2021, serait-ce vraiment l’année de la relance ?

• L’agriculture, objet de tous les espoirs, l’industrie renvoie de bons signaux, tandis que le commerce et les services vont nécessiter plus de temps pour se remettre, étant donné l’ampleur de leur exposition.
• En 2021, la demande intérieure devrait contribuer avec plus de vigueur à la croissance, au moment où la demande adressée au Maroc restera en berne sur fond de difficultés chez les partenaires classiques du Royaume.

Comment sera l’année 2021 ? La question est sur toutes les lèvres et s’invite un peu à toutes les discussions. Les opérateurs économiques du privé et du public et la communauté des affaires, exaspérés du manque de visibilité ayant marqué l’année 2020, veulent des messages de rassurance et de confiance. Certes, le contexte actuel rend toute prévision difficile à établir, en raison de l’incertitude qui règne à la fois aux niveaux international et national découlant de l’évolution de la pandémie, les scénarios de re-confinement en marche dans plusieurs pays, la deuxième vague, et l’éventuelle troisième vague de contagion avec l’annonce de nouvelles souches plus contagieuses dans quelques pays.
Sur le plan macro-économique, les perspectives économiques mondiales, établies par les différents organismes internationaux, notamment le FMI, l’OCDE, la Commission Européenne et la Banque Mondiale prévoient une reprise de la croissance et un rattrapage au niveau de la création de richesse en 2021. L’étendue de cette reprise diffère d’une projection à l’autre. Récemment, l’équipe du FMI a salué les mesures adoptées par Bank Al-Maghrib pour atténuer l’impact de la pandémie sur les marchés financiers et l’économie réelle. Lors de leurs consultations de 2ENC020 au titre de l’article IV avec le Maroc, les experts du Fonds monétaire prédisent que le PIB marocain devrait reculer en 2020 dans une fourchette de 7% et ce, en fonction de l’évolution de la pandémie et repartira à la hausse avec +4,5% en 2021. Selon les projections du HCP, compte tenu d’une évolution de 4,9% des impôts et taxes sur produits nets de subventions, le PIB devrait enregistrer une croissance positive de 4,4% cette année après une récession de 5,8% attendue en 2020 (les chiffres définitifs ne sont pas encore prêts). En terme nominal, le Produit Intérieur Brut devrait enregistrer une progression de 5,6%. Cette évolution fait ressortir une légère hausse de l’inflation, mesurée par l’indice implicite du PIB, de 1,2% au lieu de -0,4% en 2020.
De toutes les projections faites par les institutions financières internationales, une moyenne de 3,5 à 4% semble la plus réaliste au vu du contexte actuel et du temps que la reprise nécessitera pour s’installer de manière vigoureuse. C’est ce qui fait dire au Haut commissariat au plan (HCP) que les perspectives présentées dans son budget exploratoire 2021 seront modifiées lors de l’élaboration du budget économique prévisionnel 2021, qui sera publié ce mois, pour tenir compte des évolutions éventuelles que connaîtrait l’environnement économique national et international, ainsi que des actions de politiques économiques retenues dans la Loi de finances 2021.
Par secteur productif, l’agriculture nourrit de grands espoirs chez les opérateurs du primaire. Avec les précipitations d’octobre et décembre, le moral gagne en confiance et la campagne semble prometteuse. A en croire les projections officielles, le secteur primaire devrait connaître une hausse de l’ordre de 9,1% en 2021 au lieu d’une baisse de 5,7% attendue en 2020. Les prévisions pour l’année 2021 sont basées sur la réalisation d’une production moyenne durant la campagne agricole 2020/2021.
Pour les activités non agricoles, les performances sont en train de s’améliorer notamment dans le secteur secondaire. Les industries, toutes branches confondues, renvoient de bons signaux. Cette tendance sera consolidée avec les mesures annoncées dans le Plan de relance de l’industrie 2021-2023 récemment rendu public par le ministère du commerce de l’industrie et de l’économie verte et numérique. Aussi, les industriels attendent avec impatience le déploiement des Fonds sectoriels découlant du Fonds stratégique
Mohammed VI. La loi sur le Fonds pour l’investissement a été votée, dans le cadre d’un processus législatif fait en un temps record, dans la foulée de la Loi de finances. Par conséquent, des fonds sectoriels vont pouvoir être mis en œuvre.ENC
A en croire les prévisions du HCP, les activités du secteur secondaire devraient dégager une valeur ajoutée en légère amélioration de 4,6% en 2021 contre un repli de 7% une année auparavant, profitant du bon comportement des activités minières, des industries chimiques et para-chimiques et agroalimentaires, en liaison principalement avec l’amélioration attendue de la demande extérieure adressée à ces filières. Mais les branches industrielles ne sont pas toutes logées à la même enseigne. Les industries mécaniques, métallurgiques et électriques devraient continuer à pâtir en 2021 des contre-performances persistantes des secteurs de l’automobile et de l’aéronautique au niveau mondial. Parallèlement, le secteur du BTP, souffrant toujours des effets négatifs de la crise sanitaire, devrait connaître une légère reprise. Cela dit, selon les professionnels, le bâtiment devrait rester impacté par la crise et sa relance nécessiterait plus de temps et de moyens. Et du côté de l’offre, la baisse des ventes de logements devrait freiner considérablement les investissements des promoteurs immobiliers.
S’agissant du tertiaire, la reprise sera plus lente. En effet, les secteurs du commerce et des services devraient enregistrer une croissance timide ( pas plus de 3% selon le HCP) en 2021 au lieu d’une baisse de 4,5% en 2020 suite à la reprise très lente et graduelle des activités des services marchands, particulièrement celles du tourisme, du transport et du commerce, tirées par la demande intérieure.
En raisonnant par moteurs de la croissance, la croissance économique devrait être soutenue en 2021 par la reprise de la demande intérieure, au moment où la contribution de la demande extérieure à la croissance resterait négative. La demande intérieure serait, ainsi, en hausse de 4,4% après son fléchissement de 4% en 2020, contribuant de 4,8 points à la croissance économique au lieu d’une contribution négative de 4,4 points en 2020.
Néanmoins, la demande intérieure devrait tout de même rester freinée par la perte du pouvoir d’achat générée, elle, par la réduction des emplois et des salaires dans l’ensemble des activités économiques nationales.
Au registre de l’investissement, le manque de visibilité continuera à impacter de manière très soulignée les décisions des investisseurs plus nombreux à temporiser pour concrétiser leurs projets. Selon le HCP, la formation brute de capital, qui a reculé de 8,7% en 2020, devrait connaître une hausse en volume de 6,5% en 2021 et sa contribution à la croissance économique devrait atteindre 1,7 point. Ce qui semble très ambitieux, étant donné le contexte actuel. L’accélération du déploiement des projets dans le cadre du Fonds stratégique pourrait faire redécoller l’investissement en 2021.
S’agissant de la demande extérieure et sur la base d’un redressement modéré des marchés extérieurs et de l’amélioration des perspectives économiques mondiales en 2021, les échanges extérieurs devraient reprendre progressivement leur rythme d’évolution d’avant-crise. De plus, une reprise des transferts des Marocains résidents à l’étranger est attendue cette année après une baisse significative en 2020.


