Abdelhamid Addou : le Maroc terminera l’année 2009 avec 8,3 millions de touristes

La rapide réaction par rapport à  la crise a permis d’amortir le choc.
Le Maroc a gagné des parts de marché et sera plus offensif à  l’avenir.
L’activité des délégations à  l’étranger sera allégée. Objectif : se concentrer sur la commercialisation de la destination.

L’année 2009 n’a pas été tout à fait bonne pour le tourisme. Quelle est votre appréciation?de?la?situation pour le Maroc, au vu des derniers chiffres ?
Les tendances à fin octobre nous incitent à dire que malgré les difficultés, le Maroc a su tirer son épingle du jeu. Au terme des 10 premiers mois, en effet, les arrivées ont continué d’augmenter, affichant une hausse de 6%, pendant que les nuitées ont baissé
de 2% et les recettes voyages de 6%.
D’après nos prévisions, nous allons terminer l’année 2009 avec un nombre d’arrivées qui devrait atteindre 8,3 millions. Cela, sachant que pour les dix premiers mois, la plupart de nos concurrents ont vu leurs arrivées baisser de manière sensible : -10% pour l’Espagne, -12% pour la Croatie et -2% pour la Tunisie pour ne citer que ces exemples. On peut dire que le Maroc a globalement gagné en parts de marché, surtout quand on considère que l’Organisation mondiale du tourisme (OMT) table sur une baisse de la demande mondiale de 5% au cours de l’année 2009.  
Notre position est donc plus forte qu’avant dans la mesure où elle nous permettra de générer encore plus d’arrivées une fois que nous serons sortis de la crise.

A quoi devons-nous cette progression continue des arrivées en pleine crise, même si elle ne se répercute pas directement sur les nuitées des hôtels classés ?
C’est que nous avons réagi assez vite face aux signes annonciateurs de cette crise. Dès novembre 2008, le plan cap 2009 avait été décidé. Aujourd’hui, ce plan, qui a consisté en gros à initier des actions de nature à amortir les effets de la crise mondiale, est réalisé à 90%. Il a permis de lancer des actions concentrées sur quatre régions et, par ailleurs, d’agir sur les marchés émetteurs pour maintenir nos parts de marché grâce à l’intensification de la communication à travers certains médias et à la sensibilisation des tour-opérateurs. Chose que nous avons réussie.
Le gouvernement a ainsi débloqué, fin mai, une enveloppe supplémentaire de 300 MDH dont 150 millions ont été alloués à la promotion de Marrakech, 100 millions au balnéaire et le reste à des actions qui visent à consolider la marque «Maroc».
Ainsi, la destination Marrakech a bénéficié d’un plan de relance spécifique qui a démarré en septembre et qui s’est articulé sur quatre axes. Primo, il y a eu un travail avec les compagnies aériennes pour les inciter à desservir la destination. Cette action s’est traduite par la programmation de plusieurs vols supplémentaires, notamment à partir de villes du Royaume-Uni, un marché qui était en net recul. Secondo, nous avons engagé un programme de promotion de Marrakech à travers la conception et le lancement d’un portail avec des thématiques et des vidéos pour montrer différentes attractions et particularités de la ville ocre. Tertio, les ventes directes ont été structurées par le biais d’une campagne de télévision en collaboration avec des T.O. Cette action a consisté à mettre en avant un produit donné de Marrakech et de lui accoler un prix.
Enfin, une action a été initiée sur le marché français en direction des agents de voyages et qui a touché quelque 2000 d’entre eux.
Pour la suite, une réunion vient d’avoir lieu avec le Conseil régional du tourisme (CRT) de Marrakech pour décliner un certain nombre d’actions par le biais de différents canaux en 2010. Il s’agit de vendre Marrakech, en plus d’une destination famille, comme une destination de luxe, de golf, etc.

Justement, comment s’annonce 2010, à la lumière des actions entreprises et au vu de la conjoncture internationale ?
Si la croissance reprend dans les pays industrialisés, notamment les pays d’Europe, nos recettes touristiques devraient suivre puisqu’au niveau des arrivées la destination se comporte bien. Il faudrait le souligner, le tourisme reste le premier pourvoyeur de devises, le premier employeur, et ce, malgré la crise et d’autres aléas comme la grippe A/H1N1.

Concrètement, y a-t-il un plan ficelé pour 2010 ?
Pour répondre à votre question, il faut savoir que la structure des ventes de voyages a complètement changé ces dernières années. Au cours de l’été 2009, par exemple, 50% des ventes pour le mois d’août ont eu lieu durant ce même mois. Ceci pour dire que désormais toute la réflexion qui précède l’acte d’achat se fait sur Internet et que la décision se prend plus rapidement qu’avant.
Aussi, nous sommes en train de concevoir un portail Maroc tout à fait adapté à cette nouvelle manière d’acheter son voyage sur Internet. Un appel d’offres sera bientôt lancé pour la réalisation d’une plateforme avec un Meta moteur qui permet d’aller jusqu’à l’acte de réservation. Ce moteur va diriger le touriste selon ses besoins jusqu’à l’établissement hôtelier ou autre qui va satisfaire aux critères de sa recherche (classification, prix, etc.). Dans cette optique, nous avons déjà signé des contrats durant l’année 2009 avec plusieurs TO leaders sur le net, comme Expedia, Lastminute, e-booking. C’est là une prise de conscience et un vrai investissement stratégique pour ne pas être en reste par rapport à cette nouvelle tendance.
Par ailleurs, notre plan marketing pour 2010 comporte aussi un volet balnéaire qui sera mis en œuvre dès janvier. Auparavant, toute notre offre balnéaire se résumait à Agadir, ce qui n’est plus le cas aujourd’hui avec l’ouverture de Saïdia et Mazagan et aussi Mogador d’ici le mois de juin 2010. Nous disposons ainsi d’une vraie offre balnéaire à l’instar de pays concurrents comme la Turquie, l’Egypte ou la Tunisie.

Mais les hôteliers marocains, dont une majorité se cramponne?encore?aux modes de distribution classiques, vont-ils profiter de ces investissements stratégiques dans la promotion ?
Nous avons des groupes nationaux qui sont bien équipés et qui épousent tout à fait cette tendance. D’autres hôtels s’y mettront sous peu.

Il reste à régler le paradoxe de cette hausse des arrivées qui ne se reflète pas sur les nuitées…
Mais il est vrai que la crise actuelle a surtout profité à de nouveaux modes de logements (riads, résidences et appart hôtels) dont une bonne partie de l’activité se déroule dans la sphère informelle. Mais, aujourd’hui, un travail est en train d’être fait au niveau du ministère de tutelle, que ce soit du côté de la réglementation ou du contrôle.
Nous essayons par ailleurs de sensibiliser les professionnels sur toutes ces questions pour qu’ils puissent présenter un bon produit.

Le rôle de l’office a-t-il aussi changé par rapport à ces nouvelles donnes ?
Bien sûr, l’office est passé d’une gestion traditionnelle de la promotion du Maroc à une gestion plus moderne, plus scientifique. Ainsi, nous avons effectué pour la première fois une étude de marché sur le positionnement du Maroc et sur la perception et les attentes de la clientèle des marchés émetteurs.
Nous sommes également plus présents sur le net, et nous avons surtout allégé les procédures et le travail de nos délégations en centralisant un certain nombre d’activités comme l’organisation des salons et toute la gestion de nos fournisseurs. Nos représentants à l’étranger n’ont plus qu’une seule mission : aller commercialiser la destination chez les T.O. et les agences de voyages.