Affaire de l’insuline : le Conseil de la concurrence a démarré les auditions

Les responsables de Sothema ont été les premiers à  être entendus. Ils ont mis en garde contre la volonté de groupes étrangers d’asphyxier l’industrie locale.
Le conseil s’apprête à  auditionner Laprophan et son fournisseur danois Novo Nordisk.

L’affaire de l’insuline ne fait que commencer. L’enquête du Conseil de la concurrence vient, en effet, d’entrer dans sa phase active. Saisi par la Chambre de commerce, d’industrie et des services du Grand Casablanca, l’organisme dirigé par Abdelali Benamour a entamé les auditions des parties concernées.
La première à avoir été entendue évidemment est la partie qui a déclenché la requête à savoir Sothema. Cette dernière, seul fabricant national d’insuline, avait l’habitude de remporter chaque année l’appel d’offres public que lance le ministère de la santé pour l’achat de ce produit. Sauf que pour l’appel 2010, c’est un autre fournisseur, à savoir Laprophan, qui s’est adjugé le marché. Déçus, les responsables de Sothema n’ont pas déposé les armes et n’ont pas tardé à contre-attaquer en avançant plusieurs arguments pour justifier d’éventuelles «irrégularités». Ils ont surtout mis l’accent sur le fait que les prix présentés par leur concurrent, en l’occurrence Laprophan, sont inférieurs au coût de production.
Pour les responsables de Sothema, la conclusion coule de source : il y a manifestement «des pratiques de dumping qui mettent en péril toute l’industrie nationale» en rappelant notamment l’investissement qu’ils ont consenti eux-mêmes pour développer la production locale.
Au cours de cette première audition, les représentants de Sothema ont mis en garde contre la volonté de groupes étrangers d’asphyxier l’industrie locale afin de s’implanter sur le marché national et d’y imposer leur loi par la suite. C’est ce qui ressort en tout cas du plaidoyer présenté par les responsables de cette société devant les rapporteurs du Conseil de la concurrence.
Bien évidemment, le groupe marocain engage ici une guerre purement commerciale et il essaye par tous les moyens de ne pas rater ce marché estimé à plus de 50 millions de DH. Etant l’unique producteur local de ce produit destiné aux diabétiques insulino-dépendants (au nombre de 3,5 millions au Maroc), Sothema a perdu ce marché relatif à l’année 2010 en présentant une offre plus chère que son concurrent Laprophan : 23 DH contre 19 DH pour le flacon de 10 ml.

Dumping ? A prouver

Après avoir entendu la version du plaignant, le Conseil de la concurrence a invité le ministère de la santé concerné en premier lieu par cette affaire à lui fournir des éléments complémentaires sur le dossier.
Pour les jours à venir, les membres du conseil procéderont à l’audition de la partie adverse, en l’occurrence le laboratoire Laprophan. Ce dernier, il faut le rappeler, contrairement à Sothema, ne fabrique pas lui-même l’insuline mais l’importe.
Selon des sources proches du Conseil de la concurrence, ce dernier envisage aussi d’auditionner des représentants du fournisseur de Laprophan, qui n’est autre que la laboratoire danois Novo Nordisk, notamment pour répondre aux accusations relatives aux pratiques de dumping. Lesquelles accusations, selon des sources au ministère de l’industrie et du commerce lui aussi interpellé dans cette affaire, «n’ont pas encore été dûment prouvées». Si, pour l’heure, Laprophan n’a pas encore dévoilé ses éléments de défense, il est fort probable qu’elle s’alignera sur un reproche très souvent fait par des opérateurs  selon qui le laboratoire Sothema, profitant de sa position dominante en tant que seul producteur local d’insuline, ne faisait pas d’effort sur les prix.
En clair, Sothema est accusée d’abus de position dominante. Mais là aussi, il faudra le prouver. La tâche des enquêteurs du Conseil de la concurrence ne sera pas de tout repos.