A peine 15% des équipements publics prévus par les plans d’aménagement ont été réalisés

Rabat, Fès et Tanger sont les mieux lotis avec 20% de réalisations. A Oujda, le taux descend à  8% seulement.
Faute de ressources financières suffisantes, les départements concernés s’abstiennent d’investir dans ces équipements
La complexité des procédures d’achat ou d’expropriation des terrains complique la situation.

On le savait déjà très faible, mais il ne s’améliore pas. Le taux de réalisation des équipements socio-collectifs prévus par les plans d’aménagement va de mal en pis et l’accélération de l’adoption des documents de l’urbanisme ces dernières années ne change rien à la donne. De l’avis de Toufiq Hejira, ministre de l’habitat et de l’urbanisme, «le Maroc vit une grave crise en matière d’équipements publics. Cela ne concerne pas que les régions rurales, les grandes villes sont aussi touchées». Pour illustrer ses propos, M.Hejira, qui intervenait lors d’un dîner-débat organisé par La Vie éco, le 21 janvier dernier (www.lavieeco.com), cite un chiffre assez éloquent : seuls 15% des équipements publics prévus par les plans d’aménagement ont été réalisés en 2009, soit 5 points de moins qu’un an auparavant. Or, et on ne le dit pas assez, la non-réalisation d’équipements socio-collectifs constitue un sérieux frein à l’investissement immobilier. Une route non réalisée ou des écoles non construites induisent le risque d’émergence de cités-dortoirs.
Les études d’évaluation des plans d’aménagement menées par le ministère de l’habitat et l’urbanisme tous les ans font un constat amer. Selon ces évaluations, les villes de Rabat, Fès et Tanger avec un maigre taux de 28% de réalisation font figure de premiers de la classe. Ce taux tombe à des scores ridicules dans les autres grandes villes comme Casablanca (17%), Settat (15%) et Oujda (8%). «Dans certaines petites villes, il descend même à 1% voire 0 %», se désole-t-on au ministère de l’habitat. Signalons qu’au 31 décembre dernier, les différentes agences urbaines du Royaume avaient homologué 30 nouveaux plans d’aménagement et deux schémas directeurs. Tandis que 465 autres plans d’aménagement étaient soit à l’étude (259), soit dans le circuit d’approbation (168), soit transmis au Secrétariat général du gouvernement pour avis (38).

Le ministère de l’habitat dégage sa responsabilité

Pourquoi une telle carence ? Le ministère de l’habitat explique que la réalisation des équipements publics n’est pas de son ressort. «Le ministère de l’habitat est tenu d’élaborer en collaboration avec les autorités locales les documents de l’urbanisme et de prévoir des lots de terrains pour les équipements collectifs et les espaces verts. Une fois ces documents adoptés et mis en œuvre, ce sont les administrations et les collectivités locales concernées par ces équipements qui doivent les réaliser. Le ministère de l’habitat ne peut tout simplement pas se substituer aux autres départements», clame M. Hejira.

Les promoteurs privés sont mis à contribution par les Agences urbaines

Reste que les ministères et départements concernés par ces équipements ne disposent pas des moyens pour les réaliser. «L’absence de ressources financières pour réaliser ces équipements est une évidence. Pourtant, on dirait qu’elle n’est jamais prise en considération au moment même de l’élaboration des documents», ajoute le ministre. De plus, la longueur et la complexité des procédures d’achat ou d’expropriation des terrains pour le compte des départements concernés ne facilitent pas les choses. C’est pour cette raison d’ailleurs que les cadres de ce département recommandent une révision des méthodes de projection des équipements afin de rendre les objectifs un peu plus réalisables.
«Les 15% de taux de réalisation des équipements publics posent plusieurs questions. Sommes-nous beaucoup plus optimistes que nos moyens nous le permettent au moment de l’élaboration des plans ? Est-ce que le problème se pose plutôt au moment de la réalisation ?», s’interroge M. Hejira .
Il n’en demeure pas moins que le département qu’il dirige essaye de trouver une solution pour régler ne serait-ce qu’une petite partie de cette problématique en obligeant les promoteurs privés à réaliser des équipements publics. «Lorsqu’elles négocient avec les promoteurs privés les projets de logements, les Agences urbaines leur demandent la construction d’un équipement. Certes, c’est un système gagnant/gagnant qui permet à toutes les parties de trouver un terrain d’entente, mais nous sommes dans le tort et ce ne sont pas les opérateurs privés qui sont censés réaliser ces équipements», explique le ministre de l’habitat et de l’urbanisme.  
Le problème se pose moins dans les villes nouvelles où le bras armé du ministère de l’habitat, Al Omrane, veille au grain. En effet, le holding public d’aménagement négocie généralement avec les promoteurs privés la construction de complexes immobiliers comprenant aussi bien des logements que des équipements publics.
«Al Omrane chiffre lui-même les besoins des villes qu’il lance, souvent en fonction du nombre d’habitants, pour fixer la liste des équipements nécessaires», explique-t-on chez l’opérateur.