A Tanger, l’usine Siemens Gamesa tourne à plein régime 

A ce jour, l’usine Siemens Gamesa de production de pales éoliennes a créé 750 emplois et dispensé 350000 heures de formation, mais la grande inconnue reste le taux d’intégration. Avec un portefeuille de 1 212 MW au Maroc, l’ambassadeur du «made In Germany» se taille 69% de parts de marché.

Dans une ligne de production de l’usine de pales d’éoliennes Siemens Gamesa à Tanger, plusieurs ouvriers s’affairent pour remplir manuellement un moule géant en forme de pale avec une fibre en rouleau. A l’issue d’un procédé de transformation de matériaux composites, de travaux de finition, de peinture et d’assemblage final, les pales B63 Blade et G132 produites localement par la multinationale allemande sont soigneusement stockés avant d’être acheminés par convois spéciaux vers des parcs éoliens au Maroc et à l’étranger.

Taux d’intégration inconnu

«Le gros de la production est exporté», indique non sans fierté le ministre de l’énergie et des mines, Aziz Rebbah, lors d’une visite d’usine, organisée en marge d’un atelier sous le thème «Medias pour un futur renouvelable» qui a eu lieu le 7 novembre à Rabat et le 8 novembre à Tanger.

Le cador du PJD a fait le déplacement dans la ville du détroit pour vendre à la presse le partenariat maroco-allemand dans le secteur de l’énergie (voir encadré) et faire les yeux doux aux industriels allemands.

«La fibre que vous voyez là est importée de l’étranger, mais il est possible de la produire localement. Nous travaillons actuellement en partenariat avec le ministère de l’industrie pour que nous puissions fournir le maximum d’intrants à cette usine et à tous les futurs investisseurs dans le secteur des énergies renouvelables dans le cadre d’un écosystème dédié (voir encadré)», a ajouté M.Rebbah, dans une déclaration en aparté à La Vie éco.

Interpellé sur le taux d’intégration de l’usine Siemens Gamesa, celui qui est également maire de Kénitra n’a pas donné de chiffre exact, préférant évoquer l’impact en termes d’emplois et de rentrées de devises.

«L’usine compte un peu plus de 700 employés locaux qui fabriquent des produits destinés à l’export, c’est tout bénéf’ pour le Maroc», a rétorqué Aziz Rebbah.
S’il est difficile d’estimer le niveau d’intégration de cette nouvelle industrie implantée au Maroc, il est plus ou moins sûr que le taux d’intégration est encore modeste. A cela s’ajoute le fait que la pale n’est qu’une composante parmi tant d’autres d’une éolienne (mat, nacelle, rotor, etc.).

En clair, l’industrie éolienne en est encore à ses balbutiements malgré les efforts soutenus du gouvernement pour que la montée en puissance des énergies renouvelables dans le mix-électrique du Royaume profite à l’industrie locale.

Siemens Gamesa Tanger
Siemens Gamesa Tanger

Inaugurée en grande pompe en octobre 2017 dans la zone industrielle Tanger Automotive City, l’usine Siemens Gamesa est le fruit d’un investissement de 100 millions d’euros. A ce jour, l’unité a créé 750 emplois et dispensé 350000 heures de formation selon les chiffres les plus récents communiqués par l’entreprise.
Avec un portefeuille de projets éoliens totalisant 1 212 MW au Maroc et une part de marché de 69% (production et maintenance), Siemens Gamesa Renewable Energy (SGRN) fait tourner à pleine régime son usine tangéroise.

«Notre première ligne de production de la B36-10 vient de faire sa première livraison du projet de Midelt (350 MW). La seconde, ayant trait à la pale G132, a produit en septembre dernier sa 100e unité», confie Rajaa Hatim, responsable communication chez Siemens.

Interrogé par La Vie éco durant la visite sur les projets industriels à venir, le patron de SGRN au Maroc estime que la priorité de l’entreprise est de consolider sa présence.

«La production d’éoliennes produit la valeur ajoutée la plus importante. Aujourd’hui, la maturité de l’industrie éolienne fait que la pression sur les coûts est immense. Notre stratégie d’implantation industrielle est globale et dépasse le cadre strictement national. Au Maroc, il est très important de consolider ce noyau avant de monter en puissance. Cela dit, nous sommes ambitieux et satisfaits quant aux résultats de notre implantation», a-t-il détaillé.

Pour Aziz Rebbah, l’usine de Siemens Gamesa fait figure de modèle réussi en attendant le lancement de l’écosystème énergies renouvelables. A suivre.

Fondé en 2012, le partenariat énergétique maroco-allemand (PAREMA) est une plateforme centrale de dialogue institutionnalisé sur la politique énergétique entre l’Allemagne et le Maroc. «Les deux pays sont leaders de la transition énergétique sur leurs continents respectifs. Le Maroc possède un énorme potentiel en énergies renouvelables. De par sa proximité géographique et ses interconnexions électriques avec l’Europe, le Maroc pourrait être intégré dans le marché électrique européen. C’est dans ce sillage que PAREMA vise à faire avancer la transition énergétique dans les deux pays», peut-on lire dans un document édité par PAREMA. Le ministère de l’énergie et des mines au Maroc et le ministère fédérale de l’économie et de l’énergie en Allemagne œuvrent conjointement via un comité de pilotage et des groupes de travail thématiques pour mettre en œuvre le partenariat. Événementiel, formation, accompagnement des opérateurs privés et des ONG … sont autant d’outils par lesquels les deux partenaires concrétisent leur deal.

 

Annoncé par le ministre du commerce et de l’industrie, Moulay Hafid El Alami, durant l’inauguration de l’usine Siemens Gamesa en octobre 2017, l’écosystème des industries de l’énergie renouvelable se fait toujours attendre. Cet écosystème devra faciliter et encourager l’intégration industrielle des énergies vertes avec à la clé la même formule déployée dans l’automobile ou l’aéronautique. Selon notre confrère Les échos, une étude portant sur cet écosystème a été commanditée par le département de l’industrie début 2019. Confiée au cabinet Energy Handle et au cluster solaire marocain, l’étude devra fournir une synthèse de l’état des lieux du marché des énergies renouvelables aux niveaux national et à l’export et élaborer un plan de développement de l’écosystème industriel des énergies renouvelables, notamment en prenant en considération tout le potentiel du marché ainsi que les capacités et besoins des industriels nationaux. Toujours selon notre confrère, les auteurs de l’étude doivent proposer un contrat de performance type de l’écosystème EnR, fixant le cadre global d’accompagnement des projets industriels lesquels seront tous, par la suite, intégrés au Plan d’accélération industriel (PAI).

 

 

• 95 GW installé dans le monde

• 230 00 employés

• 10,2 milliards d’euros de revenus annuels

• 25,5 milliards d’euros de commandes

• 7 centres de compétences

• 50 bureaux de commercialisation