6 000 tonnes de menthe prennent l’avion pour être exportées chaque année par le Maroc

La compagnie nationale capte l’essentielle de cette activité, mais ses parts de marchés ont baissé. Moins rentable que l’activité passagers, la menthe peut parfois être laissée au sol faute de place. L’ensemble des herbes vertes constitue le quart des expéditions en cargo.

Chaque fois que vous prenez l’avion, vous voyagez en compagnie des herbes vertes et plus spécialement de la menthe marocaine qui est transportée, non pas sur des sièges, mais dans les soutes des différents avions qui décollent de l’aéroport Mohammed V. En effet, les compagnies aériennes cherchent depuis longtemps à optimiser la gestion des déplacements de leurs avions dans le monde. Bon an mal an, ce sont autour de 6 000 tonnes d’herbes vertes, dont essentiellement la menthe, accompagnée de l’absinthe, le persil et le coriandre durant les périodes de Ramadan, qu’elles transportent, comme par exemple en 2011, vers les différentes capitales européennes et jusqu’au Canada. Durant les 4 dernières années, Royal Air Maroc a capté 75 à 95% de ce type de fret. Son 737-300 cargo dédié au seul transport de marchandises s’est avéré insuffisant pour acheminer toute cette marchandise, alors les autres compagnies qui ont aussi flairé les opportunités s’y sont mises, y compris les gros porteurs des grosses compagnies du Moyen-Orient. Et n’allez pas croire que les transporteurs low-cost font la fine bouche pour ce genre de marchandises. D’ailleurs, la RAM a vu ses parts de marché sur les herbes vertes reculer au cours des dernières années. Elles sont passées de 96% en 2009 à 76% en 2011. De 5 900 tonnes, le volume transporté par la compagnie nationale est tombé à 4 008 t.

Le transport des herbes fraîches se fait principalement à partir de l’aéroport Mohammed V

Cette évolution est également due à la concurrence du transport par camions, alors que le nombre d’exportateurs marocains des herbes fraîches est d’une dizaine d’opérateurs réguliers sur l’année, dont une partie sont des producteurs et le reste composé de négociants pour le compte de clients ou de grandes surfaces à l’étranger. La baisse peut aussi être appréciée sous un autre angle. Il arrive en effet que la menthe verte, ou les autres herbes vertes, soit «débarquée» pour manque de place. De fait, les compagnies aériennes privilégient le transport des passagers, plus juteux. Ainsi, même si les réservations du fret marchandises se fait à J-3, il arrive qu’un avion qui a failli partir à 20 ou 30% vide fasse subitement le plein. Là, il faut faire un choix car un avion a une capacité qu’il n’est pas question de dépasser et c’est au commandant de bord de la calculer et de décider de ce qui doit attendre le prochain vol. Et c’est la menthe verte qui est souvent renvoyée dans la chambre froide de la RAM.
La compagnie dit accorder une attention particulière aux denrées périssables (les produits de l’agriculture et de la pêche) et garantit leur fraîcheur pour qu’ils soient bien placés sur les marchés étrangers. Mais en fonction des disponibilités, le fret peut être accepté 3 heures avant le décollage. La gestion de ce genre de produits est délicate parce qu’à la moindre négligence, c’est un gros chiffre d’affaires qui peut être perdu parce que les grandes chaînes de distribution sont extrêmement pointilleuses sur la qualité et les délais de livraison.
Le transport de marchandises et d’herbes fraîches se fait principalement à partir de l’aéroport de Mohammed V et dans des proportions moindres à partir de Rabat et Marrakech qui sont aussi des plateformes d’expédition. La RAM entend bien circonscrire le recul de ses parts de marché sur les herbes vertes. Elles ne représentent que 2% du volume global de fret transporté en 2011, mais constitue 20% de l’activité cargo. En ces temps de crise, aucune source de revenus pérenne n’est négligée.