2014, l’année des réformes…

La croissance économique a ralenti, sous l’effet de la baisse de la production céréalière notamment, et ne devrait pas dépasser 2,5%.
L’indice des prix à  la consommation comme à  la production se sont fortement contractés, poussant Bank Al-Maghrib à  abaisser son taux directeur par deux fois.
Les déficits interne et externe se résorbent progressivement.

L’année 2014, sur le plan économique, se prête à une double lecture. La première est que, globalement, l’activité a connu un fort ralentissement, sous l’effet de la baisse de la valeur ajoutée agricole d’une part, et de la morosité qui frappe encore les principaux partenaires européens du Maroc, d’autre part. Il en résulte que la croissance en 2014 ne devrait pas dépasser 2,5%, selon les estimations du Haut commissariat au plan (HCP).
La deuxième lecture que rend possible l’évolution économique au cours de cet exercice finissant est que, en dépit de la faible augmentation de la richesse produite, les déséquilibres macroéconomiques sont en train de se résorber progressivement. Qu’il s’agisse des finances publiques ou des finances extérieures, la courbe des déficits, qui était sur un trend haussier, est désormais sur une tendance baissière.
Comment alors expliquer cette équation dont les termes sont en apparence contradictoires ? D’abord, par le fait que –nous l’avons maintes fois souligné ici– la corrélation entre la croissance et de nombreuses variables socio-économiques demeure encore faible ; ensuite, par des actions volontaires des pouvoirs publics qui, sans nécessairement impacter immédiatement la croissance, produisent néanmoins des effets réels sur le niveau des dépenses et des recettes. Ce à quoi il faut bien sûr ajouter un facteur exogène, celui de l’extraordinaire repli des prix du pétrole.
Reprenons ces éléments un à un. Si la croissance économique en 2014 a beaucoup ralenti par rapport à 2013 (année où le PIB avait augmenté de 4,4%), c’est principalement en raison de la baisse de la valeur ajoutée agricole, comparativement à l’exercice précédent. C’est un effet de base bien connu: après une récolte céréalière record de 97 millions de quintaux en 2013, la production de la campagne qui suit, sauf nouveau record, est mécaniquement plus faible, générant une baisse de la valeur ajoutée même si son volume est correct, comme en 2014 avec 68 millions de quintaux. Cette baisse est toutefois atténuée par une hausse des autres cultures (maraîchage, arboriculture…), de sorte que la valeur ajoutée du secteur primaire dans son ensemble, selon les estimations du HCP, devrait diminuer de 2,3% en 2014, contre une augmentation de 18,7% en 2013.

Reprise progressive des activités non agricoles

Cette donne a fait diviser pratiquement par deux le rythme de croissance en 2014. C’est dire que l’agriculture, quoique d’aucuns aient pu en penser à un moment donné, pèse encore d’un poids certain sur l’activité globale au Maroc.
Mis à part cette contre-performance, en termes de valeur ajoutée, les activités hors agriculture par contre ont évolué à la hausse au fil des trimestres de l’exercice 2014 : +2,2% au premier trimestre, +3,1% au deuxième trimestre, +3,6% au troisième trimestre. Pour le quatrième trimestre, les conjoncturistes du HCP tablent sur une croissance hors agriculture de 3,5%. Il y a donc très clairement une reprise des activités non agricoles, même si le niveau de cette reprise est encore insuffisant comparé à celui réalisé sur la période 2005-2012 : +5,2% en moyenne annuelle ; une moyenne qui aurait pu être bien plus importante, n’était la contre-performance de 2009 (+1,2%).
L’enjeu est désormais de renouer avec ce palier de 5% de croissance hors agriculture, ce qui explique en particulier le lancement en 2014 du plan d’accélération industrielle, doté d’un budget supérieur à 20 milliards de DH et ayant pour objectifs, entre autres, d’augmenter la part de l’industrie dans le PIB de 9 points en la portant de 14% à 23% et de créer quelque 500 000 emplois à l’horizon 2020.

La fin d’un modèle de croissance ?

