Accords de libre-échange : Le Maroc ratisse large

Plus de la moitié des exportations marocaines entre en franchise en Europe, sans contingents et sans calendrier. Les restrictions se limitent à  la tomate, la fraise, la courgette, le concombre, l’ail et la clémentine. Toutefois, la balance commerciale agricole est structurellement déficitaire.

La concurrence est rude dans le commerce mondial. Pour vendre, il est en principe impératif de proposer les meilleurs produits aux meilleures conditions de prix et de qualité. Mais cela ne suffit pas, il faut aussi franchir les barrières tarifaires que chaque pays érige pour protéger sa production, son économie. L’un des moyens est donc d’accorder des avantages à d’autres pays partenaires en essayant de tirer au maximum des potentialités de son économie grâce à la réciprocité.Presque tous les pays en ont signé avec un pays ou une zone économique déjà constitué sur cette base. Durant ces 20 dernières années, le Maroc en a signé plusieurs. Mais le plus médiatisé est sans doute l’accord d’association signé en 1996 avec l’Union européenne qui absorbe près de 60% des exportations marocaines de produits agricoles bruts et transformés et couvre pour une proportion égale les besoins du Maroc.

Cependant, les discussions sur l’accord relatif à la libéralisation des échanges, la pêche comprise, avaient commencé un peu plus tard dans le cadre de la feuille de route euro-méditerranéenne de 2005. Entrée en vigueur le 1er octobre 2012 après d’âpres rounds de négociations, et sous la pression des lobbies d’agriculteurs européens, cet accord est basé sur le principe de la progressivité et de l’asymétrie de la libéralisation des échanges de ces produits agricoles, des produits agricoles transformés, du poisson et des produits de la pêche avec un traitement différencié pour un nombre limité de produits considérés comme sensibles.

55% des exportations marocaines vers l’UE totalement libéralisés

Selon les termes de cet accord, 55% de la valeur des exportations marocaines entrent en franchise dans l’Union européenne, sans contingents et sans aucun calendrier. Cette catégorie comprend, selon le ministère de l’agriculture, «une très grande partie des produits agricoles, en particulier les produits importants pour la stratégie du Plan Maroc Vert», entre autres les fruits à noyaux, les fruits rouges et certains légumes.Par contre, la tomate, la fraise, la courgette, le concombre, l’ail et la clémentine sont soumis à des quotas exonérés avec ou sans calendrier. Les quotas seront toutefois augmentés de manière progressive dans la perspective des complémentarités entre les systèmes de production, souligne le ministère.Les raisins de table, les pêches et nectarines et les abricots bénéficient de prix d’entrée conventionnels inférieurs de 30% aux prix d’entrée OMC.Le sucre n’est pas inclus dans l’accord, et un système de surveillance pour les importations de produits le contenant est mis en place. 

Rythme de démantèlement plus lent pour l’Europe

Pour l’UE, 45 % de la valeur des exportations vers le Maroc sont libéralisés dès l’entrée en vigueur de l’accord. Cette proportion atteindra 70% dans dix ans.En ce qui concerne le poisson et les produits de la pêche, la libéralisation immédiate porte sur  91% de la valeur des exportations. La totalité le sera dans dix ans.  D’autres concessions sont accordées à l’UE, s’agissant notamment des intrants et les marchandises européens non produits au Maroc. Les blés, viandes, pâtes alimentaires ne sont pas libéralisés, mais ils bénéficient d’un traitement différencié sous forme de quota avec exonération ou réduction tarifaire. Soulignons sur ce volet que pour les animaux vivants, les viandes et des produits de charcuterie qui sont soumis à des cahiers de prescriptions spéciales, le ministère de l’agriculture et de la pêche maritime a récemment publié sur son site un avis aux importateurs de ces produits afin de poursuivre la procédure de délivrance des attestations relatives aux quotas. Ses services précisent qu’à la date du 15 mars 2013, tous les quotas ont été répartis et un avis aux importateurs a été lancé pour les produits dont les quotas n’ont pas été épuisés en totalité.Outre les accords multilatéraux sur l’agriculture signés dans le cadre de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), le Maroc est lié à plusieurs autres pays dans un cadre bilatéral ou multilatéral. Pour diversifier les marchés, d’autres accords sont en négociation avec le Canada et l’Union du Maghreb Arabe (UMA)Reste maintenant à savoir si le pays en tire effectivement profit. Difficile d’y répondre, si l’on considère que toute appréciation pertinente doit se faire sur le long terme. L’un des objectifs de ces accords n’est autre que de faciliter les exportations pour au moins améliorer la balance commerciale agricole qui est structurellement déficitaire.