Accord agricole Maroc – Union européenne : ce que le Maroc gagne, ce qu’il concède

Ouverture totale pour plusieurs produits jusque-là  soumis à  un droit d’importation
Une dizaine de produits représentant environ 10 % de la valeur des exportations marocaines soumis à  un prix d’entrée.
Un gain financier net d’un milliard de DH pour le Maroc
Les quotas sont améliorés pour la tomate, l’ail, la clémentine, la fraise, le concombre et la courgette.

Aziz Akhannouch, ministre de l’agriculture et de la pêche maritime, et ses proches collaborateurs n’ont pas caché leur satisfaction lors de la conférence de presse du 17 décembre relative à la présentation des résultats de l’accord sur la libéralisation des échanges agricoles, agro-industriels et de la pêche conclu avec l’Union européenne. Les acquis sont en effet significatifs. Sur le plan financier, le Maroc réalise un gain immédiat net de 1 milliard de DH correspondant à la différence entre le gain réel qui est de 1,7 milliard et les retombées des concessions accordées à l’UE estimées à 700 millions.
Ce résultat découle d’une part de l’augmentation conséquente des quotas des exportations, de l’allongement de la liste des produits libres d’accès dans les pays de l’UE et, de l’autre, du renforcement du niveau de protection des filières marocaines sensibles.
Il s’y ajoute que les deux parties ont accepté de se retrouver au plus tard dans trois ans dès que les quotas seront atteints pour certains produits. A ce niveau, l’accord prévoit que tous les produits agricoles locaux entreront librement chez le partenaire à l’exeption d’une liste restreinte comprenant la tomate, l’ail, la clémentine, la fraise, le concombre et la courgette, des produits qui sont susceptibles de concurrencer la production européenne. En contrepartie, les quotas d’exportation desdits produits seront considérablement augmentés. Il est prévu immédiatement, c’est-à-dire dès l’entrée en vigueur de l’accord, une hausse de 20 000 t pour la tomate et de 32 000 t dans quatre ans. Selon le même calendrier, les quantités de courgettes augmenteront de 30 000 et
36 000 t et celles de concombre de 8 800 et 10 600 t. Pour l’ail, la clémentine et la fraise, l’amélioration est respectivement de 500, 31 300 et 4 600 t.

Les produits sensibles marocains restent protégés
Pour les produits libres, il n’existe aucune entrave matérialisée par des quotas, un calendrier d’exportation, des droits de douane ou un prix d’entrée. Il en est ainsi de l’huile d’olive, des haricots verts, de la salade, des fruits à noyau, du melon, du vin…
Mais un prix d’entrée est maintenu pour une dizaine d’autres représentant environ 10% de la valeur des exportations marocaines. D’après ce dispositif, les produits ne sont frappés d’aucun droit à l’entrée si leur prix effectif est supérieur ou égal au prix d’entrée. En revanche, s’il est inférieur, un droit compensateur s’applique. Sont notamment concernés la pomme, la poire, le citron, le raisin de table, la nectarine, l’abricot, la pêche et l’orange. Le traitement est cependant différencié. La décision commune est de maintenir le prix d’entrée conventionnel pour l’artichaut et les oranges. Pour le raisin de table, les abricots et la pêche, il est prévu des prix conventionnels 30% moins élevés que les prix d’entrée OMC alors que les autres sont soumis au prix d’entrée OMC. Le Maroc bénéficie également d’une clause de préférence en cas d’octroi de réduction de prix d’entrée plus avantageux à l’un des pays méditerranéens.

Quelques ouvertures pour améliorer la compétitivité
Comme une négociation suppose un échange de bons procédés, des concessions ont été accordées à l’UE sans que le secteur agricole ne soit mis en danger.
Ses produits laitiers entrent librement sur le marché marocain à l’exception du lait liquide et de la poudre de lait entière.
D’autres produits sensibles, comme l’huile d’olive, le concentré de tomate, les viandes et la charcuterie, sont soumis à des contingents tarifaires à leur entrée au Maroc.
Dans une certaine mesure, les autorités interprètent surtout les quelques ouvertures immédiates comme un moyen de stimuler la concurrence pour améliorer la compétitivité de certaines filières. En effet, le gros des produits ne sera pas libéralisé avant une dizaine d’années. Et pour le blé tendre, un produit dit social, aucune offre supplémentaire n’est accordée à l’UE qui demandait un alignement sur l’accord signé avec les Etats-Unis.
Avec ce pays, les blés dur et tendre, de même que les pommes fraîches, sont soumis à contingents et bénéficient d’un traitement tarifaire préférentiel selon un calendrier propre à chaque produit.
En définitive, cet accord offre sans doute au Royaume la possibilité de rééquilibrer la balance des échanges agricoles avec l’Europe. En 2008, le déficit commercial totalisait 590 MDH sur un volume global de 19,2 milliards. Du point de vue strictement sectoriel, l’accord est d’autant plus avantageux qu’il est en phase avec le plan Maroc Vert dont un des principaux objectifs est le développement de l’offre exportable.