A 23 ans, il se lance dans le meuble en kit et fait un tabac avec Mobilia

Au lieu de diriger l’affaire familiale,Mohamed Idrissi décide de
fonder la sienne.
Au bout de 10 mois, il reçoit des demandes de franchise à Meknès,
Tanger et Tétouan.
Il travaille aujourd’hui avec 65 fournisseurs dans 22 pays et son enseigne
réalise un chiffre d’affaires consolidé de 240 MDH.

Mohamed Soulaimani Idrissi est un parfait extraverti. Une bonne bouille, un sourire avenant et un tantinet séducteur, il se raconte sans complexe et sans inhibition. Naissance à Casablanca en 1975, au sein d’une famille aisée et nombreuse – sept frères et sœurs -, des études sans histoires. Après des études primaires et secondaires dans le pays, direction Liège où il obtient une licence en administration des affaires. Mais c’est à Londres qu’un MBA sanctionne son assiduité aux cours. Il n’a pas besoin de faire des petits boulots pour payer ses cours et ses séjours à l’étranger : papa, homme d’affaires florissant, veille à la dépense. Bref, ce garçon, né avec une cuillère en or dans la bouche, revient au bercail en 1995. Là encore, il n’a qu’à se servir et son père lui confie les destinées d’une unité d’outillage et de matériel industriel à Aïn Sebaâ. Il commence par se frotter aux méthodes de gestion des affaires et des hommes avant de co-gérer l’unité commerciale familiale pendant deux années.

Son père tenait à ce que l’ouverture du premier magasin se fasse un vendredi
Mais très vite, Mohamed Idrissi se sent à l’étroit sur ce parcours tout tracé : il veut se faire un nom. Pour lui, le problème n’est pas celui des moyens car, dit-il, «s’il est courant de renoncer à livrer combat pour raison de dénuement, il est encore plus aisé de se laisser happer par la facilité». Et, tout en veillant sur les affaires du père, «l’idée» fait son chemin. En fait, elle n’est pas nouvelle car, alors qu’il était en stage chez Ikea en Belgique, l’obsession de monter une affaire de meubles en kit commençait déjà à lui trotter dans la tête. Parallèlement à ses activités, le futur fondateur de Mobilia tâte donc le terrain, visite le marché parallèle, consulte. Le deuxième pas sera sa demande de contrat de franchise à Ikea. Sa candidature n’aura pas de succès et le géant suédois de la distribution du meuble en kit lui assène une réponse sèche : «Votre candidature est intéressante, malheureusement le marché marocain n’est pas retenu comme une priorité par notre groupe, actuellement. Refaites-nous une proposition dans 5 ou 6 ans». C’était en 1997.
Nullement rebuté par cette fin de non recevoir, il continue à prospecter, convaincu qu’il est dans les chances de succès de son projet. Une conviction d’autant plus ancrée que, Kitéa, enseigne marocaine a déjà fait ses premiers pas sur le marché depuis 1993 et semble bien se porter. Bref, durant toute l’année 1998, il lance d’autres recherches, voyage en Europe, contacte différents fournisseurs et, finalement, se décide à ne compter que sur lui-même.
En 1998, il est prêt. Mohamed Idrissi, du haut de ses 23 ans, a pris le soin de préparer une gamme de 1 500 articles, essentiellement constituée de chambres à coucher, salles à manger et meubles de bureaux, et d’en étudier les prix. «Mon atout était de n’avoir pas la contrainte d’un retour immédiat sur investissement», confie-t-il.
Et Mohamed Idrissi de se souvenir : «Ma famille est conservatrice et tout le monde, mon père en tête, tenait à ce que l’ouverture se fasse un vendredi, après la prière. Je ne m’en étais pas rendu compte mais le vendredi choisi était un vendredi 13. Je suis passé outre la superstition et le résultat a été plus que probant».

Il pense exporter son concept dans d’autres pays africains
Mohamed Idrissi et sa famille mettent 2 MDH, entièrement libérés, dans l’affaire et passent une commande pour 2 autres millions, avec facilités de paiement. Le local de 500 m2 (aujourd’hui 2 000 m2) situé sur l’avenue du Phare, à Casablanca (quartier Bourgogne), appartient à la famille. Ce vendredi-là, dans le seul après-midi de l’ouverture du magasin, Mohamed Idrissi, qui s’occupait de la caisse, compta une recette de 30 000 DH, qui sera doublée les samedi et dimanche suivants. La réussite est si fulgurante que, passées les premières semaines, il est en rupture de stock et les clients manifestent des signes de mécontentement. Heureusement, il réagit rapidement et prend langue avec ses fournisseurs les suppliant de le réapprovisionner sans délai. La situation est redressée.
Dix mois plus tard, le succès est tel que des commerçants de Meknès, Tanger et Tétouan lui demandent une franchise, alors qu’il vient à peine d’affiner son concept. Il était alors loin d’imaginer qu’il venait de lancer la chaîne qui compte aujourd’hui 18 magasins (avec un chiffre d’affaires consolidé de 240 MDH) dont 8 en propre, totalisant un effectif de 200 personnes. Au départ, avec les cinq employés que comptait le premier magasin, aujourd’hui siège de Mobilia, son ambition n’était pas de lancer un réseau. Il était loin de prévoir, à ce moment-là, le développement formidable qu’allait connaître son concept, la nécessité de créer une centrale d’achat avec ses 65 fournisseurs éparpillés dans 22 pays et lui livrant 5 000 références. «Bientôt, Mobilia aura des acheteurs dédiés l’un à l’Asie, l’autre à l’Europe et le troisième au marché local où nous achetons tout ce qui est produits de décoration», explique Mohamed Soulaimani Idrissi. Aujourd’hui, la chaîne projette de s’élargir vers l’Afrique, notamment au Sénégal, en Mauritanie et en Tunisie. Mais, auparavant, 2004 verra l’ouverture d’un cinquième magasin à Casablanca et de deux autres à Mohammédia et El Jadida