Aérien : 200 vols annulés par semaine en 2012

2 millions de sièges perdus en un an ! RAM, Ryanair, Jet4U, EasyJet…, les compagnies aériennes ont réduit la voilure sur le Maroc. Les pays européens sont les plus concernés, mais la baisse des dessertes touche toutes les régions.

A  l’heure où les chiffres du tourisme pour le début de l’année 2012 ne sont pas encore dévoilés mais où l’on reconnaît à mi-mots que la situation se dégrade, le ministère du tourisme tente d’élaborer un plan de riposte pour cette année qui s’annonce difficile pour le secteur en raison de la crise économique que traverse l’Europe qui abrite les deux pays émetteurs les plus importants pour le pays que sont la France (3 millions de touristes) et l’Espagne (1,8 million). Il apparaît, notamment à travers les déclarations du ministre, Lahcen Haddad, à la presse, que la promotion, sans négliger les marchés traditionnels émetteurs (France, Espagne, Royaume-Uni, Allemagne, etc.), va également s’orienter plus vers des marchés plus lointains (Europe de l’Est, pays scandinaves, Amérique Latine et même Chine). Or, la difficulté principale pour conquérir ces nouveaux marchés demeure la disponibilité des sièges d’avions. Cette conquête passe donc obligatoirement par l’ouverture de nouvelles routes. Mais à quel prix ?

Ryanair : 115 vols Maroc-Europe par semaine au lieu de 144

En effet, le transport aérien est une activité extrêmement sensible à la conjoncture économique, et les compagnies aériennes, notamment les lowcost sur lesquelles le Maroc a misé pour atteindre les 10 millions de touristes qu’il s’était fixés dans le cadre de la Vision 2010 (objectif quasi achevé), n’hésitent pas à arrêter des dessertes dès qu’elles sentent souffler des vents contraires. Crise économique chez les marchés émetteurs, troubles politiques ou tensions sociales dans les pays de destination, mais également facteur de coût comme le prix du carburant qui les pousse soit à stopper ou réduire les fréquences sur des destinations devenues non rentables, soit à opter pour des destinations plus courtes, moins coûteuses. Et, précisément pour la saison 2011-2012, le Maroc a fait les frais de la conjugaison de ces éléments en subissant une révision à la baisse de la programmation de la destination par de gros opérateurs comme Royal Air Maroc, Ryanair et Easyjet, pour ne citer que ces derniers. Globalement, la baisse des dessertes, aujourd’hui par rapport à l’hiver 2010-2011, est d’environ 20%, selon les calculs faits par le ministère du tourisme. En nombre de vols, cela donne 200 fréquences hebdomadaires qui ont été déprogrammées et cette baisse touche en majorité les vols au départ de l’Europe. Et, il faut le dire, la compagnie nationale RAM a fortement contribué à cette baisse en raison de ses difficultés internes, mais aussi en raison de la conjoncture économique internationale. Ainsi, par exemple, RAM a réduit en un an ses fréquences sur l’Europe de 33%, passant de 379 à 253 vols par semaine, et Ryanair a réduit la voilure sur le Vieux Contient de 20%, ramenant ses liaisons hebdomadaires de 144 fréquences à 115. Jet4U n’est pas en reste puisque la compagnie low cost opérant entre le Maroc et l’Europe a annulé aussi plusieurs fréquences pour se redéployer sur le marché français, «en concurrence frontale avec la RAM», selon des opérateurs du secteur.

Dix avions au sol pour la RAM, 100 pour Ryanair…

Si on fait le calcul, en multipliant les 200 fréquences hebdomadaires perdues par 52 semaines et 189 sièges par appareil, on obtient un manque à gagner de 2 millions de sièges. Cette situation est confirmée par l’Observatoire du tourisme qui avance une baisse globale des dessertes, de toutes les origines, durant la saison d’hiver 2011/2012,  de 16%, passant ainsi de 1 221 vols par semaine, au début de l’année 2011, à 1 023 vols en 2012, soit 198 vols en moins. C’est bien sûr l’Europe qui a connu la plus forte baisse avec 817 vols au lieu de 993 (-76 vols), soit moins 18%. Mais toutes les régions ont enregistré des baisses : 102 au lieu de 111 pour l’Afrique (-8%), 42 au lieu de 46 pour les pays du Maghreb (-9%), 50 au lieu de 55 pour les pays du Moyen-Orient (-9%) et 12 au lieu de 16 pour l’Amérique du Nord (-25%).
Il faut préciser toutefois que ces baisses sont non seulement dues aux problèmes des compagnies aériennes elles-mêmes, qui subissent les effets de la crise économique, mais aussi aux énormes difficultés auxquelles sont confrontés les tour-opérateurs et le système de distribution en raison de la baisse de la demande sur notre région. Ainsi, les compagnies aériennes se sont retrouvées dans l’obligation de laisser une partie de leur flotte au sol (10 avions pour la RAM, 100 pour Ryanair…), certains TO ayant complètement abandonné des destinations comme le Maroc, préférant se concentrer sur d’autres jugées plus sûres.
L’on comprend mieux donc que les hôteliers ne se lassent pas de rappeler que sans des sièges d’avions supplémentaires, leur situation ne pourrait pas s’améliorer. Pour leur plan d’action en cours de préparation, qualifié de plan d’urgence, les responsables au niveau du ministère du tourisme semblent s’orienter vers une promotion institutionnelle ciblant les marchés émergents en véhiculant l’image d’un Maroc «ouvert, sécurisé, moderne et jouissant d’une stabilité politique», comme l’a déclaré le ministre de tutelle. Mais mettre en avant cette «exception marocaine» est-il suffisant pour sortir de la crise ? Il y a 8 ans, quand le Maroc avait commencé à ouvrir son ciel aux compagnies low cost, l’idée de participer aux frais en subventionnant une partie du coût des vols avait été évoquée, mais abandonnée en raison d’un coût jugé trop élevé. Le Maroc avait alors choisi de prendre en charge plutôt une partie des frais promotionnels de campagne liés à la signature de contrat avec des TO étrangers, à l’instar de ce qu’il vient de faire avec Exim pour les pays de l’Est (voir page 29). D’autres pays ont choisi, eux, la subvention des sièges à l’instar de la Turquie qui, en retour, table sur une augmentation de la dépense moyenne par touriste. Quel est le bon choix aujourd’hui ? De toutes les manières avec le resserrement des finances publiques, le pays ne peut s’offrir un tel luxe et doit miser sur la promotion en espérant qu’elle induira un retour de demande et donc plus de vols.