«2015 s’achèvera sur une baisse de 2% de la consommation de ciment»

La tendance est incertaine pour les trois prochaines années, les mesures de relance qui seront prises par les pouvoirs publics dans le cadre de la politique d’habitat seront décisives .

Quelles sont vos prévisions pour le marché du ciment d’ici la fin de l’année ? 

Les 5 premiers mois de l’année en cours révèlent une stagnation, voire un recul du marché du ciment (-0,36%). Pour le reste de l’année, l’évolution dépendra de plusieurs facteurs, notamment les élections prévues en septembre. Un tel évènement en général booste les ventes de ciment. Ramadan et Aïd Al Adha sont en revanche des périodes où l’on constate une baisse générale de la consommation de 15 à 20%. La mise en œuvre des investissements prévus dans le cadre de la Loi de finances 2015 portant sur les infrastructures, et surtout les travaux de construction de logements menés par les ménages (auto-construction) ou par les promoteurs immobiliers sont entravés par la crise de la demande et le recul des mises en chantier. Sur la base de ces éléments, nous pensons que l’année s’achèvera sur une baisse de 2% de la consommation de ciment.

Et sur les trois prochaines années ? 

Plusieurs facteurs peuvent influencer positivement le marché du ciment au cours des trois prochaines années. Il s’agit particulièrement de la relance de l’économie et son impact, d’une part, sur le pouvoir d’achat des ménages, et, d’autre part, sur le programme d’investissements publics portant sur les infrastructures. Les mesures de relance qui seront prises par les pouvoirs publics dans le cadre de la politique d’habitat seront décisives pour les prochaines années.

Anticipez-vous des changements majeurs au niveau de la structure de l’offre, du fait de la conjoncture du secteur et du rapprochement en cours entre Holcim et Lafarge?

Le rapprochement, en cours, entre les deux opérateurs du ciment Holcim et Lafarge n’influera en rien sur l’offre qui est largement assurée par les capacités de production déjà en place.

Qu’en sera-t-il de l’évolution des prix du ciment sur les années à venir ? 

Cette évolution dépendra amplement des facteurs de production dont le prix de l’énergie qui occupe une part importante (plus de 60%) dans la structure du coût de production du ciment. Ces facteurs évoluent et prennent en compte le taux de l’inflation pour réajuster les prix.

Le contexte actuel et des prochaines années est-il propice à une croissance des profits des opérateurs ? 

Le secteur du BTP passe aujourd’hui par une conjoncture difficile qui s’est répercutée directement sur son chiffre d’affaires. Mais nous espérons qu’il va reprendre son élan et que la construction des logements va connaître une relance entraînant dans son sillage le secteur des matériaux de construction. La croissance démographique, l’urbanisation et le développement rapide des villes marocaines, et donc la demande qui en découle, devraient engendrer une plus forte dynamique au cours des prochaines années. 

L’arrivée de nouveaux opérateurs sur le marché du ciment vous semble-t-elle plausible sur les trois prochaines années ? 

Le marché du ciment est concurrentiel. Mais le secteur est très capitalistique. La décision d’y être opérateur relève de l’appréciation propre à tout investisseur.

A voir la part de ciment consommée pour la production du Béton prêt à l’emploi (BPE), qui reste relativement faible, le secteur de la construction semble encore peu industrialisé au Maroc. A quoi cela tient-il ?

Le changement des pratiques de construction est un processus long qui demande plusieurs années. La chaîne de valeur du secteur de la construction et particulièrement de la construction de logements est dominée par des entreprises traditionnelles, l’informel et les «mâalems» autodidactes. Il est important que les pouvoirs publics concernés agissent en partenariat avec le secteur organisé sur cette chaîne de valeur pour la moderniser et l’industrialiser. A titre d’exemple, et comme indicateur d’industrialisation, le taux de pénétration du BPE au Maroc n’est que de 7%, en Europe il est de 20%.

Un chantier auquel participe actuellement la Fédération des industries des matériaux de construction (FMC) concerne la création d’écosystèmes industriels de valorisation des matériaux de construction. Quel est l’intérêt de ces structures pour le secteur cimentier en particulier ? 

Il s’agit d’une initiative du ministère de l’industrie, du commerce, de l’investissement et de l’économie numérique qui rentre dans le cadre du Plan d’accélération industrielle. L’écosystème était envisagé initialement autour des filières de valorisation en cimenteries des déchets et a été élargi par la suite à l’ensemble du secteur des matériaux de construction impliquant les associations membres de la FMC. Cet écosystème industriel qui est en cours de finalisation va être bénéfique à l’ensemble des professionnels du secteur, les opérateurs et les utilisateurs des matériaux de construction avec des impacts positifs sur la création d’emplois, la valeur ajoutée et la balance commerciale du pays.