Activité portuaire : le cabotage en méforme

L’activité est bridée par l’arrêt de la raffinerie de Mohammédia. Les hydrocarbures représentaient entre 40% et 50% des produits transportés entre les ports marocains. Le secteur est confronté à d’autres maux, en particulier l’absence de compagnies nationales.

Al’instar des autres activités portuaires, le cabotage (transport entre les ports marocains) n’a pas non plus échappé à la baisse du trafic en 2015. La méforme est même plus prononcée que celle enregistrée au niveau du trafic international. D’après les statistiques de l’Agence nationale des ports (ANP), le trafic du cabotage a chuté de 8,8% à fin novembre dernier, comparativement aux onze premiers mois de 2014. En tout, seuls 3,17 millions de tonnes ont été transportés entre les ports marocains. Il ne faut pas aller trop loin pour trouver une explication à cette méforme. L’arrêt des activités de la raffinerie de Mohammédia en est en effet la principale. Jusqu’alors, les hydrocarbures représentaient entre 40% et 50% des produits transportés entre les ports marocains. Ce trafic était généré principalement par les livraisons de la Samir, notamment aux ports du sud du Royaume. Or, en 2015, avec l’arrêt de la raffinerie, le cabotage d’hydrocarbures a chuté de près de 15%. Pour les conteneurs, autre sous-catégorie importante de marchandises transportées, une baisse, quoique légère (3% environ), est à signaler.

Les investisseurs locaux seraient découragés par les conditions fixées parles autorités

Cette baisse du trafic intervient dans un contexte particulier où l’activité du cabotage est confrontée à bon nombre de problématiques. A l’image d’autres segments du transport maritime, l’essentiel de l’activité du cabotage est assuré par des compagnies étrangères, le pavillon national étant quasi inexistant. Selon les informations recueillies auprès des professionnels du secteur portuaire, quatre compagnies maritimes assurent aujourd’hui quasiment tout le trafic. Les deux premières, Markab et Petrocab, sont des sociétés créées par des distributeurs d’hydrocarbures travaillant exclusivement dans le transport de produits pétroliers. En revanche, les autres produits, et notamment les conteneurs, sont transportés par des compagnies étrangères (ou affiliés à des compagnies étrangères), dont les principales sont CMA CGM et D’Amico Dry Maroc. Cette situation n’est pas sans rappeler celle que vit le transport maritime de passagers où l’absence d’opérateurs nationaux est décriée depuis quelques années déjà. «Il est difficile aujourd’hui pour des opérateurs marocains de se lancer dans ce domaine, même s’il existe des investisseurs intéressés», déplore Farid Foukalne, ancien commandant de la Marine marchande. Selon ce dernier, les conditions imposées par les pouvoirs publics, notamment en matière d’âge maximum des navires (21 ans) et de cautions à présenter, découragent tout investissement dans le secteur. Pire encore, à la lecture des documents d’autorisations fournis aux transporteurs étrangers, une contradiction de taille est relevée.

Le cabotage également rattrapé par l’informel ?

«Les autorisations mentionnent clairement que c’est en raison de l’absence d’armateurs marocains assurant le cabotage de marchandises que des compagnies étrangères sont acceptées», ajoute l’expert. Or, pour beaucoup de professionnels du secteur maritime, aucune initiative, ni réglementaire, ni de toute autre nature, n’est prise par les pouvoirs publics pour encourager l’émergence d’opérateurs nationaux. Ceci est particulièrement problématique vu le potentiel que recèle cette activité. Il n’est un secret pour personne que l’essentiel du trafic de marchandises est assuré par les transporteurs routiers. Or, «des économies consistantes peuvent être réalisées en recourant au cabotage», souligne un professionnel de la mer. Cela représenterait donc un avantage compétitif non négligeable pour l’économie nationale.

Par ailleurs, en raison du plan de développement important que vient de lancer le Souverain dans les provinces du Sud, plusieurs projets d’infrastructures devraient être initiés durant les prochaines années. Ces projets nécessiteront logiquement une matière première qu’il faudra déplacer du nord et du centre du Royaume vers le sud. Avec leurs infrastructures portuaires, plusieurs grandes villes du Sud sont déjà aptes à devenir des portes d’entrée de ces matières. Dans ce contexte, l’activité du cabotage pourrait constituer une alternative intéressante au transport routier, mais à condition de la développer. Sur un autre registre, il semblerait qu’en plus de l’absence d’opérateurs marocains, le secteur du cabotage est également confronté à la prolifération de «l’informel». Selon des armateurs, il est constaté une augmentation du nombre de navires qui font du cabotage à partir de Tanger Med, sans déclarer cette activité. Des navires déchargeraient en effet leurs marchandises à Tanger Med, avant d’en charger une autre qu’ils livrent dans d’autres ports du Royaume. «Vu que Tanger Med et les autres ports n’ont pas la même autorité portuaire, il est difficile de contrôler cela», souligne notre source.