2015 année charnière pour le secteur du BTP au Maroc

Le Salon international du bà¢timent met en effervescence le secteur du bà¢timent et de la construction en cette fin d’année. Il donne le ton pour 2015 en laquelle les opérateurs placent beaucoup d’espoirs pour parvenir à  stabiliser leur demande. Ceux-ci comptent également sur les pouvoirs publics pour la mise en application dès l’année prochaine de nombreux chantiers de réforme déterminants.

Le monde de la construction est en effervescence en cette fin d’année. L’évènement le plus emblématique du secteur, le Salon international du bâtiment (SIB) se tient du 26 au 30 novembre 2014. Depuis 28 ans qu’il existe, le parcours de cet évènement est incontestablement placé sous le signe du succès comme en témoignent ses indicateurs de fréquentation en hausse continue. Plus de 150 000 visiteurs et 650 exposants provenant de 20 pays sont attendus pour la 152 édition de la manifestation biennale sur une surface d’exposition totalisant 20 000 m2. Ce plébiscite unanime du SIB s’explique par le rôle éprouvé du salon en tant que plateforme commerciale, mais aussi en tant qu’espace d’échange et de partage d’idées entre les professionnels. Et l’édition 2014 promet de renforcer encore plus cette vocation. Un programme scientifique dense s’y déroulera, ponctué de conférences et de débats animés par des intervenants de haut rang avec pour thème central «Construire la ville de demain». Cela promet de bien faire avancer la réflexion autour de ce sujet revêtant une importance particulière dans le contexte actuel. Plus que cela, de nombreuses nouveautés et faits marquants sont attendus cette année dont notamment l’introduction d’un nouveau format de rencontres B2B entre opérateurs, la première présentation publique du très attendu code de la construction ou encore l’organisation d’un concours d’architecture se rapportant au logement pour la classe moyenne appuyé par l’Etat.

Avec un programme aussi prometteur, le SIB 2014 pourrait être à lui seul le petit coup de pouce qui a manqué jusqu’à présent au secteur du bâtiment et de la construction, en quête d’un second souffle depuis quelques années. En effet, avec des indicateurs sectoriels du BTP peu rassurants et le discours officiel qui ne cesse de décevoir les espoirs placés en la commande publique, l’idée fait son chemin parmi les entreprises du secteur que la belle décennie qui a démarré en 2002 est bel et bien terminée. Les industriels des matériaux de construction ont tout aussi peu de raisons d’être optimistes. La demande de ciment en baisse de 5% en 2014 donne le ton pour tous les autres produits. Autant les entreprises de travaux publics que la promotion immobilière ont réduit leur consommation et les industriels ont peu de visibilité sur les mois à venir. Pour ne rien arranger, la situation de certaines filières est aggravée par la surcapacité et l’afflux de produits d’importation qui de surcroît concurrencent parfois de manière déloyale le produit national. Sans surprise, le marché du matériel de BTP est sur une toute aussi mauvaise pente. Seulement 450 machines neuves devraient être commercialisées en 2014 contre 1 000 ventes par an avant 2008. Le marché s’est effondré sur les 6 dernières années du fait de l’intensification des importations de matériel d’occasion qui pèsent aujourd’hui trois fois plus que celles du matériel neuf. Mais les importateurs de matériel neuf ne s’avouent pas encore vaincus et ils développent actuellement des arguments auprès des pouvoirs publics pour obtenir une régulation de l’entrée des machines d’occasion sur le territoire national.
La même combativité se retrouve à vrai dire chez tous les opérateurs du secteur. Ainsi, les industriels des matériaux de construction comptent batailler en 2015 pour stabiliser la demande adressée à leurs secteurs en s’appuyant notamment sur les nouveaux débouchés apportés par l’implantation d’entreprises marocaines dans des pays de l’Afrique subsaharienne. En outre, l’innovation semble être devenue le leitmotiv des industriels pour faire face à la conjoncture actuelle. A titre d’exemple, dans un secteur de la peinture en stagnation depuis 2010, Colorado parvient à maintenir sa part de marché autour de 25% dans la peinture de bâtiment en multipliant les lancements de solutions toujours plus élaborées pour se différencier de la concurrence de plus en plus intense. Le cimentier Lafarge Maroc qui a décliné quant à lui une nouvelle vision stratégique, il y a quelques mois, adopte une toute autre manière d’approcher son métier. L’industriel s’attache aujourd’hui à mieux comprendre ce que les clients veulent construire pour leur fournir la solution la mieux adaptée. Partenariats avec les associations de microcrédit, solutions constructives, formations des ouvriers du BTP… Plusieurs actions concrètes ont déjà été mises en œuvre dans ce sens et commencent à générer des retombées pour le cimentier.

Miser sur des produits innovants peut être source d’activité additionnelle. Certes, ainsi que le constatent les spécialistes, les professionnels du bâtiment restent orientés vers des techniques de construction traditionnelles par souci de compression des coûts. Mais comme il devient de plus en plus possible de construire durablement et de manière technique et à coût réduit, les habitudes devraient changer progressivement, ouvrant pour les industriels des matériaux de nouveaux marchés. En tout cas, des produits innovants, il s’en trouvera en grand nombre au SIB 2014 avec une présence en force des solutions d’isolation thermique et acoustique spécifiquement.

La ténacité des opérateurs a comme relais les efforts des pouvoirs publics pour mener un ensemble de chantiers de réformes dont le secteur a plus que jamais besoin. Le plus grand de ces chantiers est sans doute le futur contrat-programme du secteur destiné à assurer un développement stable au BTP qui dépend grandement de la législation et de la visibilité sur la commande publique. Le ministère de l’équipement en est à arrêter les derniers détails pour la cérémonie de signature de ce contrat. C’est d’abord un contrat cadre qui devrait être paraphé entre la tutelle, la Fédération nationale des BTP et la Fédération marocaine du conseil et de l’ingénierie, suite à quoi 13 contrats d’application seront conclus avec différents départements ministériels. En attendant la signature officielle, certaines mesures du contrat ont déjà été initiées dont notamment la mise en place de l’Observatoire du BTP. Hormis ce chantier, l’Exécutif, avec le ministère de l’équipement en tête, a multiplié ces derniers mois les réaménagements de la législation en matière de marchés publics pour traiter des problèmes rapportés de longue date par les professionnels.

Refonte du cahier de clauses administratives de travaux, introduction de la possibilité d’octroi d’avances, amélioration du système de qualification et de classification… Plusieurs ajustements sont apportés. Sur un dernier plan, l’Exécutif intensifie ses efforts pour mieux encadrer la construction.

Quatre règlements généraux de construction sont entrés en vigueur depuis 2013 alors que la décennie passée n’a connu l’adoption que d’un seul cadre du genre. Il en résulte de nouvelles obligations pour les professionnels en matière de construction parasismique, efficacité énergétique dans le bâtiment, protection contre le risque d’incendie, autorisations et permis en matière d’urbanisme… n