90 000 logements menacent de s’effondrer

Chaque année, au Maroc,
200 logements s’écroulent.
Une stratégie d’intervention mise en place par l’Intérieur
et l’Habitat pour l’éradication de l’habitat menaçant
ruine.
Un fonds spécial est prévu pour
le relogement des sinistrés et la réhabilitation des logements.

Voir le toit de sa demeure s’effondrer, une tragédie que de nombreuses familles marocaines ont vécue. Chaque année, ce sont en moyenne près de 200 logements qui s’effondrent dans les quatre coins du Maroc et la cadence est en train de s’accélérer. «C’est une hémorragie», constate, amer, Mohamed Najib Halimi, directeur de l’habitat social et des affaires foncières du ministère chargé de l’habitat et de l’urbanisme. Les derniers effondrements de maisons, il y a une quinzaine de jours, à Tanger, ont montré, encore une fois, que l’habitat menaçant ruine au Maroc est aussi problématique que les bidonvilles et l’habitat anarchique. Pour y faire face, le ministère de l’habitat a mis en place un programme national d’intervention, piloté par une commission composée de responsables du ministère de l’intérieur et de l’habitat. Au total, ce sont près de 90 000 logements qui sont concernés. Ce programme concernera ainsi toutes les constructions dégradées ou en souffrance, celles qui menacent ruine et celles en souffrance ultime. Il touche toutes les régions du Maroc.

Classer les habitations,
les inspecter et intervenir dessus en concertation avec les autorités locales
Une stratégie d’intervention a été ainsi mise en place. «Sa réussite repose cependant sur l’implication, à l’échelle régionale, de tous les acteurs et intervenants, collectivités et autorités locales et citoyens concernés», souligne le directeur de l’habitat social. En outre, l’intervention s’opérera sur la base d’un diagnostic effectué par les services de la ville. «Nous avons déjà effectué une formation pilote pour des techniciens de communes urbaines à Fès dans ce sens», souligne M. Hilmi. Sont pris en compte des critères comme les fissures des murs et poteaux, leur humidité, la qualité des matériaux, la protection de la construction (absence de revêtement des façades, d’étanchéité,…) ou encore l’entretien de la construction (négligence en cas de location, manque de moyens…).

Reloger ou conforter la construction existante ?
Ce diagnostic définira par la suite l’intervention du programme national de lutte contre l’habitat menaçant ruine. Deux degrés d’intervention ont ainsi été retenus par la commission bi-ministérielle. Le premier degré suppose un état d’insalubrité avancé, les logements menaçant ainsi de s’effondrer à tout moment. «Pour cette catégorie, l’intervention prendra la forme d’une opération de relogement ou de recasement, au même titre que pour les habitants des bidonvilles», souligne le directeur de l’habitat social et des affaires foncières. Quant au second degré, l’intervention des autorités compétentes prendra la forme d’un confortement des structures du logement. Cette opération sera financée par un fonds qui sera créé à cet effet. Il sera alimenté au tiers par le Fonds spécial habitat (FSH), les communes concernées et les bénéficiaires. Dans des villes particulièrement touchées par ce phénomène (Fès, par exemple, où 3 000 maisons sur les 11 000 que compte la médina menacent ruine), des fonds régionaux ayant la même configuration seront créés.

L’application de cette stratégie risque de buter sur de nombreux problèmes. «Ce sont des problèmes que nos équipes actuellement sur le terrain rencontrent tous les jours», précise le responsable. Arrive en tête l’insuffisance de documents d’information géographique sur les sites à risque, la défaillance dans la mise en place des plans de sauvegarde des médinas ainsi que l’absence d’une politique de rénovation urbaine.

Zoom
50 % des batiments en médina sont dégradées

L’essentiel des tissus d’habitation fragiles, et donc menaçant ruine se trouve le vieilles médinas. Selon une enquête sur, logement réalisée en 2001, 50% des constructions du parc historique sont dégradées et 10% menacent ruine. La fragilité est également une caractéristique des « nouvelles médinas », parcs d’habitation construits durant le Protectorat. Arrive par la suite l’habitat clandestin construit sur des terrains accidentés, avec des infrastructures de base défaillantes. Résultat : des constructions sans aucune étude technique et la médiocrité des qualités de réalisation.