Le passage par une industrie performante afin d’améliorer la croissance des activités non agricoles et, partant, la croissance globale, s’impose désormais. Car le modèle de croissance en vigueur jusqu’en 2011/2012, fondé sur des investissements publics (et même budgétaires) massifs et un fort soutien à la consommation via les dépenses de compensation, le tout soutenu par des importations sans cesse croissantes, ne semble plus de mise. Ce modèle s’est avéré coûteux à la fois en ressources budgétaires et en devises sonnantes et trébuchantes. De sorte que depuis 2008 le déficit budgétaire et, à sa suite, la dette se sont mis à progresser, et la balance des paiements à se détériorer.
Le gouvernement Benkirane, dans sa première comme dans sa deuxième configuration, n’a pas caché sa volonté de réduire ces déficits jumeaux et, pour y parvenir, de mener certaines réformes qui étaient en souffrance depuis quelques années déjà. Parmi celles-ci, la plus dure, parce que trop chargée socialement et symboliquement, est la réforme de la compensation. Voici pourtant une réforme sur laquelle un consensus a toujours existé mais à laquelle, néanmoins, aucun n’a vraiment osé s’attaquer. Le dossier est désormais largement ouvert : depuis l’indexation instaurée en septembre 2013 jusqu’à la suppression de la dernière subvention accordée sur le gasoil l’année qui s’achève, en passant par le retrait de l’essence super et du fioul industriel de la liste des produits soutenus en février 2014, la réforme de la compensation aura parcouru un bon bout de chemin. On peut même dire que le gros de la réforme est passé, lorsqu’on sait que ce sont principalement les produits pétroliers qui pèsent le plus dans les charges de compensation ; le sucre et la farine pouvant même continuer d’être subventionnés sans que cela impacte trop fortement le solde budgétaire.
C’est ainsi que le déficit budgétaire, qui avait atteint plus de 7% du PIB en 2012 est retombé à 5,5% en 2013, et devrait se situer autour de 5% en 2014. Ce repli du déficit est intervenu malgré une baisse des recettes fiscales en 2013 et une petite hausse de celles-ci (+3,1%) sur les onze premiers mois de 2014 que l’on peut d’ailleurs considérer comme un simple rattrapage. Pour 2015, avec une croissance prévue à 4,4%, le gouvernement espère même ramener le déficit budgétaire à 4,3%…

Amélioration du solde commercial

Logiquement, le repli du déficit budgétaire devrait, aurait dû se traduire par une baisse de l’endettement du Trésor. Ce n’est pas le cas. En 2013, le t aux d’endettement du Trésor avait augmenté de 3,8 points, à 63,5% du PIB. Cette année encore, bien que nous n’ayons pas encore l’ensemble des données sur la dette, ce taux d’endettement devrait progresser pour atteindre quelque 66% du PIB (ou peut-être davantage). Cet accroissement de la dette du Trésor, qui a pris son envol en 2009, s’explique aisément : la dette du Trésor n’est pas alimentée seulement par les déficits budgétaires, mais également par les déficits courants. Il faut se rappeler ici qu’en 2012, le déficit du compte courant avait atteint un pic de 10% du PIB. En 2013, il a été ramené à 7,6%, et pour 2014 il s’établirait à  6% du PIB grâce, entre autres, à l’amélioration du solde commercial et à l’importance des dons reçus des pays du Golfe (10,8 milliards à fin novembre). Il y a lieu de préciser ici que le recul du déficit commercial est certes dû à une baisse significative des importations d’énergie (-8,3%) consécutivement à la chute du prix du pétrole, mais aussi à la hausse des exportations, notamment celles des secteurs de l’automobile (+27,5%) et de l’électronique (+25,3%). Ce à quoi il faut ajouter la baisse des importations des biens d’équipement (-6,1%) et des demi-produits, ce qui n’est pas forcément une bonne chose.
Au total, 2014 aura été une année où un paquet de réformes a été lancé ; certaines ont été mises en œuvre, d’autres sont en voie de l’être (voir encadré). Il faut pourtant bien noter que ces réformes visent davantage à maîtriser les dépenses qu’à «booster» les recettes. A ceci près que les réformes portant sur la hausse de l’activité, donc des recettes, produisent généralement des effets sur les moyen et long termes. En tout cas, ce gouvernement semble avoir opté pour cette voie, celle où les ressources publiques ne doivent plus servir de variable d’ajustement.