Accès au financement : les PME attendent sans trop d’illusion les mesures de la Loi de Finances 2013

Selon Bank Al-Maghrib, la PME accapare actuellement 30% des crédits distribués. Cette part n’était que de 18% en 2008. Le gouvernement a annoncé vouloir adopter des mesures pour soutenir la PME dans la Loi de finances 2013, sans aucune précision. Le manque de transparence et d’organisation sont les véritables problèmes à  régler, selon les spécialistes.

Le gouvernement semble décidé à poursuivre l’effort de soutien à la PME-PMI, mais le ministre de l’économie et des finances, Nizar Baraka, qui en a fait l’annonce, ne dit pas quelles mesures seraient prises dans ce sens. Sachant qu’il n’y aurait pas grand-chose à attendre de la Loi de finances 2013, en termes d’incitations fiscales, alors que le ministre situait cet effort dans le cadre du prochain budget, beaucoup se demandent quelle pourrait donc être cette intervention publique en direction de la petite et moyenne entreprise.

En tout cas, le «dossier» de la PME-PMI redevient d’actualité, même si, à vrai dire, il l’a toujours été, peu ou prou. C’est que ces petites et moyennes structures de l’économie nationale constituent l’essentiel du tissu entrepreunarial (plus de 96%), fournissent quelque 20% de la valeur ajoutée, participent à hauteur de 38-40% à la production et emploient près de 50% de la population active occupée. Elles pourraient bien sûr apporter plus à l’économie marocaine compte tenu de leur poids numérique, mais comme partout, y compris en Europe où ces entités sont encore bien plus nombreuses (99%), elles font face à des difficultés qui sont parfois de taille, notamment dans les pays émergents.

Au Maroc, la première difficulté souvent mise en avant à la fois par les concernés et les analystes, a trait à l’accès au financement. Le constat n’est cependant pas partagé par l’ensemble des acteurs (les opérateurs, les financiers, les pouvoirs publics, etc.). Lors du dernier conseil de Bank Al-Maghrib, tenu mardi 25 septembre dernier, le sujet a été abordé et le gouverneur de la banque, Abdellatif Jouahri, a apporté des précisions utiles à savoir. Selon lui, en effet, sur l’ensemble des crédits bancaires distribués, 30% ont été alloués aux PME. En 2008, ce taux était de 18% selon une étude du Conseil déontologique des valeurs mobilières qui se réfère aux statistiques de la direction de la supervision bancaire de Bank Al-Maghrib. Il y a donc, en quatre ans, une progression énorme sur la question de l’accès au financement.

Un observatoire pour remédier à l’absence de statistiques sur la PME

Abdellatif Jouahri a d’ailleurs déclaré, lors de la même réunion du 25 septembre, qu’à plusieurs reprises il avait demandé à la Confédération générale des entreprises du Maroc (CGEM) de lui remettre les dossiers de financements rejetés par les banques, mais, qu’à ce jour, il n’a encore rien reçu, a-t-il précisé.

Zakaria Fahim, président du Centre des jeunes dirigeants (CJD), ne pense pas, lui, que l’absence de requête auprès du gouverneur de la banque centrale à propos de l’accès au financement, soit la preuve que cette difficulté est désormais totalement surmontée. «La plupart des chefs d’entreprises préfèrent ne pas ébruiter leurs difficultés à leur banquier, croyant qu’ainsi ils préservent leurs chances d’obtenir quand même un crédit. Autrement dit, ne pas solliciter la banque centrale pour débloquer une situation ne signifie pas l’absence de rejet de dossiers de crédits», déclare-t-il à La Vie éco. Le responsable du CJD admet que tout n’est pas de la faute des banques, puisqu’une grande partie des PME manquent cruellement d’organisation, et cependant il appelle celles-ci à ne pas confondre les grandes et les petites entreprises en appliquant à toutes les mêmes critères de sélection des dossiers.

Latifa Chihabi, directrice de l’Agence nationale pour la promotion de la petite et moyenne entreprise (ANPME), préfère, elle, mettre l’accent sur la nécessaire transparence que les entreprises, les PME en particulier, doivent privilégier en améliorant leur organisation, et en se mettant en règle vis-à-vis du fisc, des organismes sociaux, etc. Au passage, la responsable de l’ANPME met le doigt sur une difficulté supplémentaire qui caractérise le secteur : le manque, ou même l’absence de statistiques. Ceci évidemment ne permet pas une grande visibilité quant à la réalité de ce sujet. C’est pourquoi la création d’un observatoire de la PME-PMI est à l’étude, en collaboration entre la CGEM et l’ANPME. Et Mme Chihabi, comme le président de la commission PME de la CGEM, Saad Hamoumi, appellent les entreprises à collaborer à cette nouvelle structure en fournissant les informations qui permettront de confectionner des statistiques à même d’assurer un meilleur suivi du secteur et, lorsque c’est nécessaire, de prendre les décisions en connaissance de cause.

L’histoire de l’œuf et de la poule !

En réalité, même si l’accès au financement apparaît en effet comme le problème numéro un de la PME, l’origine de la difficulté est à rechercher moins dans le secteur financier (quoi que !) que dans la structure même de la PME marocaine. Celle-ci, de l’avis de nombreux analystes, se caractérise par un sous-encadrement manifeste, une faiblesse des fonds propres et une sous-capitalisation «généralement due à un manque de réinvestissement dans l’entreprise». Souvent, les chefs de ces entreprises, pas tous mais une bonne partie, préfèrent se payer des voitures de luxe, acheter des maisons plutôt que de réinvestir les bénéfices ; et cela, tout le monde le sait, on le constate de visu. Les experts, eux, parlent de la faiblesse de l’actif immobilisé dans les PME, de l’importance de l’actif circulant, en liaison avec la nature des activités de ces PME, davantage consommatrices de fonds de roulement. D’autre part, de nombreuses PME, par manque de ressources humaines qualifiées ou par… négligence, ne semblent pas attacher une grande importance au respect des règles de transparence, comme la tenue d’une comptabilité conforme, par exemple. «Ce n’est pas le cas de toutes les PME, il faut bien le dire, mais sachez tout de même que celles qui répondent aux critères, notamment de transparence, n’ont pas de difficulté à se financer auprès des banques. Moi-même, j’ai accordé des crédits aux PME toutes les fois que les dossiers qui me sont présentés répondent aux exigences des règles prudentielles», confie un responsable d’une agence bancaire de la place. «On accuse régulièrement les banques de frilosité quand il s’agit de PME. La vérité est que ce sont les PME, plutôt une grande partie d’entre elles, qui font preuve de frilosité, d’une aversion au risque en ne faisant pas les investissements qu’il faut, notamment dans l’innovation et la recherche développement…», poursuit le banquier. Et si ce manque d’investissement résultait justement de la difficulté à se financer ? Ça ressemble à l’histoire de la poule et de l’œuf !

Une chose est sûre cependant, il y a des avancées certaines sur le front du financement et de la garantie de financement (voir encadré), même si pour le moment, compte tenu de leurs structures mêmes, les PME n’ont véritablement accès qu’à un segment du marché financier, celui des banques…