Adil Douiri : Il n’y a pas suffisamment de fonds d’investissement touristique

Les Plans de développement régionaux constituent une démarche originale.
Priorité à la formation qui n’a été que peu
traitée lors des cinq précédentes assises.
Le clou des Assises de Tanger, ce sera aussi l’aérien.

A mi-chemin de la Vision 2010, Adil Douiri, ministre du Tourisme, qui nous a livré ses impressions, reste assez serein. Sa seule inquiétude concerne l’insuffisance des candidats à la propriété hôtelière par rapport aux besoins de la Vision 2010.

La Vie éco : Quelle est la particularité des Assises internationales de Tanger ?
Adil Douiri : Les Assises de Tanger ont pour but de passer en revue, comme pour les éditions précédentes, l’état d’avancement des chantiers de la Vision 2010, et cela va du produit que nous voulons offrir jusqu’à l’organisation institutionnelle. Cette année, il y a deux chantiers qui seront traités de manière particulière: il s’agit de la formation qui a été peu traitée lors des cinq précédentes éditions, et l’investissement hôtelier et para hôtelier. Sur ce chapitre, il y aura pour la première fois un après-midi consacré à une rencontre entre les constructeurs d’hôtels et les vendeurs de terrains. C’est un marché qui réunira les aménageurs, les banques, les fonds d’investiments, les groupes familiaux nationaux, les TO, etc. On va faire rencontrer tout ce monde-là , plus de 250 personnes ont été invitées, et nous attendons beaucoup de cette rencontre. Mais le clou des Assises de Tanger, ce sera aussi l’aérien.

n S’agissant du produit touristique où en sont exactement les chantiers ?
L’Azur est entré dans sa quasi-intégralité dans sa phase d’exécution, dans la mesure où quatre stations sont en phase d’exécution, une autre est en phase de signature et la sixième, nous nous engageons à la concéder au courant de l’année en cours. Je signale qu’aux prochaines assises on sera à deux mois de l’ouverture du premier hôtel à Saïdia.
Sur Mada’in, 2005 a vu la signature du 1er plan de développement régional touristique (PDRT) de Fès qui est aussi un plan de mise à niveau urbaine. On va parler aussi de Casablanca dont le PDR est en attente de signature. Celui d’Agadir est mûr aussi , puis ce sera au tour de Tanger-Fnidek et Ouarzazate-Zagora, etc.
Les PDR constituent pour nous une démarche originale qui associe l’Etat, les collectivités locales et les professionnels, et cette démarche est beaucoup plus difficile que le plan Azur. Car, d’une part, il y a beaucoup d’intervenants, et, d’autre part, elle a lieu en milieu urbain, dans la vraie vie.

S’agissant du tourisme rural et de niches, ça avance doucement, car cette fois la démarche est handicapée par l’insuffisance des ressources humaines, alors qu’il y a une demande et une pression très fortes de la part des régions, à tel point qu’il est pratiquement impossible pour le ministère de répondre à toutes les demandes. Il faut donc garder cette démarche, mais changer la méthode de mise en œuvre (peut-être en créant des ONG régionales pour s’occuper des pays d’accueil touristique), ceci d’autant que les projets qu’on a lancés marchent très bien pour la plupart. Le parachutisme à Beni Mellal marche fort, et les nuitées hôtelières ont été multipliées depuis le lancement de ce produit par 5 ou 6, même si ce sont des petits chiffres. A Dakhla, les TO ont tout simplement arrêté de vendre la destination, car les amateurs de surf n’ont pas où dormir, puisqu’il y a un seul hôtel et un campement. Globalement, sur le rural et les niches, je suis frustré par le rythme, et encore une fois c’est un problème de ressources humaines, car ce n’est pas facile de s’occuper du rural à partir de Rabat. Il faut recruter sur place des cadres de qualité, mais encore faut-il les trouver.

