71% de nos exportations sont des importations retravaillées !

Le textile et les faisceaux de cà¢bles et composants électriques sont les premiers secteurs concernés par le travail à  façon. Ils génèrent 75% de la valeur ajoutée créée à  la suite de l’admission temporaire.

Le Maroc serait-il une sorte de simple atelier ? Les chiffres du commerce extérieur supposent une réponse affirmative. Sur les 174 milliards qu’ont rapporté les exportations en 2011, 123 milliards correspondent à des biens réexportés suite à des importations sous le régime de l’admission temporaire pour perfectionnement actif (ATPA), soit 71%. Ces réexportations ont même progressé d’environ 17% par rapport à l’année précédente. Ce qui veut dire que nos performances à l’export contribuent à l’aggravation de notre déficit commercial par le biais des intrants importés !

A elle seule, l’Europe a absorbé 90% du total. Dit autrement, le Vieux Continent reste le principal donneur d’ordre du Maroc. Pour preuve, les 8,2 millions de tonnes d’intrants qu’elle a fournies en 2011 totalisent 67 milliards de DH, soit 18,8% de la valeur globale des importations contre 17,2% une année auparavant. Ces importations en ATPA sont en hausse de 31%.

Le textile et les faisceaux de câbles et autres composants pour l’électricité sont les plus gros contributeurs avec 22% et 14,5% de la valeur totale des exportations en ATPA, et génèrent à eux seuls 75% de la valeur ajoutée créée à la suite de l’admission temporaire, soit environ 14,7 milliards de DH sur un total de 19,5 milliards. Toutefois, ces deux secteurs n’évoluent pas au même rythme. A fin 2011, le textile a généré une valeur ajoutée de 7,9 milliards DH contre 8,2 milliards en 2010, soit un recul de 4%. «Le secteur accuse le coup à cause de la baisse notable de la demande des donneurs d’ordre au niveau du marché traditionnel du Maroc, l’Europe en particulier, sans compter la baisse des prix pour faire face à la concurrence acharnée d’autres pays, notamment la Chine et la Turquie», explique une source à la division chargée du textile au ministère du commerce, de l’industrie et des nouvelles technologies. En guise d’exemple, le segment de la chaussure a été sévèrement mis à mal vu que les marchés français et espagnol représentent 70% de ses commandes. De plus, cette bran-che subit de plein fouet les effets du retrait partiel de Kamper d’une grande partie de ses activités au Maroc.

Toutefois, en dépit de tous ces paramètres défavorables, les exportations globales du textile à fin 2012 auront progressé de 2 à 3%, selon les chiffres provisoires du ministère du commerce et de l’industrie, alors que l’Association marocaine des industries du textile de l’habillement (Amith) s’attendait à une stagnation (voir La Vie éco du 28 décembre 2012).

Hausse de la valeur ajoutée de l’industrie des câbles électriques et composants électroniques

A l’inverse, le secteur de l’industrie des câbles électriques et composants électroniques a généré une valeur ajoutée globale d’environ 6,7 milliards DH contre 5,8 en 2010, soit une augmentation de 17%. Selon le ministère du commerce et de l’industrie, les réalisations de ce secteur ont été en deçà de ses capacités, et ce, à cause de la crise qui s’est déclenchée en 2008. Mais, depuis deux ans, l’activité a commencé à reprendre et l’on assiste aujourd’hui à l’arrivée de nouveaux entrants tels que les équipementiers Fujikura, Yazaki, Sumitomo et Delphi. Ces derniers se sont installés récemment à Kénitra ou ont choisi cette ville pour l’extension de leurs unités principales de Tanger. Le regain d’activité observé, conjugué aux efforts d’intégration de la chaîne, fait progresser la création de valeur au niveau de ce secteur phare de l’export.
Par exemple, la société Coficab a monté une deuxième unité à Kénitra pour traiter le cuivre de plaque en fil, et fournir les fabricants de faisceaux qui n’avaient pas de fournisseur local et se trouvaient obligés d’importer en ATPA.

La société Tyko, pour sa part, est en train de développer le procédé de l’injection plastique pour modeler les connectifs (extrémités qui joignent deux faisceaux). Ainsi, le secteur intègre ses chaînes et monte de plus en plus en gamme, après s’être limité à ses débuts à une activité basée essentiellement sur la main-d’œuvre.

Il est à noter, d’une part, que l’ATPA représente 83% des exportations réalisées sous régimes économiques douaniers (RED), le reste est constitué d’ exportations dans le cadre d’admission temporaire simple (AT) ou d’entrepôt. D’autre part, la structure des exportations marocaines, largement dominée par les réexportations en d’ATPA, aggrave la concentration sur le marché traditionnel de l’Europe (58% des importations), avec tout ce que cela suppose comme dépendance vis-à-vis de ses donneurs d’ordre.