400 espèces végétales et 47 000 échantillons de plantes dans une banque de gènes à  Settat

La mission de la structure est de conserver pendant plus de 30 ans le maximum d’espèces végétales, comestibles ou pas, présentes au Maroc. Les graines récupérées sont emballées sous vide avec un taux d’humidité ne dépassant pas 12% et conservées à  -20°C.

Voilà plusieurs années déjà que la question de la sécurité alimentaire est devenue une problématique hautement stratégique pour une planète de plus en plus peuplée et qui connaît à la fois la sous-alimentation et des problèmes de santé graves liés à l’alimentation. Et quand on sait qu’une étude de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) montre que 75% du patrimoine génétique alimentaire a disparu, il y a effectivement de quoi s’inquiéter. Le Royaume a rapidement pris la mesure de ce problème en se dotant justement de moyens de conservation ambitieux pour préserver son patrimoine agricole et donc ses ressources alimentaires futures. En 2002, le pays se dotait notamment d’une banque de gènes, avec le soutien de la FAO. Installée à Settat au Centre régional de la recherche agronomique dépendant de l’Institut national de la recherche agronomique (INRA), cette structure a pour mission de conserver à long terme, soit plus de 30 ans, le maximum d’espèces végétales, comestibles ou pas, présentes au Maroc.

A ce jour, la banque compte 47 000 accessions, soit des échantillons de plantes d’une population (région) particulière, sur les 60 000 qu’elle peut contenir. 400 espèces environ, en priorité des espèces utiles pour l’agriculture et endémiques au Maroc, sont donc conservées à la banque de Settat.

«Concrètement, un programme annuel de collecte est élaboré chaque année en fonction des espèces recherchées. Il s’agit de récupérer sur le végétal concerné un échantillon de graines arrivées à maturité. De cette façon, ces graines mûres peuvent germer et être éventuellement régénérées. La difficulté réside toutefois dans le fait que la phase de maturité est différente en fonction des espèces et reste difficile à déterminer», explique le Dr Seddik Saidi, responsable du département de l’amélioration des plantes et de la conservation des ressources génétiques à l’INRA. Les graines ainsi récupérées sont ensuite emballées sous vide avec un taux d’humidité ne dépassant pas 12% et conservées à -20°C.

Une équipe dédiée à Settat assure le suivi

Comme toute science, la conservation de ressources génétiques agricoles est loin d’être exacte. Chaque espèce ainsi conservée répond à ses propres normes. «Dans le cas où un lot de graines atteindrait 85% de germination, il faut régénérer ce lot en le cultivant. D’autres graines pourront ainsi être récupérées», poursuit le Dr Saidi. Un contrôle continu de la germination est réalisé afin de parer à toute éventualité de ce type. Outre un terrain prévu à cet effet, une équipé dédiée à la banque de gènes assure le suivi de ces ressources. En seulement 10 années, la banque de Settat est donc aujourd’hui remplie à 78%. «Nous ne cherchons pas à atteindre obligatoirement les 100%. Nous pouvons au contraire construire une autre banque, ce que prévoit d’ailleurs le Plan Maroc Vert», précise le Dr Saidi.

Outre les graines ainsi conservées précieusement à Settat, le Maroc peut également compter sur des collections vivantes sur le champ. Celles-ci permettent de conserver des spécimens d’arbres fruitiers, d’oliviers et autres végétaux dont les graines sont récalcitrantes. Répartis sur une poignée de domaines expérimentaux sur les 23 que possède l’INRA, 1 285 variétés, dont 200 d’oliviers, 250 d’agrumes, une centaine de palmiers dattiers, sans oublier des arganiers et des arbustes fourragers, sont ainsi plantés pour être protégés. Enfin, une collection de micro-organismes dites «symbiotiques», tels les légumineuses, ont également droit à un espace de conservation à la banque de gènes de Settat.

4 500 espèces végétales répertoriées dans le pays, dont 500 utiles à l’homme

Si cet effort est significatif, il reste encore beaucoup à faire. D’après des estimations pas toutes récentes, le pays compte 4 500 espèces végétales, dont 500 qui sont utiles pour l’homme. «Nous avons connu des sécheresses, une poussée de l’urbanisme et donc certainement des pertes. Il faudrait que le Maroc réalise une étude pour connaître son patrimoine végétal d’aujourd’hui et savoir ce qui a disparu ou menacé», commente le Dr Saidi. «Dans l’idéal, le Maroc devrait se constituer un stock de 200 000 échantillons précieusement conservés. Et par sécurité, il faudrait avoir ailleurs dans le monde une copie de ce qui se trouve à Settat», conclut-il. Or, pour l’instant, la question n’est pas à l’ordre du jour. En attendant, le Maroc doit préparer son 3e Rapport national sur l’état des ressources phytogénétiques pour l’alimentation et l’agriculture pour 2015, comme le demande la FAO.