Un jumelage entre la politique monétaire et budgétaire s’avère nécessaire pour dépasser la crise

La nécessité de la mobilisation élargie des instruments des politiques économiques dans l’objectif d’une relance économique poussée renseigne sur les défis que les politiques budgétaire et monétaire sont appelées à surmonter. Selon le HCP, cette relance ne devrait pas être le résultat d’une politique unilatérale de dépense publique croissante, mais aussi le fruit d’une intervention profonde et efficace de la politique monétaire. Un jumelage entre la politique monétaire et budgétaire semble être inéluctable dans la phase de l’après Covid-19. Cette instrumentalisation simultanée des politiques permettrait une consolidation des équilibres macro-économiques et une redynamisation accélérée du tissu entrepreneurial national. A cet effet, la dynamisation des crédits et la facilitation de l’accès au financement contribuerait à soutenir l’activité des entreprises et rattraper progressivement les effets néfastes de la crise. Cette orientation nécessiterait une politique monétaire plus accommandante, visant l’expansion des investissements du tissu entrepreneurial avec un coût séduisant qui peut stimuler par conséquent le recours au financement bancaire. A ce titre, le recours au financement bancaire ne devrait plus représenter une charge lourde pour la trésorerie des entreprises, car cela ne représente pas seulement un frein à l’expansion de leurs investissements mais il génère une sorte de préférence à l’utilisation de fonds propres au lieu d’un financement bancaire coûteux.