26% des nuitées passées dans les hôtels sont réalisées par les touristes nationaux

A fin octobre 2011, les nationaux totalisaient 3.8 millions de nuitées et l’on devrait atteindre 4.3 millions cette année. Pour palier les aléas susceptibles de limiter le séjour des touristes étrangers, il faut une part d’environ 30% des nuitées pour les locaux. La mise en oeuvre du plan Biladi est trop lente.

Même s’il prend de plus en plus d’importance depuis quelques années, le tourisme intérieur a toujours du mal à décoller. On est encore loin de l’objectif des 9 millions de nuitées à atteindre en 2012, annoncé par le ministère de tutelle il y a 5 ans. En effet, en 2006, le nombre de nuitées générées par le tourisme intérieur atteignait 3 millions sur un total de 16,3 millions, soit une part de 18%. Jusqu’en 2010, un point en moyenne a été gagné par an. Le nombre de nuitées s’était alors établi à 4 millions ou 23% du total. Au terme des 10 premiers mois de 2011, cette part a atteint 26%, soit 3,8 millions de nuitées sur un total de 14,6 millions. Une bonne évolution certes, qui montre que les établissements d’hébergement classés ont recours aux nationaux en temps de crise pour amortir le choc, mais qui ne permettra sans doute pas d’atteindre l’objectif des 9 millions l’année prochaine.
Quoi qu’il en soit, et on l’a encore constaté cette année, les hôtels ont ciblé les nationaux en proposant des prix cassés de manière continue. Le phénomène est particulièrement visible dans les deux destinations principales que sont Marrakech et Agadir. Par exemple, le tourisme intérieur contribue pour une part située entre 20 et 25%, selon les mois, aux nuitées réalisées par les hôteliers de la ville ocre. Ces derniers ont multiplié les offres pour faire le plein durant les fêtes de fin d’année. Car, si Marrakech reste toujours la destination choisie par de nombreuses stars étrangères pour fêter le Nouvel An, il ne faut pas oublier que la ville offre plus de 55 000 lits répartis entre 140 hôtels et environ 700 maisons d’hôtes.

Le marché français a perdu sa première place à Agadir

Agadir joue aussi de plus en plus sur la corde du tourisme intérieur et avec succès depuis l’ouverture de l’autoroute qui la relie à Marrakech, à tel point que la contribution des nationaux aux nuitées de la capitale du Souss a dépassé celle des Français qui occupaient durant de longues années la première place avec 33% des nuitées de la ville, contre 27% aujourd’hui, soit 3 points en dessous des nationaux qui génèrent aujourd’hui 30% du total.
Globalement, selon un spécialiste, l’idéal serait que la part du tourisme national dans les nuitées soit justement située au-dessus de cette barre. Il considère qu’à partir de ce seuil, le secteur devient capable d’amortir correctement les chocs conjoncturels et la défaillance des touristes étrangers. En France, fait-il remarquer, cette part est de 50%, et elle est l’aboutissement d’une politique menée depuis longtemps par les pouvoirs publics pour encourager les voyages à l’intérieur du pays grâce au développement des villages de vacances et des campings avec des équipements de qualité.
Il faut savoir aussi que le principal frein au voyage des Marocains réside dans la faiblesse de leur pouvoir d’achat. Mais il existe bien sûr d’autres contraintes, listées à maintes reprises par le ministère de tutelle et intégrées dans la stratégie nationale pour le développement du tourisme intérieur, dont l’objectif annoncé est de mettre le secteur à l’abri de la conjoncture mondiale.
Le tourisme intérieur souffre en effet d’un manque de produits adaptés, au niveau de l’hébergement, mais non seulement. Les Marocains qui préfèrent voyager en famille choisissent de préférence les résidences de vacances, les appart-hôtels ou les appartements loués auprès de particuliers entre 100 DH et 300 DH la journée.
La question qui se posait est de savoir comment faire basculer cette demande vers le secteur formel en associant les agences de voyages et le circuit de distribution, et en ciblant cette clientèle par des promotions spécifiques. Sur ce dernier point, tout le monde reconnaît aujourd’hui que les différentes versions de l’opération «Kounouz Biladi» ont eu très peu d’impact.
Sur le plan du produit, il était prévu, entre autres, la rénovation des unités d’hébergement existantes, la réhabilitation et la création de nouveaux campings, ainsi que le lancement du plan Biladi avec de nouvelles zones touristiques intégrées, localisées dans les régions les plus prisées par les nationaux. Le constat est que les chantiers avancent très ou même trop lentement. A l’heure actuelle, les petits établissements hôteliers connaissent toujours les mêmes difficultés pour financer leur rénovation, les campings n’attirent pas les investisseurs et on a vu une seule station, celle d’Ifrane, émerger dans le cadre du plan Biladi (voir encadré).