2007, finalement une bonne année, malgré l’agriculture

L’exercice 2007 devrait s’achever sur une croissance de l’ordre de 2%, mais la progression du secteur non agricole frôle les 6%.
Les industries manufacturières, le BTP, le tourisme, les communications sont en hausse.
Les finances publiques s’améliorent grà¢ce aux recettes fiscales notamment.

L’année 2007 s’achèvera sur une «petite» croissance, dont le ministère des Finances prévoit qu’elle sera de 2,5% et le Haut commissariat au plan (HCP) de 1,9%. Mais quel que soit le chiffre retenu, le résultat, provisoire, de cet exercice n’étant de toute façon connu que vers le mois de mars 2008, une chose mérite d’emblée d’être soulignée : cet indicateur, macroéconomique, dans le cas du Maroc, et pour des raisons liées à  l’information statistique, reflète peu ou pas assez la réalité de l’activité économique. Nonobstant l’existence d’un secteur informel dont, par définition, on ignore le poids véritable puisque échappant à  toute appréhension chiffrée, pratiquement toutes les activités sectorielles affichent cette année des progressions plus ou moins significatives ; de sorte que le PIB non agricole connaà®trait, lui, une hausse de 5,6%.
Seulement voilà  : le secteur primaire, dans sa composante céréalière notamment, a réalisé une telle contre-performance (environ 23 millions de quintaux) que la moyenne d’ensemble se trouve drastiquement tirée vers le bas. Par malchance, ce recul de la production nationale des céréales intervient dans un contexte mondial marqué par un extraordinaire renchérissement des cours du blé, résultat d’une contraction des disponibilités de ce produit. A fin septembre, le cours moyen de la tonne importée a en effet augmenté de 42% pour s’établir à  2089 dirhams. Et le Maroc, à  cette date, a importé pour 8,5 milliards de dirhams de céréales (blé, orge et maà¯s), soit le double de la facture payée pour ces produits en 2006. Il en résulte que la balance commerciale en produits alimentaires est déficitaire de 1,3 milliard de dirhams à  fin septembre, alors qu’elle était excédentaire de 3,8 milliards de dirhams un an auparavant, selon les chiffres fournis par la Direction des études et des prévisions financières (DEPF) du ministère des finances.
Avec la flambée du prix du pétrole la boucle pour ainsi dire est bouclée : le déséquilibre de la balance commerciale s’accentue, creusant le déficit de 26,6% (dont 25,4% provient du déficit alimentaire et 8,8% «seulement» du déficit énergétique) et réduisant de 4,7 points le taux de couverture, qui s’établit désormais à  47,8%.
Plusieurs lectures peuvent être faites de cette aggravation du déficit commercial. La première serait de dire que la demande étrangère adressée au Maroc a pâti du léger recul de la croissance mondiale qui passe de 5,4% en 2006 à  5,2% en 2007. En fait, le recul aurait sans doute été plus important n’eût été l’explosion des économies chinoises et indiennes qui tirent vers le haut le niveau général de l’activité. Sauf que de cette forte croissance asiatique, le Maroc ne profite pas vraiment puisque ses principaux et traditionnels partenaires sont européens. La preuve : si on met de côté les exportations du groupe OCP (qui ont progressé de 16%), les exportations marocaines n’ont augmenté que de 2%. Et même en y ajoutant les exportations de phosphates et dérivés, la hausse se situe à  7% au moment o๠celle des importations dépassent les 19%.
La hausse des exportations est très molle
La seconde lecture, souvent mise en avant par les «optimistes», consisterait à  dire que ce déficit commercial est en fait le résultat d’un boom de l’activité économique interne, d’une «vitalité de la demande intérieure», pour reprendre l’expression de la DEPF. L’idée qui est ici mise en valeur est que si les importations explosent à  ce point, c’est parce que l’activité en interne explose également ; et par conséquent, les exportations, même si elles progressent, elles restent toujours en deçà  des importations. Le raisonnement se tient ; sauf que, lorsqu’on regarde la structure des importations, on se rend bien compte que sur les neuf premiers mois de cette année, ce qui a augmenté le plus ce sont d’abord les achats de produits alimentaires (+ 61,9%), suivis des biens d’équipement industriel (+ 18,2%), des produits finis de consommation (+ 17,8%) et des demi-produits (+ 17,5%).
