80 000 triporteurs circulent au Maroc, combien sont homologués ?

Leurs propriétaires les conduisent sans permis, alors que la plupart sont d’une cylindrée supérieure à  50 cm3. Ils servent aujourd’hui aussi bien au commerce qu’au transport de personnes. L’INDH a dopé leur commercialisation.

On en voit de plus en plus, en ville comme à la campagne. Les triporteurs, ces véhicules à trois roues, munis d’une petite benne à l’avant, prolifèrent et l’Initiative nationale de développement humain (INDH) a été parmi les facteurs déterminants dans ce développement puisque le programme a permis à plusieurs petits promoteurs de diverses régions d’acheter ce type d’engins. Certains s’en servent pour transporter différents types de marchandises, d’autres les aménagent en tant que petits véhicules isothermes pour commercialiser des produits périssables, ou encore en tant que petits ateliers ambulants pour électriciens, menuisiers ou ferronniers. Bien entendu, la demande génère parfois des effets inattendus. Certains les utilisent pour le transport de voyageurs sur de courts trajets et en ont fait un petit business. Dans les circonstances particulières comme Aïd Al Adha, les triporteurs sont destinés au transport des bêtes.
D’après les estimations des professionnels, il existe plus de 80 000 triporteurs au Maroc, dont 50% ont été assemblés par des industiels locaux, les pièces détachées étant bien sûr importées. Et ce parc ne cesse d’augmenter puisque les importations sont en hausse permanente. Ces deux dernières années, entre 20 000 et 24 000 unités par an ont été introduites sur le marché, dont la majorité provient de la Chine.

Ils coûtent entre 16 000 et 18 000 DH l’unité

Leur utilité étant prouvée, il n’en reste pas moins que ces véhicules s’inscrivent en dehors du cadre légal. En effet, plus de 90% d’entre eux circulent en infraction à la réglementation en vigueur. Selon les industriels, la plupart de ces véhicules sont enregistrés dans la catégorie des moteurs ayant une capacité de moins de 50 centimètres cubes, c’est-à-dire qu’ils sont assimilés aux simples petites motocyclettes à deux roues. Or, au vu de l’usage auquel ils sont destinés, la plupart disposent d’une puissance d’au moins 150 cm3. Il s’agit tout simplement d’une falsification qui vise à échapper à la réglementation qui assujettit les utilisateurs de ces engins à un permis de conduire et à une carte grise ainsi qu’à l’obligation de contracter une police d’assurance plus chère. Et pourtant, les autorités de tutelle ont essayé d’imposer le respect à cette réglementation.
Au lendemain de l’entrée en vigueur du nouveau code de la route en octobre 2010, des campagnes ont été menées par les services de contrôle en collaboration avec le ministère du transport au bout desquelles plusieurs triporteurs ont été saisis. Mais pas pour longtemps, car ils ont été vite rendus à leurs propriétaires. Depuis, les autorités ferment les yeux. Et pour cause, dans le cadre de l’INDH, par exemple, les projets dans lesquels ces engins sont l’outil de travail sont très nombreux.

Les industriels et usagers ont jusqu’à décembre pour se mettre en règle

Or, l’obligation du respect strict de la réglementation en matière de code de la route risquait de bloquer l’accès à ces moyens de promotion socio-économique pour la catégorie sociale défavorisée.
Normalement, il faut débourser 400 à 800 DH pour les frais d’immatriculation et 1 230 DH par an pour l’assurance sans compter les dépenses relatives au permis de conduire qui totaliseraient quelque 2 500 DH. «C’est un coût qui n’est pas à la portée des utilisateurs de ces véhicules», estime un autre professionnel. Un vrai dilemme auquel sont confrontées les autorités. Les considérations sociales, conjuguées aux effets du printemps arabe et la forte demande pour un produit relativement abordable (entre 16 000 et 18 000 DH) qui pallient, dans certains quartiers, la défaillance des services publics de transport, ont poussé à la non-application de la réglementation à ce genre d’usagers de la route.
D’ailleurs, une source proche du Centre national d’essais et d’homologation a confié que l’Etat «s’est retrouvé dans l’impossibilité d’appliquer à la lettre la loi et  a donné aux propriétaires un délai pour s’y conformer du fait que les triporteurs font vivre 80 000 familles». Plus précisément, ils pourront circuler sans souci jusqu’au début de 2013. C’est à partir de cette période que les «les contrôles seront plus stricts», selon la même source.
Dans un tel contexte, rares sont les opérateurs, industriels ou importateurs, à faire les démarches pour l’homologation de leurs marques pour pouvoir résister à la concurrence. Ils continuent à commercialiser leurs triporteurs en déclarant une puissance des moteurs inférieure à 50 cm3. Quant à ceux qui tiennent à respecter la loi, dont notamment Tri Atlas Motors, ils en font les frais. «C’est triste de laisser se développer une activité dans l’illégalité sous prétexte qu’elle joue un rôle social alors qu’elle constitue un danger pour les citoyens à cause de ces engins non homologués techniquement ainsi que du manque d’assurance qui pourraient endommager les victimes potentielles», regrette, à juste titre, le représentant de cette société basée à Marrakech.