Accident de la circulation au Maroc : 85 points noirs traités en deux ans et ce n’est toujours pas fini

Chaque année, le ministère de l’équipement réalise des travaux dans 40 points en moyenne connus pour le nombre élevé d’accidents.
En 2007 et 2008, ces travaux ont nécessité une enveloppe de 236 MDH.
Toutefois, pour le ministère, le traitement de ces points noirs à  lui seul n’est pas suffisant en l’absence d’un code de la route adapté.

La lutte contre les accidents de la circulation est loin d’être une sinécure. Malgré l’adoption en 2003 du plan stratégique intégré d’urgence (PSIU), le nombre d’accidents et de victimes (morts et blessés) reste élevé. Les statistiques provisoires du Comité national de prévention des accidents de la circulation (CNPAC)  pour l’année 2008 sont même alarmantes. Il a été dénombré 66 852 accidents, en augmentation de 8,07% par rapport à 2007. Le nombre de morts a progressé de 9,21% à 4 044 et celui des blessés graves de  2,7% à 12 670. Quant aux blessés légers, ils sont 86 645, soit 10,69 % de plus qu’en 2007. Les chiffres de janvier et février de cette année 2009 font cependant état d’un fléchissement de ces indicateurs, mais une période de deux mois n’est pas significative.
Pourtant, les différentes parties prenantes ne ménagent pas leurs efforts dans cette lutte contre les accidents de la circulation menée sur plusieurs fronts dont ce que les responsables du ministère du transport et de l’équipement appellent le traitement des «points noirs», très nombreux sur les routes marocaines.
D’après la définition officielle qui s’inspire de ce qui a cours au niveau international, le point noir est un endroit où l’on constate sur une durée déterminée un nombre élevé d’accidents dont la cause peut ou non être attribuée à un défaut dans les infrastructures routières. Ainsi, quand un point noir est repéré, les équipes du ministère de l’équipement et du transport se rendent sur le site pour essayer de déceler les causes des accidents et remédier aux dysfonctionnements s’il y a lieu.
Les pouvoirs publics se sont fixé comme objectif de traiter chaque année une quarantaine de points noirs à travers le pays. Ce qui est en passe d’être réalisé au vu de l’état des lieux que nous a communiqué la direction des routes relevant du département de l’équipement.
En 2007, ce sont 37 points noirs qui ont été identifiés et traités. Les  dépenses d’aménagement s’élèvent à 117,7 MDH, sans compter les autres travaux d’aménagement visant à améliorer l’état des routes, c’est-à-dire la construction de murets, de pistes cyclables, de voies latérales qui ont occasionné un investissement de l’ordre de 19 millions.

L’élément humain est l’une des principales causes des accidents
En 2008, dans le cadre du PSIU 2 (2008-2010), la direction des routes a réalisé 90 aménagements pour un coût total de 113,7 MDH, dont 109 millions pour le traitement de 48 points noirs. En parallèle, cette direction a dépensé 4,1 MDH pour construire près de 5000 mètres de murets de protection et 400 000 DH pour aménager 16 km de voies latérales. La direction des routes affiche aussi à son tableau la construction de deux aires de déversement des huiles de poisson dans le sud pour 177 000 DH.
Est ce  à dire que grâce à ces aménagements, il y aura moins d’accidents sur ces points recensés et traités ? Pour la direction des routes ce ne sera pas le cas. Car, disent les responsables, en agissant sur l’infrastructure là où il y a beaucoup d’accidents, on ne garantit nullement qu’il y en aura moins. Souvent, précisent-ils, le fait d’élargir une route, ou traiter un virage dangereux se traduit par un meilleur confort du conducteur et donc une vigilance moindre, d’où le risque de survenance d’accidents. C’est un peu l’effet pervers de la politique d’entretien des routes qui relève, malgré tout, du devoir des pouvoirs publics.
Les points noirs, souligne un responsable au ministère de l’équipement et du transport, ne sont pas seulement une question d’infrastructures. L’élément humain et l’absence d’un cadre législatif adéquat participent aussi à l’émergence de ces points noirs. Selon lui, toute la stratégie de lutte contre les accidents de la route est conçue autour du projet de code de la route qui est toujours en souffrance au Parlement. Or, sans un cadre réglementaire qui permet le contrôle et la répression de la  délinquance  sur les routes, toutes les actions seront infructueuses, explique-t-on, en substance, au ministère de l’équipement. La conduite en état d’ivresse, une des principales causes d’accident, est citée en exemple dans la mesure où dans l’arsenal juridique en vigueur rien n’est prévu : pas d’alcootest ni de sanctions spécifiques. Pire : la notion même de conduite en état d’ébriété n’existe pas dans le corpus législatif marocain.
Autre remarque : l’apparition et l’éradication des points noirs sur les routes est un processus continu, sachant qu’avec l’urbanisation, la création de villes nouvelles et tous les chantiers  que connaît le pays, des points noirs, il y en aura encore et toujours.

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