Pour le tourisme intérieur, le projet Biladi, qui consiste à construire 8 petites nouvelles stations touristiques pour développer un tourisme intérieur low cost, les appels d’offres vont avoir lieu au courant de l’année. Ces stations auront 5 000 à 6 000 lits. Ce sera des bungalows, des campings de haut niveau et des appartements à loyer modéré. Ce sera à Azilal, Moulay Bouselham, Nador, Sidi Rahal, Ifrane, etc. Nous espérons que les appels d’offfres trouveront écho chez des aménageurs et promoteurs nationaux…

En parallèle, pour l’émergence de TO nationaux, nous sommes toujours en négociations avec les prétendants, car ils ont des remarques et nous nous en avons aussi, notamment sur les business-plans. Nous continuerons donc les discussions jusqu’à ce que le prix qui sera offert au public soit suffisamment bas pour que le volume de voyages augmente. Les négociations sont certes un peu longues, mais il vaut mieux que ce soit ainsi plutôt que de déboucher sur quelque chose qui ne marche pas.

Vous n’avez donc d’inquiétudes sur aucun chantier ?
Si, sur un point : nous n’avons pas encore suffisamment de candidats à la propriété hôtelière par rapport aux besoins de la Vision 2010. Les investisseurs se comptent sur les doigts, et il n’y en a pas plus d’une quinzaine. Donc, aujourd’hui, l’idéal serait que de nouveaux fonds d’investisements touristiques voient le jour et travaillent aux côtés de ceux qui existent. On a aussi besoin de plus de ressources humaines pour l’ONMT… Le reste ne me fait pas peur.

Pourtant les professionnels expriment des inquiétudes sur la qualité de la formation.
Sur la formation, je ne suis pas du tout inquiet. Nous sommes dans une année où on fait à la fois du quantitatif et du qualitatif. Sur le plan quantitatif, il y a des projets de création de 6 ou 7 écoles supplémentaires qui s’ajouteront au réseau national. Mais déjà, nous avons réussi globalement à augmenter le nombre des lauréats des écoles gérées par le ministère, l’OFPPT et les privés de plus de 75%.
Sur le plan qualitatif, il y a les premières expériences de mise en œuvre de l’expérience canadienne (dite approche par les compétences, APC) et que le gouvernement canadien a accepté de partager avec le Maroc. Il s’agit d’une formation dont le cursus répond aux critères établis par l’entreprise qui va recruter. C’est une formation sur mesure. La première promotion APC va sortir cette année de Marrakech. Ceci dit, et les enquêtes que nous avons réalisées le prouvent, nous n’avons pas de problèmes graves de qualité, mais nous devons l’améliorer car il y a aussi la concurrence.

Il y a aussi des problèmes liés à l’environnement d’une manière générale…
Nous avons eu effectivement en avril 2005 des petits problèmes dans certains aéroports où le flux était bloqué. Depuis, nous avons réagi avec tous les intervenants (police, ONDA, douane, etc.) et discuté des moindres détails pour que ces problèmes ne se reproduisent plus. L’accueil du touriste commence au port ou à l’aéroport d’arrivée, et c’est donc significatif de ce qui va se passer par la suite. D’une manière générale, un bon nombre de mesures sont incluses dans les PDR, et cela va de la propreté à la sécurité en passant par les indications ou le transport urbain ou autres, et c’est l’affaire de beaucoup d’intervenants.

Qu’en est-il des organisations institutionnelles ?
Les Conseil régionaux du tourisme (CRT) ont été créés dans la quasi-totalité des régions, la charte des CRT existe et on profite de la signature des PDR pour la faire signer aussi. Par ces conventions de financement pérennisées. Ce sont des millions qui vont dans les CRT, selon leur poids touristique, et c’est essentiel dans l’organisation. En revanche, la fédération qui fait du bon travail manque de ressources financières. Et il va falloir réfléchir à la manière de lui trouver des ressources pérennes. Grosso modo, tout est clarifié et il y a moins de brouhaha aujourd’hui.

Adil douiri Ministre du Tourisme
Nous n’avons pas de problèmes graves de qualité mais nous devons améliorer cette dernière car il y a aussi la concurrence.