90 entreprises ont fermé au Maroc en 2011 contre 128 une année plus tôt

Le nombre d’entreprises qui ont recouru à  la réduction des effectifs a aussi fléchi de 34%. Les conflits sociaux ont en revanche sensiblement augmenté. La commission nationale de conciliation a réglé 19 conflits contre 15 en 2010.

L’impact de la crise économique internationale, qui a commencé à se faire ressentir au Maroc à partir de 2009 et surtout en 2010, semble s’être légèrement estompé en 2011. Le niveau de croissance réalisé au cours de cet exercice, et qui a été revu légèrement à la hausse (à 5%) il y a une semaine, à l’occasion de la publication des comptes nationaux, témoignerait d’une baisse de l’intensité des effets de la crise, du moins à en juger par la diminution, toute relative, des fermetures d’entreprises et des autres moyens utilisés pour faire face à la contraction de l’activité.

En effet, le nombre de fermetures d’entreprises en 2011 a chuté de près de 30% par rapport 2010 : 90 fermetures au lieu de 128. De la même manière, le nombre d’entreprises qui ont recouru à la compression d’effectifs a baissé de 34%, à 76 entreprises contre 115 un an auparavant. Les entreprises qui se sont contentées de réduire le temps du travail pour affronter la baisse des carnets de commande ont, elles, été au nombre de 62, au lieu de 86 en 2010, soit un recul de 28%.

Cependant, ces statistiques peuvent ou doivent même être lues d’une autre façon. Dans la mesure où on ne sait pas si les entreprises fermées pendant l’année N ont été rouvertes l’année N+1, si celles qui ont comprimé, ont réintégré les salariés et si celles qui ont réduit le temps du travail l’ont rétabli dans sa durée légale, ces chiffres, forcément, s’additionnent et ne se soustraient pas. En d’autres termes, et en l’absence d’autres indicateurs, les 90 fermetures de 2011, par exemple, sont certes moins élevées que celles intervenues en 2010, mais les deux chiffres des deux périodes se cumulent. Ceci, suivant la logique, presque mathématique, qui veut qu’après des hausses successives à la fois des fermetures d’entreprises, des compressions d’effectifs et des réductions du temps de travail (voir graphe), il est bien normal que le «mouvement» baisse quelque peu en intensité.

Les conflits sociaux, eux, n’ont pas baissé en intensité, ils se sont même exacerbés vu le nombre de grèves déclenchées, qui a presque doublé entre 2010 et 2011, en passant de 241 à 474 grèves respectivement. Sans parler des grèves évitées dont le nombre est passé de 825 à 930 entre les deux années. Est-ce que cette exacerbation du mouvement de protestation a été pour quelque chose dans le recul du nombre de licenciés ou de fermetures ? La question reste posée.

31 000 emplois perdus dans l’industrie

Il faut se rappeler que 2011 a été une année où les grondements de la rue arabe avaient atteint leur paroxysme et les pouvoirs publics ici comme ailleurs ont tout fait pour en atténuer l’ampleur. La traduction, sur le strict plan de l’emploi, a été, par exemple, l’activation de la commission nationale de conciliation qui a pu tout de même réglé 19 conflits contre 15 en 2010. Les commissions provinciales d’enquête et de conciliation en ont également résolu 10 sur une trentaine dont elles ont été saisies. Bref, la conflictualité, bien que demeurant élevée, a pu, dans une certaine mesure, être gérée par les moyens institutionnels existants, et cela pourrait expliquer aussi le reflux du nombre de fermetures et de licenciements.

Malgré tout, l’emploi, dans le secteur productif en particulier, s’en est trouvé affecté.

En tout cas, les données du Haut commissariat au plan (HCP) corroborent ce constat. Suivant ces données, l’essentiel de l’emploi créé en 2011 l’a été dans le secteur des services et, plus exactement, dans des activités informelles et précaires. Le secteur productif, en revanche, n’a apporté aucune contribution aux créations d’emplois. L’industrie, en particulier, a même perdu 31 000 postes.

Qu’en sera-t-il de 2012 ? Les premiers mois de l’année, en tout cas, ne paraissent pas s’inscrire dans la continuité de 2011, et comme nous l’avions signalé ici (voir Article), plus de 100 000 emplois ont déjà été perdus !