Abattoirs de viandes de Casablanca : une reprise en main laborieuse

Casa Contrôle est en principe opérationnelle depuis le 1er novembre, mais les recettes sont toujours encaissées par le régisseur de la commune. En trois mois, l’établissement a rapporté 9 MDH à  la ville. Des employés déplorent la dégradation des conditions de travail.

Casa Contrôle a pris les commandes des abattoirs de viandes de Casablanca depuis le 1er novembre. Toutefois, l’arrivée de cette société de développement local à qui le Conseil de la ville a confié la gestion de cet établissement après le départ de la société turque ne s’est traduite pour le moment que par la nomination d’un nouveau directeur général. La gestion effective de l’établissement est toujours assurée par la Commune urbaine de Casablanca. En d’autres termes, Casa Contrôle ne reçoit aucune taxe ou redevance. «C’est le régisseur de la commune qui collecte la totalité des recettes», confirme une source au sein des abattoirs. Ce statu quo était-il voulu ? En tout cas, «avant même la renonciation des Turcs, le conseil avait modifié le dispositif fiscal en vue de percevoir les taxes versées sur le traitement des viandes en cas de départ de la société de gestion déléguée», indique une source de la Commune urbaine. Rien à dire sur le plan financier puisque de la mi-août à aujourd’hui (environ trois mois), la commune a perçu 9 MDH au lieu de 3,164 MDH si les Turcs avaient continué à gérer les abattoirs. Sur chaque kilogramme de viande, les chevillards versaient 1,66 DH à la société turque et 0,90 DH à la Commune urbaine de Casablanca.

Du matériel aurait été perdu après le départ des Turcs

Cette embellie risque de ne pas durer en raison de la gestion quotidienne de l’établissement. «Nous avons repris avec l’ère où les abattoirs étaient gérés par les communes. D’abord, l’outil de travail n’est pas entretenu. Une grande partie des machines est défectueuse», confirme une source au sein des abattoirs. Et d’ajouter: «L’établissement dispose actuellement d’une seule balance opérationnelle alors que nous traitons en moyenne
1 200 têtes d’ovins et 500 têtes de bovins par jour». Selon la même source, ce manque de matériel alourdit le processus de production. «Si la situation persiste, les professionnels seront obligés de se diriger vers les tueries, car le coût de la prestation ne correspond pas actuellement à la qualité de service au sein des abattoirs», déplore notre interlocuteur. A cela s’ajoutent les vols qui ont été constatés après les vacances de la fête d’Aïd Al-Adha. En effet, «les salariés ont constaté que certaines machines ont disparu de la salle de découpe. Pourtant aucune enquête n’a été ouverte dans ce sens», explique notre source.

Contacté à ce sujet, le représentant du Conseil de la ville affirme que «le taux des pannes a nettement baissé». S’agissant des disparitions des machines, on explique au niveau du conseil qu’il ne s’agit pas de vols. «Après le départ des Turcs nous n’avons pas effectué d’inventaire pour vérifier les stocks de machines», avance le responsable. A ce niveau, il est important de rappeler que suite au départ des Turcs, les responsables du conseil ont annoncé que ces derniers ont laissé près de 2 MDH dans la caisse, ainsi qu’une caution de 15 millions à la Banque Populaire. «Alors comment peut-on laisser ces sommes et voler des machines dont la valeur vénale ne vaut rien», déclare un conseiller.
Il n’empêche que si Casa Contrôle n’a pas toute la latitude pour gérer sérieusement le site, les conditions de travail, telles que décrites par les sources internes, pourraient continuer à se dégrader. Selon un autre élu, le conseil n’a pas la volonté de garder la gestion, même avec Casa Contrôle. «Il attend que la situation se dégrade pour tenter de trouver un opérateur privé», accuse-t-il.