2005, année difficile pour le budget de l’Etat

Entre 1998 et 2004, la masse salariale dans la fonction publique a augmenté de 41% !
En 2005, la hausse sera de
4,8 % alors que
les recettes de privatisation se tassent dangereusement.
Fin de l’emploi
à vie : l’administration recrutera en contrat à durée déterminée s’il le faut.

La masse salariale dans l’administration devient de plus en plus pesante pour le budget de l’Etat. Entre 1998 et 2004, elle est tout simplement passée de 38 milliards de DH à 53,6 milliards. Soit une augmentation de plus de 40% ! L’importance de l’enveloppe qui est allouée à cette rubrique dans le budget de l’Etat, rapportée au PIB, n’est évidemment pas étrangère au niveau du déficit public, largement supérieur aux 3 % fixés chaque année, et encore ce niveau de déficit est-il atténué par les recettes de privatisation.
2005 sera, à ce titre, une année difficile pour le Maroc. Effets du dialogue social obligent, la masse salariale devrait croître de 4,8 %, alors que les rentrées des privatisations, qui commencent à décliner tout à fait naturellement d’ailleurs, ne devraient pas rapporter grand-chose, sinon rien du tout (sauf éventuellement à céder les 20 % restants de la Régie des tabacs).

Entre 2002 et 2012, la masse salariale devrait augmenter en moyenne de 4 % par an
On s’en doute, la tâche de l’argentier du Royaume, dans ces conditions, ne doit pas être facile, et le retard accusé dans l’élaboration du projet de Loi de finances pour le prochain exercice prouve bien la difficulté de trouver un équilibre.
Dans un rapport daté du 4 juin 2004, rédigé à l’occasion du prêt (100 millions de dollars) qu’elle vient d’accorder au Maroc pour le financement de la réforme de l’administration, la Banque mondiale (BM), une fois de plus, souligne l’ampleur de la masse salariale par rapport au PIB (12,4 % en 2004), une situation qui place le Maroc en tête d’un échantillon de pays à niveau de développement comparable (cf. histogrammes + courbes). En tenant compte des charges sociales, la masse salariale atteint même 15 % du PIB. Sur les dix dernières années, celle-ci a représenté, en moyenne, 35 % du budget de l’Etat et 68 % du budget de fonctionnement.
Même si, note le document de la BM, le rapport masse salariale/PIB devrait s’améliorer progressivement pour redescendre sous la barre des 10 % en 2012, la croissance, intrinsèque si l’on peut dire, des dépenses du personnel, après les pics de 2003 (11 %) et de 2005 (4,8%), ne devrait connaître un certain répit qu’en 2006 et 2007 (1 % et 2,2 % respectivement) pour repartir ensuite à la hausse et atteindre les 4,5 % en 2012. Si on a bien fait le calcul, entre 2002 et 2012, la masse salariale dans la fonction publique devrait augmenter à un taux annuel moyen de 4 %, soit à peu près le même niveau prévu que celui de la croissance hors agriculture. C’est encore élevé, même si c’est largement inférieur au 7,9 % d’accroissement annuel de la masse salariale enregistré entre 1994 et 2000.

