«24% des entreprises non bancarisées le sont par conviction religieuse»

Abwab Consultants a mené une enquête auprès de 1 300 entreprises. Dans leur majorité, elles se disent attirées par l’éthique que véhiculent les futures banques participatives. «Il n’y aura pas de cannibalisation du marché de la banque conventionnelle par ces nouveaux arrivants».

Abderrahmane Lahlou Expert en Finance Participative
Abderrahmane Lahlou
Expert en Finance Participative

A quelques mois de l’entrée en scène des banques participatives, il est encore difficile de mesurer l’intérêt que susciteront ces établissements auprès de la clientèle. Si quelques récentes enquêtes ont permis de cerner certaines caractéristiques de la demande des particuliers, les attentes des entreprises restent, elles, la grande inconnue. Une enquête réalisée par le cabinet de conseil en finance participative, Abwab Consultants, pour le compte d’une banque de la place, apporte des éclairages dans ce sens. «La Vie éco» en livre les premières conclusions qui sont toujours en phase de finalisation. 

Pourquoi étudier les attentes des PME par rapport aux futures banques participatives ?

Les PME constituent une clientèle potentielle pour les banques participatives qui, à l’inverse des personnes physiques, n’est pas, en priorité, motivée par la croyance ou le devoir religieux. Il est donc intéressant de connaître si cette cible exprime ou pas un certain intérêt pour les produits participatifs. De plus, les précédentes enquêtes sur l’analyse de la demande sur ce marché en devenir se sont peu concentrées sur l’entreprise. Certes, une enquête publiée en 2014 par Thomson Reuters et l’IRTI (Islamic Research and Training Institute) a révélé que 71% des entreprises au Maroc se déclarent très intéressées par la Banque islamique, et 22% certainement intéressées, mais elle n’avait touché que 300 entreprises. L’enquête d’Abwab touche 1 300 entreprises, dont 800 ont répondu au questionnaire, soit un taux de réponse de 62%. La connaissance des attentes des entreprises pour les futures banques participatives permet aux établissements d’adapter leur stratégie marketing et commerciale à leurs profils sectoriel, régional ou de taille. Je crois que ces éléments sont attendus par la profession, autant que sont attendus les agréments.

Quels sont les premiers résultats de l’enquête?

L’enquête montre que parmi les entreprises qui ne recourent pas au crédit bancaire, 58,2% se l’interdisent, malgré le besoin, pour une raison religieuse. On sait par ailleurs, d’après les statistiques nationales, que 40% des entreprises marocaines n’ont pas recours au crédit. Donc si l’on opère le croisement, on peut dire que 24% des entreprises non bancarisées le sont par conviction religieuse. L’enquête ressort bien d’autres indicateurs dont l’analyse est en cours de finalisation. Il y en a plus de 32 (les branches d’activité les plus demandeuses d’ouvertures de compte et de financements vis-à-vis des banques participatives, les villes à forte propension d’intérêt pour ces banques, la tolérance des entreprises réticentes au crédit pour raison religieuses, au surcoût des futurs produits…).

Quelles sont les caractéristiques de la demande des entreprises qui se dégagent déjà en matière de finance participative ?

L’enquête révèle des attitudes intéressantes parmi les entreprises. Certaines sont certes attirées par des valeurs religieuses et la conformité à la religion, portées par leurs dirigeants, notamment chez les TPE. Mais d’autres, assez nombreuses, déclarent ne pas être concernées par les choix religieux, mais se disent plutôt attirées par l’éthique que véhiculent ces futures banques, particulièrement à travers leurs produits prévoyant un partage des pertes et des profits. De manière générale, elles sont également intéressées par l’éthique de la finance participative, dont le mécanisme favorise la création de richesse économique réelle en exclusivité.  Aussi, l’enquête a confirmé qu’il n’y aura pas de cannibalisation du marché de la banque conventionnelle par ces nouveaux arrivants, car la majorité des entreprises déclarant leur intérêt pour la banque participative ne sont pas consommatrices de crédits conventionnels aujourd’hui. Il apparaît donc, comme le souhaitent les pouvoirs publics, que la banque participative pourra explorer un nouveau vivier de clients non bancarisés ou mal bancarisés, c’est à-dire qui ont un compte bancaire mais ne prennent pas de crédits. Par ailleurs, les entreprises expriment vis-à-vis des futurs établissements des exigences qui sont autant relatives à la conformité à la Charia qu’aux autres critères usuels dans la profession, ce qui était plutôt inattendu.

En conclusion, je vous informe qu’Abwab Consultants a déjà lancé une seconde enquête sur les attentes et comportements bancaires des particuliers vis-à-vis de ces futures banques, à attendre pour la fin de 2016.

L’enquête d’Abwab a touché 1 300 entreprises, dont 800 ont répondu au questionnaire, soit un taux de réponse de 62%. Les entreprises ciblées en priorité sont celles qui réalisent un chiffre d’affaires inférieur à 175 MDH, soit l’un des seuils admis pour la PME au Maroc. Un accent a été mis sur les TPE dont le volume d’affaires ne dépasse pas 1 MDH et qui représentent 21% de l’échantillon. L’enquête est composée de deux volets quantitatifs (le questionnaire directif électronique sur 40% de l’échantillon, et le questionnaire direct en face-à-face sur 60%) et dont les résultats ont été recoupés par une analyse qualitative en Focus groups. Le questionnaire en face-à-face a été administré par une équipe composée de 6 superviseurs-encadrants, de qualification universitaire, 25 enquêteurs, 2 télé-enquêtrices pour la qualification de la base de données et 2 analystes pour le traitement des résultats.