9 600 accidents du travail à  Casablanca en 2006

Pour la première fois, une étude à grande échelle menée. 22 secteurs concernés
Le BTP arrive
en tête, suivi du textile
Chutes, électrocutions, accidents dus aux machines… de nombreuses causes.

Pour la seule ville de Casablanca, 9 600 accidents du travail ont été déclarés en 2006. C’est ce qui ressort d’une enquête récemment bouclée par le ministère de l’emploi et de la formation professionnelle. Cette étude, réalisée à partir des copies des déclarations d’accidents reçues par les délégations préfectorales du ministère de l’emploi, concerne quelque 22 secteurs d’activité dont, principalement, la confection, le bâtiment et travaux publics, la métallurgie-mécanique, la chimie-parachimie, le transport, les banques, l’électricité et l’hôtellerie et restauration.

Il ressort de cette enquête que c’est dans le bâtiment qu’est enregistré le plus grand nombre d’accidents. Ce secteur d’activité arrive en effet en tête de peloton avec 1 130 sinistres. Autre donnée à relever, ce secteur totalise 24,3% des accidents du travail mortels enregistrés en 2006.

L’étude du ministère relève par ailleurs que les accidents du travail dans le secteur du bâtiment sont dus à six causes : les chutes de hauteurs, les chutes d’objets et éboulements, le port de fardeaux, les accidents dus aux machines et outils, la circulation et les trajets et, enfin, l’électrocution. Et ce sont les chutes de hauteurs qui ont été à l’origine du plus grand nombre d’accidents dans le secteur, soit 127 accidents.

Viennent ensuite les chutes d’objets et les éboulements, avec 90 accidents. La manutention, quant à elle, a causé 74 accidents et l’électrocution arrive en dernier avec 7 accidents.
Les résultats de l’enquête concernant le bâtiment ne sont pas surprenants et n’ont rien d’exceptionnel puisque cette branche d’activité présente de gros risques. Malheureusement, en l’absence des chiffres des années antérieures, on ne peut se prononcer sur l’évolution du nombre d’accidents du travail dans le secteur.

Cela est tout aussi valable pour les autres industries puisque c’est la première fois qu’un tel travail est effectué. Mais, selon des sources dans le milieu de l’assurance, le nombre d’accidents du travail dans tous les secteurs confondus devrait s’inscrire à la baisse «puisque les entreprises sont aujourd’hui appelées dans le cadre de la conformité sociale à se mettre à niveau en matière de sécurité et d’hygiène», fait remarquer un assureur de la place.

L’informel pose un problème insoluble
Ce dernier note également que la majorité des entreprises du secteur, et particulièrement celles structurées, ont toutes souscrit l’assurance accident du travail, devenue obligatoire, depuis la réforme de 2003 instituée par la loi 18-01 sur l’accident du travail, qui a également fixé une majoration de 12% de la prime de l’accident du travail.

Après le bâtiment, c’est le secteur du textile qui vient au deuxième rang en terme de sinistralité avec 932 accidents du travail en 2006. Dans le secteur du textile, les accidents du travail sont généralement dus à la manipulation des machines et causent parfois de graves infirmités.

Un syndicaliste raconte que dans le secteur du textile les accidents du travail posent particulièrement problème lorsqu’ils surviennent dans des entreprises informelles. Dans la plupart des cas, l’employeur prend en charge les frais engagés pour les soins de l’employé ou, parfois, lui donne «une petite indemnité qui lui permettra de vivoter quelque temps, même si l’incapacité de travail est importante. Ce qui est malheureux !».

Dans tous les cas, l’enquête sur les accidents de 2006 permet d’évaluer le phénomène et, surtout, permettra une prise de conscience aussi bien au niveau des pouvoirs publics que des entreprises, quant à l’utilité de la généralisation et de l’obligation de la souscription à l’AT. D’ailleurs, la loi 18-01 prévoit de lourdes sanctions à l’encontre des entreprises réfractaires.
Rappelons qu’un délai de grâce de trois années (2003-2006) avait été accordé pour donner le temps à tout le monde de se mettre en règle.

L’accident du travail n’est en effet pas un risque négligeable puisque, selon les statistiques de la CNSS, quelque 65 000 accidents du travail sont déclarés annuellement. Ce qui revient à dire que l’on a environ 40 cas pour 1 000 salariés. Autre donnée significative à retenir : les assureurs précisent que 50% des notifications que reçoivent les compagnies sont faites au titre des accidents du travail.
Des chiffres qui expliquent l’engorgement des tribunaux. Et c’est pour y remédier que le ministère de l’emploi a présenté, en mai dernier, un projet de réforme des procédures de règlement de l’AT. Cette réforme, si elle est adoptée, devrait entrer en vigueur en 2008. Elle favorise la conciliation entre assurés et assureurs. Ce qui revient à dire que le recours à la justice sera une exception.

Par ailleurs, le projet prévoit une revalorisation des rentes pour les veuves et les ayants droit handicapés des accidentés du travail.
L’initiative est louable mais encore faut-il que les entreprises jouent le jeu !