n’a pas voulu entrer dans les détails. Selon ce qui se dit auprès de plusieurs hommes d’affaires connaissant les deux associés, M. Benkirane aurait justement cédé ses 50% dans La compagnie des plages à la femme de Hicham Sedki pour rembourser l’argent pioché dans le compte de Bains du Maroc. Une accusation qui en reste au stade de la rumeur pour le moment.

Toujours est-il qu’au moment de l’écriture de ces lignes (mercredi 27 décembre), deux des mis en cause (Hicham Sedki et Boujemâa Redouane) se trouvent en prison, en attendant le dénouement de cet imbroglio où accusations et contre-accusations fusent de tous les côtés et qui fait beaucoup de bruit dans le milieu des affaires casablancais !