La masse salariale progresse plus rapidement que le PIB
Il faut pourtant tout mettre en œuvre pour que les gains de croissance réalisés ne soient pas simplement injectés dans les salaires, et c’est ce que compte faire le gouvernement à travers sa stratégie de réforme de l’administration publique. D’ores et déjà, un certain nombre d’engagements ont été pris (tout récemment) par le Maroc, dans le cadre de l’application de la première phase du programme de réforme financé par la Banque mondiale. On peut annoncer, à titre d’exemple, l’interdiction de recourir désormais au recrutement d’agents temporaires (qui exigent par la suite d’être titularisés) ; l’élaboration d’un texte organisant le recrutement par l’Etat de personnel sur la base de contrats à durée déterminée ; la confirmation de la suppression des échelles 1 à 4 ; ou encore l’encouragement des départs volontaires pour les fonctionnaires classés dans les échelles 1 à 9.
A cela, il faut ajouter les efforts déployés à partir de 2002 pour maîtriser la masse salariale, et qui ont consisté notamment en la limitation des créations de postes budgétaires en corrélation avec les départs à la retraite (soit environ 7 000 postes). Il y a également le projet de préretraite, qui n’a pas suscité l’adhésion, ce qui ne signifie pas qu’il est abandonné (voir La Vie éco du 21 mai 2004). Il sera amélioré.
En réalité, ce qui est en cause dans le fonctionnement (ou, plus exactement, dans le dysfonctionnement) de l’administration marocaine, c’est moins le nombre de fonctionnaires en exercice que la masse des salaires distribués. Cela, la Banque mondiale le sait et le dit dans ses différents rapports. Selon les statistiques de 2001, en effet, le nombre de fonctionnaires, rapporté à la population totale du pays, est de 2,3 % au Maroc, contre 2,6 % en Turquie, 3,7 % en Tunisie, 4,2 % en Algérie et 6,2 % en Egypte. En outre le Maroc traîne un énorme déficit en effectifs dans certains secteurs sensibles comme l’éducation (0,9 % de la population totale, contre 1,3 % en Algérie et 1,5 % en Tunisie) et la santé (0,15 %, contre 0,5 % en Tunisie et 0,7 % en Egypte). D’autre part, l’effectif existant (environ 600 000 agents) est mal réparti sur le plan géographique : 9 % des fonctionnaires travaillent en effet dans les services centraux, alors qu’en France, par exemple, cette proportion est de 3%.
Il n’y a donc pas pléthore de fonctionnaires, contrairement à un mythe tenace, et de ce point de vue, l’approche quantitative qui consiste à geler les recrutements peut s’avèrer improductive. Et pourtant, la masse salariale au Maroc, au regard du PIB, est l’une des plus élevées au monde. La seule explication possible à ce paradoxe apparent est que les salaires au Maroc, dans leur globalité, progressent plus rapidement que le PIB. Ce qui signifierait que l’Etat donne plus qu’il ne gagne. Et les chiffres, là encore, le montrent bien : le salaire moyen dans la fonction publique au Maroc (valeur 2001) est égal à 4,5 fois le PIB par habitant, contre 3 en Tunisie, 2,8 en Malaisie, 2 en Turquie et 1 dans les pays développés.

Les 20 % de fonctionnaires
les mieux payés s’accaparent 40,4 % de la masse salariale.
Si on n’y prenait garde, on pourrait penser, à partir de ces données, que les fonctionnaires marocains sont les mieux lotis, comparés non seulement à leurs concitoyens mais également à leurs homologues des autres pays.
En fait, explique le rapport de la Banque mondiale de 2001, si la masse salariale au Maroc est importante, c’est parce que les salaires distribués aux hauts fonctionnaires sont très élevés par rapport à ceux des échelles subalternes. Comme l’observe l’ex-ministère de la Fonction publique, le système de rémunération est caractérisé par une répartition inégale des revenus salariaux : le rapport entre le salaire le plus bas et le salaire le plus élevé est de 1 à 37, contre 1 à 7 en France ; en 2000, les 20 % de fonctionnaires les mieux payés s’accaparent à eux seuls 40,4 % de la masse salariale globale. Quand on sait que des directeurs centraux de ministères perçoivent 1,3 million de DH de prime annuelle, il n’y a pas lieu de s’étonner de ces distorsions, mais cela devrait donner à réfléchir. Il est vrai cependant que le salaire, dans l’administration ou ailleurs, est un droit acquis qu’il est difficile de remettre en cause. Cela explique que les solutions envisagées pour réduire la masse salariale convergent toutes vers une plus grande maîtrise des effectifs.
Et cependant, la problématique des salaires ne peut pas être occultée. D’ailleurs, le gouvernement se prépare à élaborer un nouveau système de rémunération, dont les travaux seront lancés à partir de l’année prochaine. Comme nous l’explique un fonctionnaire à Rabat, ce nouveau dispositif sera fondé prioritairement sur la compétence et le mérite. Ainsi, pour améliorer l’efficacité du service rendu au citoyen, et du service public de manière générale, les promotions s’effectueront, à partir de 2005, par voie d’examens d’aptitude professionnelle et l’évaluation systématique de la performance des agents. Il était temps

La Banque mondiale souligne l’ampleur de la masse salariale par rapport au PIB (12,4 % en 2004), une situation qui place le Maroc en tête d’un échantillon de pays à niveau de développement comparable. En tenant compte des charges sociales, la masse salariale atteint même 15 % du PIB.

En 2001, le nombre de fonctionnaires, rapporté à la population totale, est de 2,3 % au Maroc contre 3,7 % en Tunisie et 4,2% en Algérie.

Un déficit public structurel de l’ordre de 5 % par an. L’importance de la masse salariale y est sans doute pour beaucoup.