Accord de pêche avec l’UE : les conditions de la partie marocaine

Les membres de l’UE avaient jusqu’au mercredi 25 mai pour remettre leurs propositions à  la commission

Côté marocain, plusieurs conditions à  un accord : accès limité aux ressources vulnérables, développement d’une industrie sur place, embauche de marins marocains.

Non, l’Union européenne n’a pas encore soumis un projet d’accord de pêche au Maroc, ce sera fait au cours des prochaines semaines. Des deux côtés, la retenue est de mise. De source européenne autorisée, on indique que «la partie marocaine a sollicité de l’Espagne et de la Commission européenne une totale discrétion à  ce sujet afin de ne pas perturber les contacts établis et qui devraient aboutir à  une formulation concrète de la plate-forme de base des négociations». Celle-ci est en cours de finalisation par l’équipe de la commission européenne. Les pays membres de l’UE avaient jusqu’au mercredi 25 mai, délai fixé par la commission, pour remettre chacun sa proposition pour la formulation des termes de la proposition européenne. Sont concernés en premier lieu l’Espagne et le Portugal dont les opérateurs sont déjà  présents au Maroc à  travers les sociétés mixtes qui se sont multipliées entre 2001 et 2004. Au point que l’on n’en dénombre pas moins de 100 dont 80 espagnoles présentes principalement dans les pêcheries du merlu et des crevettes.

Les opérateurs posent des conditions draconiennes
Le Maroc ne ferme donc pas ses portes, mais il a exigé que les discussions soient directement entamées avec la Commission européenne. «Le Maroc connaà®t à  peu près les souhaits des Espagnols, mais il faut tenir compte de l’offre de l’Union des 25. Nous sommes prêts à  négocier. Nous attendons l’offre européenne qui, nous le souhaitons, sera différente des précédents accords basés sur une compensation financière en contrepartie de l’extraction de la ressource», est-il indiqué auprès du département de Mohand Laenser.
Les professionnels (voir avis ci-dessous) expriment le même point de vue. Ils se disent également prêts à  dérouler un tapis rouge aux Européens si le nouvel accord prend en considération les besoins exprimés par la partie marocaine. Trois axes essentiels se dégagent.
Le premier concerne le non-accès aux ressources présentant des signes d’essoufflement. C’est le cas particulièrement des céphalopodes et des crevettes. D’autres espèces dont le pélagique et celles des eaux profondes peuvent être pêchées à  condition bien sûr d’investir à  terre. Le poisson marocain devra être débarqué et traité au Maroc.
Deuxième point, l’industrie de la pêche, aussi bien de transformation que celle des intrants, devra être développée à  terre pour éviter les sorties de devises mais surtout pour une meilleure implication des Européens dans la préservation de la ressource, puisqu’il y va de la pérennité de leurs investissements. Ceci en plus du développement de l’activité des chantiers navals.
Le troisième volet concerne les ressources humaines marocaines qui devraient être employées à  bord des navires européens.
Le respect de ces trois axes devrait permettre au secteur de réaliser une fois pour toute sa mue qualitative qui se fait attendre depuis 1999.
En six ans, le secteur a fait du surplace
En six ans, c’est-à -dire depuis la fin du dernier accord, le secteur a fait du surplace. Un statu quo qui a porté préjudice à  cette branche importante de l’économie érigée, rappelons-le à  juste titre, en vecteur de croissance prioritaire par le dernier rapport de Mckinsey.
Le gel des investissements décrété en 1992 étant maintenu, la flotte côtière composée de quelque 1 800 bateaux est dans un état de vétusté avancé et personne ne sait comment les responsables marocains arriveront à  passer le test de la mission d’inspection des vétérinaires européens prévue en juin. La flotte hauturière n’est pas mieux lotie. Une bonne partie de la flotte a atteint 30 ans d’âge, une limite pour être rattaché définitivement au port.
Cette situation peu reluisante déteint sur la production nationale halieutique. Son évolution a évolué en dents-de-scie. Elle a enregistré des pics en 2000 et 2001 avec respectivement 6,9 et 7,8 milliards de DH avant de chuter à  4,7 milliards en 2003. Et encore, on doit les deux années record aux céphalopodes qui ont représenté plus de 50 % des recettes. Un dysfonctionnement de plus au passif des gestionnaires du secteur qui ont focalisé toutes leurs attentions sur cette seule ressource au détriment des autres pêcheries dont les plans d’aménagement peinent encore à  voir le jour.
La consommation interne, quant à  elle, est restée pratiquement figée là  o๠elle était avant l’accord. La barre des 10 kg par habitant et par an n’a jamais été franchie alors que les responsables ambitionnaient d’atteindre 14kg/hab. Les mesures d’accompagnement qui devaient rehausser son niveau ont accusé de graves retards dans leurs réalisations.
La dynamique industrielle a, de son côté, été victime de cette conjoncture. Le solde de création-disparition d’entreprises est pratiquement nul depuis 1999. Un gap, toutefois contrasté par les exportations de conserve qui enregistrent un trend haussier depuis 1995. Pour Mohamed El Jamali, président de l’Unicop, «le nouvel accord ne peut qu’être dynamisant pour le secteur à  condition de savoir en tirer le maximum d’avantages». Pour lui, l’accord devra permettre de faire sauter la clause de la règle d’origine imposée par l’UE. « Ils n’attribuent la marocanité qu’au poisson pêché par des nationaux ou des Européens. Nous suggérons d’utiliser la disposition de l’OMC qui attribue l’origine en fonction de la valeur ajoutée. Si cette clause saute nous allons pouvoir importer la matière première en admission temporaire».
Reste que le volet des subventions européennes aux marins pêcheurs de l’UE est présenté comme le point d’achoppement sur lequel pourraient buter les négociateurs. Le poisson pêché au Maroc et vendu sur le Vieux continent par des européens viendra concurrencer directement les professionnels marocains. Ces derniers assimilent cette situation à  du dumping.
Mohand Laenser et ses équipes ont dans tous les cas du pain sur la planche. Mais si l’accord est habilement négocié, il constituera une marque personnelle du ministre pour le secteur. Une touche qui finira par renvoyer aux oubliettes la gestion au coup par coup privilégiée jusque-là .