Cela étant, ces niveaux de hausse des approvisionnements, hors produits alimentaires, ne sont pas si mal que cela. Ils montrent bien le dynamisme dont ont fait preuve cette année les industries de transformation (textile, industries mécaniques, métallurgiques, chimiques et parachimiques, notamment) ; et ce dynamisme se reflète, outre dans l’accroissement des achats de demi-produits, dans la hausse de la demande d’énergie électrique en haute et moyenne tension (+ 7,3% non compris les ventes aux régies de distribution).
Dynamisme de la demande intérieure
Pour les secteurs non ou peu liés à  la problématique du commerce extérieur, il y a évidemment celui du BTP, qui poursuit sa progression en liaison principalement avec les grands projets d’habitat social et d’infrastructures. Principaux indicateurs du dynamisme de ce secteur, à  fin octobre 2007, les ventes de ciment ont progressé de 15,4% (contre 8,7% à  la même période de 2006), et les crédits à  l’immobilier de 34,8% (contre 26% un an auparavant). Il faut dire que le bon comportement de l’immobilier a profité de la vigueur de la demande intérieure (une des principales variables de la croissance), même si celle-ci est moins soutenue qu’en 2006, en raison du recul des revenus en milieu rural, pour cause de mauvaise récolte. La consommation des ménages, élément principal de cette demande, sur les trois premiers trimestres de 2007, a profité notamment de la hausse des revenus salariaux du fait de la baisse de l’impôt sur le revenu, d’une inflation contenue à  2,2% (contre 3,2% un an auparavant), de l’amélioration du marché du travail avec un taux de chômage de moins de 10%, du niveau bas des crédits à  l’immobilier notamment, du bon comportement des transferts des MRE (+ 14,7%) et enfin des achats de non-résidents, en liaison avec la hausse de l’activité touristique.
Le dynamisme de la demande intérieure (consommation des ménages et demandes des entreprises) ne se reflète pas seulement dans l’accès à  l’immobilier, mais aussi dans la progression des ventes de véhicules avec 21,5% de plus sur les onze mois de 2007 par rapport à  la même période de 2006 et la hausse du niveau d’équipement en matériel informatique (+ 17%), entre autres.
On voit bien que la croissance, aussi faible que soit son niveau cette année, est d’abord portée par une demande intérieure (ménages, entreprises, en plus des dépenses publiques) que les pouvoirs publics seraient bien inspirés de renforcer. La fiscalité en est un levier, parmi d’autres. La question est néanmoins de savoir quel impact aura la baisse de l’IS en 2008 sur le comportement des entreprises en termes d’investissement, notamment. En réalité, comme beaucoup l’ont souligné dans différentes tribunes, y compris dans ces colonnes mêmes, la véritable réforme sera celle, promise pour les prochaines années, de l’impôt sur le revenu. Mais passons…
Paradoxalement, c’est dans le contexte de cette «petite» croissance évoquée tout à  fait au début, que les finances publiques connaissent une amélioration qui dépasse même les prévisions de départ. Et ceci grâce principalement au bon comportement des recettes ordinaires (+16,8% à  fin septembre), et singulièrement des recettes fiscales
(+ 18,8%). Les économistes ne s’y retrouvent plus : «Comment expliquer toute cette différence entre un 2% maximum de croissance économique et pas loin de 20% de croissance fiscale ?», s’interroge l’un d’eux. «Le travail de l’administration ne peut pas expliquer un gap aussi grand», précise-t-il encore. Une affaire de mesure de l’activité ? Vaste question…