25% des chômeurs sont diplômés 25% des chômeurs sont diplômés et 40% à¢gés de 25 à  34 ans

Même si le chômage a baissé,
sa structure reste inquiétante.
Premières victimes : les diplômés
du supérieur et les 25-34 ans.
Les entreprises préfèrent toujours utiliser des ressources humaines
non qualifiées.

Paradoxale. C’est le moins qu’on puisse dire de la situation de l’emploi au Maroc. A un moment où le pays se lance dans la bataille pour se placer sur les nouveaux métiers mondiaux (offshoring, aéronautique, recherche…), une grande équation se pose de plus en plus, et avec insistance, en relation avec les ressources humaines.

D’un côté, le Maroc, dans sa course, découvre de plus en plus qu’il ne pourra pas faire la différence sans des ressources humaines de qualité et en nombre suffisant. Mais, d’un autre côté, et c’est là un autre paradoxe du pays, le tissu économique continue d’employer une main-d’œuvre plutôt non qualifiée. En attestent les chiffres de l’emploi et du chômage.

Que le niveau du chômage au niveau national ait pu être ramené à moins de 10% en 2006 (9,7% exactement) est un fait – même si, au premier trimestre de 2007, il est revenu à 10% de la population active, soit 1 132 305 chômeurs. Il reste que l’une des caractéristiques principales du chômage au Maroc est que, d’une part, il frappe surtout les diplômés, et, d’autre part, c’est la jeunesse, celle des villes tout particulièrement, qui en pâtit le plus. Il est frappant, en effet, que la courbe du chômage épouse de manière presque parfaite celle du niveau scolaire.

Alors que le chômage des sans-diplôme n’est «que» de 9,5% (même niveau qu’au premier trimestre de 2006), les chômeurs titulaires de diplômes supérieurs représentent 17,2% (contre 29% en 2005) de la population active des diplômés et 25,2% sur l’ensemble des chômeurs.

De la même manière, les jeunes de 25-34 ans sont les premières victimes du chômage puisqu’ils représentent 40,1% de la population active en chômage, suivis par les 15-24 ans (39,9%), loin derrière, des 35-44 ans (13,5%) et, enfin, les 45 ans et plus, c’est-à-dire les seniors comme on dit aujourd’hui, avec 6,5%. Par milieu de résidence, le chômage urbain demeure élevé, dépassant la moyenne nationale : 15,8% contre 15,3% pour l’exercice précédent, alors que, dans le rural, il reste à peu près à son niveau habituel, soit légèrement moins de 4%.

Les diplômes généralistes peu prisés
Ce constat interpelle d’autant plus sérieusement que, d’une part, la tranche d’âge 15-34 ans représente 36,8% de la population totale et que, d’autre part, l’urbanisation du pays connaît une formidable expansion, deux éléments qui font et feront encore augmenter la pression sur le marché du travail.

Les interrogations que suscite ce niveau élevé des diplômés chômeurs ne manquent pas : faut-il incriminer le type de formation dispensé par le système éducatif (surtout l’enseignement supérieur) ? Est-ce un problème de rigidité du marché du travail qui ferait que les entreprises préféreraient s’adresser à une main- d’œuvre moins qualifiée et donc moins coûteuse ? Pour les spécialistes de l’emploi, il s’agit en fait de la conjonction des deux phénomènes.

«Souvent, les diplômés qui n’arrivent pas à trouver d’emplois sont titulaires ou bien de diplômes généralistes (licence d’économie, par exemple, ou de français, etc.) ou bien de diplômes plus ou moins pointus (doctorat en chimie, par exemple), pour lesquels le marché du travail n’est pas très demandeur», explique le responsable d’un cabinet de recrutement. Mais justement, pourquoi le marché n’est pas demandeur de ce type de formation ? «Simplement parce qu’il est relativement plus facile de se séparer d’un sans-diplôme ou même d’un diplômé moyen, s’il ne donne pas satisfaction ou que l’activité ralentit, plutôt que d’un haut diplômé», complète notre spécialiste.

Selon des études de la Banque mondiale, sur un échantillon de quatorze pays parmi lesquels des concurrents du Maroc (comme la Tunisie, la Turquie, l’Egypte, la Pologne, l’Indonésie, etc.), notre pays se place en première position dans l’indice de rigidité du marché du travail. Mais certains contestent cette façon d’appréhender le problème : «La création d’emplois est-elle à ce point dépendante du niveau de précarité à autoriser!», s’exclame un économiste, de tendance keynésienne.

Pour autant, tout le monde ou presque convient que c’est seulement avec une croissance élevée et pérenne que se créent des emplois. La difficulté est qu’aujourd’hui l’un des déterminants de la croissance, ce sont justement les ressources humaines. C’est un peu le serpent qui se mord la queue : pour embaucher suffisamment, il faut accroître sans cesse les richesses, et pour cela il faut utiliser des ressources humaines qualifiées.

Rigidité du marché du travail
Désormais, le constat est fait que l’économie marocaine est peu utilisatrice de capital humain de qualité. La faible teneur en technologie des biens à exporter en apporte la preuve (voir La Vie éco du 6 juillet). Autre élément qui renseigne sur la faiblesse du recours des entreprises à des qualifications pour leurs activités, le niveau élevé du taux de création brute d’emploi temporaire dans les entreprises marocaines (l’ordre de 30%), alors que celui de l’emploi permanent est de 15%, selon des indications fournies par le Haut commissariat au plan (HCP).

Reste que si les entreprises demeurent encore trop regardantes sur les coûts salariaux, devenus une variable d’ajustement, la qualité et le type de la formation de nombre de lauréats nécessitent sans doute une remise à plat