4,5 milliards de dollars à  investir pour le développement du gaz naturel liquéfié

L’objectif sera d’en faire une importante source d’énergie électrique à  partir de 2021. Plusieurs centrales à  cycles combinés de gaz seront construites pour une capacité additionnelle de 3 900 Mw. Une fois le code gazier adopté, le GPL pourra être distribué aux industriels.

«C’est un cadeau de fin d’année !». C’est en ces termes que Abdelkader Aâmara, ministre de l’énergie, des mines, de l’eau et de l’environnement, a conclu sa présentation du plan national pour le développement du gaz naturel liquéfié (GNL), faite à Rabat le 16 décembre. Un cadeau, cette feuille de route l’est parce qu’elle n’était pas attendue pour aujourd’hui, du moins pas dans cette forme. En principe, le département de tutelle devait concevoir un code gazier pour lancer une stratégie nationale de développement du secteur gazier dans toutes ses formes. Or, comme tient à le préciser Ali Fassi Fihri, DG de l’ONEE, «les défis actuels ne nous permettent plus d’attendre le code gazier pour arrêter le schéma de développement du GNL».

Ce n’est un secret pour personne : dans sa quête d’une indépendance énergétique, le Royaume a engagé de lourds investissements pour le développement et la diversification de ses sources d’énergie. Jusque-là, c’était principalement l’éolien et le solaire qui captaient davantage l’attention de l’Etat, au détriment du développement du GNL. Or, la production énergétique à partir de ces deux sources est généralement marquée par une intermittence à cause des aléas climatiques. Il fallait donc miser sur une autre source énergétique «propre» qui viendrait en complément à l’éolien et au solaire. Aux yeux des pouvoirs publics, c’est le GNL qui est le mieux placé pour jouer ce rôle. La seule condition est d’y investir le plus tôt possible vu que la réalisation des infrastructures gazières nécessite plusieurs années de travaux. C’est pourquoi le ministère de tutelle s’est empressé de sortir cette feuille de route des tiroirs, sans attendre le code gazier. En tout, l’investissement global nécessaire pour le développement du GNL s’élève à 4,6 milliards de dollars, soit près de 45 milliards de DH. Plus de la moitié de cette enveloppe (2,4 milliards de dollars) sera consommée par les infrastructures gazières tandis que le reliquat devra financer les installations électriques qui vont avec. «Ces investissements seront réalisés dans leur majorité par des partenaires privés et institutionnels», souligne Abdelkader Aâmara.

Un besoin en GNL de 5 milliards de m3 en 2025

Concrètement, le plan du ministère se compose de deux parties. La première, appelée «Gaz to power», consiste en  mesures permettant de faire du gaz une source importante de production de l’énergie électrique. Il est prévu dans ce cadre que la demande en énergie électrique connaîtra une croissance annuelle moyenne de 6,1% entre 2014 et 2016 et de 6,2% entre 2017 et 2025. En tout, l’énergie nette appelée à l’horizon 2025 attendrait 65 TWh (Terawatts par heure), soit trois fois la demande actuelle. Pour y faire face, le Maroc aura besoin de développer, entre 2020 et 2025, une capacité additionnelle de 3 900 Mw à travers des centrales à cycles combinés de gaz. Ces capacités viendraient ainsi s’ajouter aux 15 000 Mw qui découleront de la concrétisation, entre 2015 et 2020, des différents projets énergétiques en cours. L’ONEE a d’ores et déjà des sites identifiés pour abriter potentiellement ces centrales. Il s’agit d’abord du terminal GNL de Jorf Lasfar qui abritera les deux premières centrales d’une capacité de 600 Mw chacune. Mohammédia et Kénitra accueilleront deux autres centrales de 450 Mw. L’ONEE dispose par ailleurs d’un portefeuille de sites comme ceux de Dhar Eddoum et Oued Al Makhazine (au sud de Tanger) pouvant abriter une capacité de 1 200 Mw chacun. En tout, les sites potentiels peuvent accueillir des centrales électriques à cycles combinés d’une capacité globale de 6 300 Mw. Grâce à ces capacités, il est inéluctable que la production électrique à partir du GNL deviendra un créneau important pour l’ONEE. Dans cette situation, les besoins annuels du Maroc en gaz devront atteindre des niveaux record durant les 10 prochaines années. Les estimations du ministère tablent sur un besoin global de
5 milliards de m3 à l’horizon 2025. C’est pourquoi les premières actions prévues dans le cadre de la nouvelle feuille de route seront consacrées à assurer l’approvisionnement du Royaume en cette matière.

Vers une indépendance  vis-à-vis du gaz algérien

Actuellement, le contrat signé par l’ONEE et la Sonatrach et les redevances en nature de l’Etat sur le gazoduc transportant le gaz algérien vers l’Europe sont les principales sources d’approvisionnement du Maroc en GNL. Or, ces deux contrats arrivent à expiration en novembre 2021. Pour anticiper cela, le ministère compte consacrer les premiers mois de 2015 à l’exploration de nouvelles pistes d’approvisionnement chez les pays producteurs autres que l’Algérie. Les quantités ciblées sont comprises entre 3 et 5 milliards de m3. Si le Maroc ne réussit pas à conclure des contrats gouvernementaux lui permettant d’assurer son approvisionnement à longue durée, les appels d’offres qui devraient être lancés pour le choix des partenaires stratégiques étrangers prendront en compte la capacité de ces derniers à assurer les quantités exigées pour répondre aux besoins des centrales électriques. Des appels à manifestation d’intérêt ouverts à tous les opérateurs nationaux devraient également être lancés avant juillet 2015 pour sélectionner les partenaires locaux. La signature des conventions pour arrêter les composantes majeures du projet et le schéma de mise en œuvre devrait suivre à partir du troisième trimestre 2015. Selon le planning annoncé par le ministère, l’entame des travaux de construction des infrastructures gazières et électriques est prévue en octobre 2017 tandis que les essais de mise en service sont programmés pour le premier semestre 2021.
La deuxième phase du déploiement du plan d’action concerne la fourniture du GNL pour les besoins de l’industrie. Il s’agit en fait de développer toute une industrie gazière, hors électricité, permettant d’alimenter les industriels, tels que l’OCP, en énergie.
La réalisation de ce projet incombera à des opérateurs nationaux et consiste en réalisation d’infrastructures de distribution destinées à raccorder les industriels à des centrales de distribution. Dans ce schéma, ce sont des acteurs locaux qui se chargeront de l’achat du gaz qui sera ensuite distribué par des sociétés de distribution spécialisée dont le tour de table sera composé d’opérateurs nationaux. Ces derniers pourront toutefois s’associer à des opérateurs internationaux s’ils le jugent opportun. Néanmoins, cette partie de la feuille de route ne pourra réellement se concrétiser qu’après l’adoption du code gazier qui aura pour objectif de régir l’aval du secteur incluant, entre autres, la regazéification, le transport, le stockage et la distribution.