4,5% de déficit en 2010, mais combien en 2011 ?

L’absence de privatisations et la hausse des dépenses de compensation ont creusé le déficit initialement estimé à  4%. La bonne tenue des recettes fiscales et des économies sur dépenses courantes ont été insuffisantes pour contenir le glissement.

Avec la bonne tenue des recettes fiscales qui, contrairement aux prévisions, ont finalement augmenté par rapport aux réalisations de 2009, mais en même temps la hausse des dépenses de compensation, les spéculations vont bon train quant au niveau du solde budgétaire, forcément déficitaire, qui sera annoncé au titre de l’année 2010. Sera-t-il inférieur à la prévision ? Et d’abord, quelle a été la prévision sur ce point ? 4% du PIB, peut-on lire dans la plupart des documents qui traitent du Budget 2011. En fait, la prévision de 4% doit être accompagnée de la précision «avec privatisation». Car, sans privatisation, et en 2010 il n’y en a pas eu, le déficit prévu montait de 4,5% du PIB. Dans le dépliant de la Loi de finances 2010, du ministère des finances, ce distinguo est établi, mais nulle part ailleurs !
Il y a quelques jours, le Haut commissariat au plan (HCP), dans le cadre de son budget prévisionnel pour 2011, estimait le déficit budgétaire pour l’année 2010 à 4,2 % du PIB.  Selon des sources sûres, des «économies importantes» ont été réalisées au titre des dépenses de l’administration ; c’est-à-dire les dépenses concernant les biens et services ou ce que l’on appelle généralement «le train de vie de l’Etat». On ne sait toutefois si ces économies sont à même de compenser le surplus de subvention généré par la hausse vertigineuse des matières premières sur le marché international (voir sur ce point le dossier en page 10). Rappelons ici que dans la Loi de finances 2010, le Budget prévu pour la compensation était de quelque 14 milliards de DH. A la fin de l’année, ces charges devaient dépasser les 25 milliards de DH. Autrement dit, ce qui a été gagné là est dépensé ici. Sous une telle hypothèse, le déficit budgétaire ne serait pas loin de ce qu’a annoncé le HCP, c’est-à-dire supérieur à 4%. La question serait alors de savoir si l’on est dans la prévision (4,5%) ou en deçà (4,2%).

Les hypothèses retenues pour la Loi de finances 2011 commencent à être dépassées

En fait, le niveau du déficit ne dépendra pas que des recettes et des dépenses réalisées ; il sera aussi fonction de la progression du PIB obtenue, c’est-à-dire plus simplement de la croissance réalisée. Là encore, le HCP a donné sa première estimation :
3,3% de croissance économique en 2010, contre 4% prévu par les Finances. Ce chiffre n’est évidemment pas définitif, puisque c’est en avril prochain que les comptes nationaux seront arrêtés et publiés.  Mais quelles que puissent être les variations possibles qui pourraient affecter aussi bien les dépenses que le niveau de croissance (les recettes étant déjà connues), le profil global du Budget 2010 ne devrait pas changer fondamentalement : un Budget en déficit très probablement à hauteur de 4,5% du PIB. Ce  ne serait évidemment pas une nouveauté : à l’exception des années 2007 et 2008, où se sont conjuguées recettes fiscales exceptionnelles et bonne tenue de l’activité économique, tous les budgets ont été déficitaires ; avec ou sans privatisation (voir courbe) mais le niveau de 2010 est toutefois élevé. Même en comptant les privatisations, il faut remonter à 2005 pour retrouver un tel niveau.
Plus inquiétant, quelle sera la situation en 2011. On rappelle que le gouvernement a construit un budget en déficit de 3,5 % d’un PIB en croissance de 5 %. Mais cette prévision était fondée sur des hypothèses qui commencent à être dépassées; et notamment la principale d’entre elles, celle relative au prix du pétrole qui détermine, en fait, le niveau de la subvention. Sur la base de l’hypothèse de 75 dollars le baril, retenue dans la Loi de finances, le budget de compensation pour 2011 se montait à 17 milliards de DH. On sait qu’aujourd’hui le baril est à près de 108 dollars et avec les événements en Libye et au Bahreïn, le cours promet de poursuivre sa course. Si l’on tient compte, en plus, de la situation en Iran, qui commence à se tendre, il y a là les ingrédients nécessaires pour l’explosion du prix de l’or noir. Le gouvernement ne s’y est pas trompé en annonçant dès février qu’il mettait 15 milliards de plus dans l’enveloppe de la compensation, soit un total de 32 milliards de DH.
C’est une évidence, tout peut arriver d’ici à la clôture de l’actuel exercice : la poursuite de la flambée des prix des matières premières comme leur repli. Mais l’embrasement des cours que l’on observe actuellement ne paraît pas devoir s’estomper de sitôt. C’est du moins le point de vue de nombreux analystes.
Moyennant quoi, le déficit en 2011 risque d’aller au-delà des 3,5% prévus, surtout si, en plus, l’annonce du recrutement des diplômés chômeurs dans la fonction publique se réalisait. A moins évidemment d’opérer un redéploiement dans le budget pour dégager les ressources nécessaires pour financer les 15 milliards supplémentaires octroyés à la compensation et les salaires des nouvelles recrues. Par redéploiement, il faut entendre le transfert de dépenses d’une rubrique à une autre. Pour l’essentiel, il s’agirait de réduire les dépenses de biens et services de l’administration, de transferts aux établissements publics, et peut-être même certaines dépenses… d’investissement. C’est cette solution de redéploiement qui semble se dessiner, car un surcroît de déficit obligera à s’endetter encore plus…